‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 103 sur 407 · CONCILE DE TURIN · texte numérisé non relu

CONCILE DE TURIN

tembrc, à l'occasiou des privilèj^os accordes à Patiodo par uue première lettre du 22 mars. M. Babut retarde la date du concile jusqu'en 417 ; Ilonorio Aii^usto AI et Constantio II consiilil'its, au niouieul des lettres de Zosinie. C'est là une pure conjecture que n'a pu i"endrc certitude la dissertation supplémentaire intitulée : La date du concile de Turin, etc., dans la Revue liistorifjne, 1005, t. I.XXXVII, p. 57-82, laquelle inaitileuait les suppositions antérieures. La réfutation présentée peu après jiar L. Duchesne, même revue, 1905, I. lxxxvu, p. 278-302, no laisse rien subsister, ou peu s'en faut, de la combinaison proposée. Les historieus, jusqu'à M. Babut, s'accordeut à entendre (]ue le concile de Turin visé par les quatre lettres du pape Zosime, Posleut/uain (21 sept. 417), Cum adversus (2'2 sept.), Ouid de (2(j sept.) et Multa (29 sept.), u'est évidemment (piiin seul et même concile, le même que celui dont nous possédons quelques canons, et qu'il s'est tenu, cerlaitiemenl, un 22 septembre au tournaul du IV* siècle, pour le moins une (juin/.aiiie d'années avant Zosime. M. Babut estime au contraire qu'il y a en deux conciles de Tui-iu, un pi-cmicr vers 405, où, d'après les lettres Posteaquam et Cum ndversus, Lazare, avant d'être évèquc d'Aix, incrimina Brice de Tours ; un auli-e réuni le 22 septembre 417 pour faire pièce par sa syuodah; à la décrélale Placuit, du 22 mars de la même année, sur la juridiction d'Arles, et auquel l'épondi-aient dircclement, en outre des lettres Qiiid de et Multa déjà signalées, d'auti-es lettres, Mirati (26 sept. 427), Licet proxime (3 octobre), Cum et in et Non miror (4 mars 418) où le pape s'applique en effet à i"églcr le conflit des Eglises de Provence. Ce système a-t-il quelque force propre en regard de l'opinion courante ? — On le peut juger, irrévocablement, dès l'abord, sur sa chronologie, qui est factice, et contrarie d'une manière ou dune autre les dates attestées. iM. Babut, en fixant l'ouverture du concile au 22 septembre 417, doit admettre que Zosime « comme un véritable insensé >, s'est empressé d'intervenir, non pas pour protester auprès de l'assemblée elle-même, mais pour critiquer dans plusieurs lettres à des tiers (26 et 29 septembre) des décrets dont il ignorait encore la teneur, bien plus ne sachant s'ils avaient été seulement émis. Il doit faire dire à deux de ces lettres, Quid de et Multa, non pas ce qu'elles déclarent assez nettement, à savoir que Procule de Marseille a usurpé dans le passé, on surprenant la foi du concile, un pouvoir illégitime, acquis déjà au siège de saint Trophime, mais, dansle présent, ensollicitant le texte, que cet évêquc s'emploie à obtenir une sentence qui favorise son ambition. Il doit enfin, pour échapper à la difficulté d'amener à Rome avant le 26 septembre un courrier parti de Turin au plus tôt le 22, corriger la date, cependant expresse de Çm/c? </e. Il csl vrai (ju'il présente endehors des besoins delà thèse, plusieurs raisons de ce changement : les autres lettres de la fin de septembre, voire celle du 3 octobre, ne font pas l'impression que Proculo ail été déjà condamné par Zosime, ainsi que le dit Quid de ; puis les lettres du 4 mars 418, et déjà celle du 3 octobre semblent indiquer, d'accord avec Quid de, que Zosime a désormais abandonné l'idée de faire reutroi- les ti'ois provinces du Sud-Est dans le ressoi't de l'évêque d'Arles : il s'ensuivrait alors (jue Quid de, détachée du premier groupe des lettres, pour être l'approchée du groupe postérieur, perdrait le droit de conserver sa date li-adilionnelle. Mais on écarte sans peine ces objections par une analyse, même lapide, des letli'cs en (piestion : Cum ndversus qui peut être inconijilète, n'est, telle quelle, qu'implicite au sujet d'une condamnation foiinelie df- Piocule, mais téjirouve assez ses abus de pou-

voir pour juslifler, quelques jours plus lard, l'expression de Proculi damnatione ; Midta au contraire se réfère, pour la compléter, à la notification de la sentence portée contre lui ; il reste à supposer, ce qui est fort simple, que la pièce même qui déposait officiellement l'évèque de Marseille s'est pei-duc avec plusieurs autres dont on relève la trace ; d'autre part, Licet proxime &siunh'û\ci dont on ne saurait rien tirer ni pour la situation légale de Procule ni pour la politique générale de Zosime ; Cum et in et Multa ne concernent de même que les afTaircs particidières de Marseille. La lettre du 26 septembre où sont visées explicitement les décisions du concile de Turin demeure donc au dossier avec sa date et c'est autant dire déjà que le concile n'a pu se tenir le 22 sept. 417. Il faut aller plus à fond el rechercher les arguments qui supportent la nouvelle théorie. On en peut dégager quatre. Zosime déclare dans la lettre Multa que l'appel fait par Procule au concile de Turin l'a ému admodum. M. Babut traduit tendancieusement que cette démarche a ac/tèrc d'émouvoir » le pape, l'adverbe admodum prenant, sans en avoir l'air, imc valeur temporelle et faisant de la démarche de Procule un événement récent ; tout lecteur non prévenu comprendra simplement que Zosime a été grandement, tout-à-fait ému, parce qu'il avait ignoré ou plutôt voulu ignorer jusque-là l'intervention de l'assemblée, ne prenant pas garde à l'avantage qu'en tirait l'évèque de Marseille. Zosime garde le silence dans la lettre Cum adversus, du 22 septembre, sur le concile de Turin. M. Babut en déduit que le pape n'a pu être informé de l'action conciliaire que huit jours plus tard; on répond suffisamment en faisant observer que ce silence doit être sans doute une vraie prétérition ; le pape n'avait que faire de soulever alors lui-même une objection qui appartenait aux accusés. Zosime dit aussi dans la lettre Multa que Procule, en sollicitant l'appui du concile contre les privilèges d'Arles, a fait injure au Siège apostolique. M. Babut voit là une protestation en faveur de la décrétalc Placuit, mais le contexte établit qu'il s'agit de bien autre chose : toute atteinte au droit immémorial des évêqucs d'Arles est pareillement une offense au Saint-Siège, duquel saint Trophimc tenait sa mission. Enfin M. Babut prétend qu'au début du v° siècle, Ai'les, dont la métropole civile était encore à Vienne, n'avait aucun titre à faire valoir comme métropole ecclésiastique et qu'elle dut sou élévation à l'ambition de Pa- Irocle et à la faveur de Zosime en l'année 417. Il suffit de noter à l'encontre, que la correspondance entre les provinces administratives et les ressorts ecclésiastiques n'a jamais été rigoureuse, surtout en Occident, que Marseille, par exemple, située en Viennoise politique, était avant Zosime la métropole incontestée delà Narbonnaise Ile, que d'ailleurs Arles fut une cité considérable au ive siècle, et que, même si elle ne remplaça pas Trêves dès le commencement du siècle suivant comme siège préfectoral, les raisons qui déterminèrent cette translation existaient déjà : de ce chef, le deuxième canon du concile de Turin, qui discute les droits métropolitains d'Arles, n'a rien d'inouï vers 400 et M. Babut se trouve privé successivement de tous ses moyens de défense. — Il reste encore à marquer les faits précis qui s'opposent à son système et démontrent le bien fondé de l'ancienne opinion : 1° la date de la lettre Quid de, 26 septembre, sur laquelle il n'y a pas à revenir ; 2° l'attestation uniforme âJun concile à Turin, dans les quatre lettres de Zosime nommées en premier lieu, qui se suivent dans l'intervalle d'une huitaine de jours • .3» surtout l'impossibilité réelle d'établir une relation entre la décrétalc Placuit et la synodale de Turin pour les faire

un. CONCILK Di; TVIÎIN IS."!

une lettre synodale adressée aux év«>qucs des Gaules et quioonlieul les huit canons suivants ^ :

Can. !. Procule, évêque de Marseille, qui se prétend primat de la seconde Narbonnaise, ne gardera cette dernière diointc- ([irii titre

se coulredire (lélib<'i'éin(Mil. « Il csl impossible, dll à co sujet L. Diuiicsiu', île s'expi'iinor plus calc'U'oriijucnHMil (pu- no l'a fait le papo Zosiinc. Que son décret iiil soulevé des erilitpies en I'ion cnce, (pi'il ail doiiiK' lieu à tles protestations de la pari des évéïpies lésés, c'est ee ipii est vraisemblable el alleslé. (jue les évèques de la Haute-Italie se soient beaucoup émus île cette allaire, c'est ce qui n'est ni vraisemblable ni attesté. Que le métropolitain do Milan et ses collègues se soient ingérés à juger ce ctmflil après le papc^ ; qu'ils se soient réunis en concile pour casser un décret du Siège aposloli([ue, c'est ce ([ui est monstrueux et sans exemple. Une pareille attitude eut été siiupleiueul scliismatique. lit ce qui ajoute encore à l'invraisemblable, c'est (jue ce concile italien, qui s'ingérait à reviser les décisions du Siège apostoHcpie, aurait poussé l'insolence jusqu'à affecter de les ignorer. La prétérition serait vraiment trop forte. Ce concile de révoltés eût été une assemblée de gens mal élevés. » (Loc. cit., p. 291-292.) (H. L.)

1. Hardouin, Coll. coiicil. t. i, col. 958 sq. ; Mansi, Cuncil. ampliss. coll., t. III, col. 859 sq. M. Babut, op. cit., donne une édition critique de la synodale du concile de Turin. Le texte est établi sur de soigneuses collations et les variantes sont indiquées avec le plus grand sci'upule. Kn deux endroits l'éditeur a cru pouvoir corriger la tradition paléographique et ajouter des mots qu'elle ne fournissait pas. Au début, les mss. disent : A' kalcndas ociobris et l'éditeur ajoute de son cru : Ilonorio XI et Constantio II cous. Or c'est la date 417 qui est précisément en question et cpielque conGauce que l'éditeur puisse avoii" dans les arguments dont il appuie celte date, il n'a pas le droit d'introduire celle mention dans le texte. Le concile de Carthage, de 256, contient comme celui-ci et au même endroit Tindication du jour, mais non celle de l'aiinée. La plupart du temps l'une et l'auti-e faisaient défaut à cet endroit. L ne inlej-polation plus grave a été faite au 6» canon qui est ainsi libellé dans les mss. : lllud prxterea décrépit sancla sjnodus ut (juoniain legatos episcopi Galliaruni (/ui Felici communicant destinarunl ut si qui ab ejus communione se volucrit sequestrare, in nostrx pacis consortio suscipiatur, etc. Dans 1 épiscopat gaulois les uns acceptaient, les autres repoussaient la communion de l'évèque Félix de Trêves, et nous eu avons dit la raison. Les Pères de Turin étaient opposés à Félix et les partisans de celui-ci envoyèrent des représenlants au concile ; ces féliciens n'appailenaient pas au parti des prélats provençaux qui, comme les italiens, étaient marliniens. Si quelque ms. portait non communicant, il y aurait lieu de rejeter sa leçon, car le non est repoussé par le contexte ; mais aucun ms. ne porte le non. 11 est vrai tpie Baronius, Annales, ad ann. o97, u. ô'2, cite le canon avec non, mais il \h- s'y arrête pas et semble ne pas s'en être aperçu. Il ne cherche ni à justifier cette leçon ni à expliquer le texte qui en résulte. Sa citation représente sans doute quelque étlition archaïcjue des conciles, nullement un jugement réfléchi. Les éditeurs, depuis Labbc, impi-iment sans le non ; ils fout même observei- que cette leçon est écartée par les manuscrits. (H. L.)

personnel et non comme attachée au siège qu'il occupe ; car sa ville (épiscopale) n'appartient pas à cette province ^.

Can. 2. Au sujet du conflit sur la dignité primatiale entre les évoques de Vienne et d'Arles, le concile a décidé que celui-là serait primat qui pourrait prouver que sa ville est la métropole 2.

Can. 3. On défend de la manière la plus expresse les ordinations opposées aux canons.

Can. 4. La décision de l'évêque Trifère contre le laïque Pallade, qui avait causé du dommage à un prêtre du nom de Spanus, est ratifiée.

Can. 5. Est également confirmé le jugement de l'évêque Trifère contre le prêtre Exupérance, qui avait injurié son évêque, et pour ce motif avait été privé de la communio dominica.

Can. 6. Les évêques gaulois qui ont repoussé la communion ecclé- [86] siastique de Félix de Trêves, (l'ami des ithaciens) doivent être admis au concile conformément à une lettre d'Ambroise, de bienheureuse mémoire, et du pape.

Can, 7. Aucun évêque ne recevra dans son Eglise un clerc étranger ou un clerc déposé.

Can. 8. Quiconque a été ordonné d'une manière illégale, ou qui a eu des enfants lorsqu'il était dans le service de l'Eglise, ne sera pas promu à un rang supérieur.

On donne le nom de VIP concile d'Afrique à celui qui se célébra à Milèvc le 27 août 402 ^, sous la présidence de l'archevêque Aurèle ; le concile de Cartilage, tenu sous Boniface, lui assigne déjà ce rang. Denys le Petit et V Hispana ont donné les canons de ce VIP concile ;

1. C'est ce que nous avons dit dans la 2e note du livre Xe. (H. L.)

2. W. Gundlach, Der Streit der Bisthiïmer Arles urid Vienne und den Primatus Galliarum, dans Neues Archiv Gesells, f. ait. deut. Geschichte, 1888- 1890, t. XIV, p. 251-342 ; t. xv, p. 9-102, 233-292, réimprimé avec le même titre ainsi développé : Der Streit... ein philologisch-diplomatisch-historischer Beitrag zum Kirchenrecht, in-8, IJannovcr, 1890 ; L. Duchesnc, La primatie d'Arles, dans les Mém. de la Soc. nat. desantiq. de France^ 1891-1892, série Vie, t. 11, p. 155-238, réimprimé dans Les fastes épiscopaux de la Gaule, 1894, t, i, c. II. (H. L.)

3. Milei'itani concilii epistola ad Lnnocentium papam, ejusque responsio, in-fol., Colonia> Agrippinae, 1569; Baronius, Annales, ad ann. 402, n. 54-67 ; Pagi, Critica, n. 21-26 ; Conc. regia, t. iv, col. 92 ; Labbe, Concilia, t. 11, col. 1323-1324, 1654-1656; Hardouiu, Coll. concil., t. i, index; Tillemont, Mém. hist. eccZes. , in-4, Paris, 1710, t. xiii, p. 386-388; Coleti, Concilia, t. m, col. 83; Mansi, Couc. ampliss. coll., t. m, col. 1139. (H. L.)

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