Evagriiif», Hist. eccles., 1. I, o. viii
2. llardouin, Coll, conciL, I i, col. 1335; Mansi, Concil. arnpliss. coll., t. IV, col. 1102. Voici l'incidenl auquel il est fail. allusion. Nestorius taisait peser sur les niouastères de Constanlinople une aulorilé abusive et tyrannique. Quelques moines, désireux d'être renseignés sur ce qu'on leur demandait de croire, se rendirent à l'église où officiait Nestorius et liulerrocèrenl sur sa doctrine concern;int la mère de Dieu. Le patriarche répondit : « Allez dans ma maison, vous y recevrez toutes les explications désirables. » Ils s'y rendirent le lendemain, ignorant ([iie ce rendez-vous u'élail (ju uii guet-apens. A peine entrés dans la maison du palriarclie, les moines lurent enchaînés, flagellés, mis en prison, d'oii onneles tir:t que pour les traduire devant un juge séculier comme séditii'ux ayant insulté le palriarctie dans l'église. Le juge réclama des témoins ; personne ne se présentant, il renvoya les moines à Nestorius. Celui-ci, désappointé, fil b:itlre de nouveau les moines et, tandis que le sang jaillissait sous les binières plombées, il leur disait : « Voilà mon explication, elle est simple. Je crois, comme vous, (jue Marie peut être appelée theotocos., mais je'le crois d une autre façon que nous. » L'ardiimandrite Basile, qui accompagnait ses religieux et partageait leurs traitements, gardait le silence ; dès le lendemain de celte scène, il se rendit an palais impérial et exposa à Théodose les violences (|ue ses moines et lui avaient eu à subir. « Ce n'est pas pour nous venger, dit-il, Dieu le sait, t|ne nous venijns vous révéler ces choses, c'est afin que la foi demeure inébranlable. 11 y a un remède aux désordres où 1 on plonge de plus en plus 1 Église, mais un seul remède. Prince très pieux,
quelques jours par conséquent avant l'arrivée des anathèmes de Cyrille à Constantinople, une lettre circulaire écrite en son nom et au nom de son collègue d'Occident Valentinien III, et adressée à tous les métropolitains, les convoquant à un concile général à Eplièse pour la Pentecôte de l'année suivante. Il enjoint à chaque métropolitain d'amener avec lui quelques-uns de ses sufFragants les plus distingués, et quiconque arrivera tardivement en rendra, devant Dieu et devant l'empereur, un compte sévère *. Théodose s'efForce de voiler dans un document aussi important ses préférences pour Nestorius - ; mais il laissa voir sa pensée à découvert dans sa lettre à Cyrille. L'empereur l'y accuse d'avoir troublé la paix, d'avoir avancé des propositions fausses, d'avoir agi sournoisement et d'une manière peu honorable, enfin d'avoir brouillé toutes choses. Il lui reproche, en particulier, de s'être adressé à l'Augusta Pulchérieetà l'impératrice Eudoxie, interprétant cette démarche comme une tentative pour semer la zizanie dans la famille impériale. Il pardonnera cependant et il ajoute : « Quant aux principes [[79] en litige, le concile décidera, et ses décisions devront être acceptées par tous. » Cyrille est requis de paraître à ce concile, car l'empereur
daignez ordonner dès maintenant la convocation d'un concile général qui décidera souverainement enire la vérité et l'erreur. » Ce mot de concile général parut à l'empereur un trait de lumière et resta fixé dans son souvenir, (H.L.)
1. Voir t. I, p. 15, la note 2 dans laquellenous avons transci-it en partiela lettre de convocation adressée aux métropolit;iius, l'un des documenis les plus expressifs de la pensée des empereurs sur leurs droits d'initiative en matière de convocation des conciles au nom de leur autorité impériale. Hardouin, Coll. concil., t. I, col. 1343 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. iv, col. 1111. (H. L.)
2. Le comte Candidien qui devait représenter Tliéodose au concile reçut d'importantes instructions. On lui recommandait de s'opposer à toute assemblée particulière d'où sortirait presque immanquablement une scission ou un schisme ; de n'ouvrir- la session qu'avec un nombre d évêques sulfisaut pour que chaque province eût sa représentation nécessaire ; de n'autoriser, une fois la session ouverte, aucun membre du concile à s'absenlei" ou à i-elourner chez lui. Le« ofliciers civils étaient chargés d'assister aux débats et de maintenir l'ordre dans l'assemblée et autour d'elle. Le choix d'Ephèse était ainsi justilié : « Ephèse est située dans une contrée fertile et florissante, d'un accès facile par (erre et par mer, et où se trouve en abondance tout ce que réclament les commodités de la vie, soit par la production du sol, soit par l'importation du dehors. Les évèqucs réunis pourront donc y vaquer sans entraves aUx devoirs de leui' mission et la conduire à bonne lin. » (H. L.)
1;j;j. co.wocAiinx nu CdScii.!; 289
ne souflVira pas qu'iiii seul lasse la loi à tous, ol (|uc coliil-là refuse de s'aboucher avec les autres ou tic se laisser instruire par eux. Suivent quelques autres reproches adressés à Cvrille ^.
]j empereur adressa en particulier à Augustin, à cause de sa grande célébrité, une invitation conçue en termes très élogieux do se rendre au concile d'Kphèse, et il chargea un fonclionnaire impérial, du nom d'Ebagnius, de remettre celte missive. INlais le fonctionnaire impérial rappoi'ta la nouvelle de la mort de Tévôtjue d'IIippone (2S août 430) -.
Cyrille demanda au pape Céleslin si Nestorius devait paraître au
1. llariloiiiii. Cuil. co/icil., t. i. fi>l. i:i'i2; .Maiisi, Ca/c. aiiipliss. coll., t. iv, col. 409 :... « Coiiiiuciit uous l'-lonncr ilo le voir ;iccaparor pour loi seul ce qui apparlienl au cor])s oulicr de; évoques ':' ÎN'as-lii point iiorU- ton liuiii''ur in([uii.'ie et Ion insoKMitc cin-iositi' jusquo daus la (ipiiiciire do tes souverains, pour làclioi- d'y semer la diseoi'de enlre un frère et une sceur ? Si tu u'avais cru ([u il existât entre eux qiiehjue dissentiment propre à être envenimé, si tu n avais conçu l'espoir d en l'aire naître, pourquoi, je le demande, aurais-tu écrit séparément d un côté à nous et à notre rcli^^ieuse compagne l'impératrice Eudoxie, de l'autre à notre très pieuse sœur Pulcliérie Augusta, dont <ju sait le zèle ardent pour la foi ':' Que si, par hasard, quelque mésintelligence avait existé entre nous, si nous avions été aigris contre les autres, comme lu le supposais, quelle réprobation n'encourrait pas celui qui, éloigné de nous par une si longue distance, serait venu scruter indiscrètement des choses qui ne le regardent pas ? Que si, au contraire, rien de pareil n'existe, est-ce le fait d'un prêtre de se faire agent de discordes domestiques ? L'indice de cet esprit turbulent, de ce zèle coupable qui t'anime, nous le retrouvons dans tes efforts pour brouiller l'Eglise, de même que lu voulais brouiller le palais de les ])iiace"! ; diviser est, en effet, ta plus chère ambition, et tu y places tout ton orgueil. Cependant ne te dissimule pas quêtes manœuvres échoueront ; l'Eglise et l'Empire lesteront unis, le Chris), notre Sauveur, aidant, et notre autorité ne cessant point d'agir pour la paix. Toutefois nous te pardonnons, alin que tu n'ailles pas prétendre, vu les reproches particuliers que tu mérites de. nous, que l'on te persécute à cause des livres dans lesquels tu crois défendre la vérité. Ces livres, je laisse au concile le soin de les juger : mais je ferai exécuter strictement ce qu'il aura résolu. Tu feras sagement de ton côté en te soumettant à ce jugement, si lu ne veux y être coutrainl. et en te rendant au concile dans le délai fixé par la b'ilre de convocation. Ce sera le moyen de regagner ma faveur et de prouver (jue les actes acerbes et inconsidérés par lescjuels lu as voulu soutenir ton opinion n'étaient pas !c fruit d'une animosité pcrsonnelK'. Montre-nous que de ton plein gré tu es décidé à te soumettre à la loi et réfléchis (jue, s'il en est autrement, je ne le souffrirai pas. j (II. L.)
2. Cf. I.iberati, Breviariuiii causœ Nestoi ianoruin et Eutyckianoruiii, c. v; et la lettre d<' l'archevèijue Capreolus de Carlhagf> au synocKî d'Ephèse. D.ms Mansi, Concil. ainjtliss. coll., l. iv, col. 1207; llardouin. Coll. cmicil., I. i, col. 11! y.
concile projeté, en qualité de membre, ou bien si la sentence portée contre lui dans le cas où il ne se rétracterait pas durant le délai fixé, conservait force de loi. La lettre de Cyrille est perdue, mais nous possédons encore la réponse du pape (7 mai 431) ; elle fait le plus grand honneur aux intentions pacifiques du pontife : Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion, Cyrille doit tout faire pour rétablir la paix dans l'Église et gagner Nestorius à la vérité. Si celui-ci ne veut rien entendre, il récoltera alors ce qu'il aura semé avec le secours du démon ^. Le 15 mai 431, le pape écrivit à l'empereur Théodose pour l'avertir qu'il ne pourrait pas paraître au concile, mais qu'il s'y ferait représenter par des légats. Le pape priait l'empereur de no laisser s'introduire aucune nouveauté, et de ne permettre pas que la paix de l'Eglise fût troublée ; il devait même attacher plus de prix aux clioses de la foi qu'à celles de l'Etat, et estimer la paix de l'Eglise plus que celle du pays 2. Le [180] pape désigna comme légats au concile deux évêques, Arcadius et Projectus, et le prêtre Philippe ; il leur prescrivit de suivre en tout Cvrille, tout en sauvegardant la prééminence du Siège apostolique, et d'éviter de se mêler aux disputes entre les nestoriens et leurs adversaires, mais de se borner à juger les opinions en présence ^. A la fin du concile, si la foi ancienne en sortait victorieuse et si Cyrille se rendait à Constantinople près de l'empereur, ils devaient, eux aussi, faire le voyage et remettre au prince les lettres du pape ; mais si on ne parvenait pas à s'entendre, ils s'accorderaient avec Cyrille sur la conduite à tenir. La lettre du pape que les légats devaient remettre au concile est datée du 8 mai 431 ; elle expose avec éloquence le devoir des évêques de conserver la vraie foi, et se termine par ces mots : « Les légats doivent assister aux opérations du concile et faire exécuter ce que le pape a décidé depuis longtemps au sujet de Nestorius ; » il ne dovitait pas que les évêques réunis ne s'accordassent sur cette décision *.
Pas plus que le pape, aucun des deux empereurs ne put assister en personne au concile d'Ephèsc ; aussi Théodose II nomma-t-il, en son nom et au nom de son collègue Valentinien III, le comte Candidien (capitaine de la garde du corps de l'empereur) protecteur du
'l, Mansi, Concil. ampliss. coll.^ t. iv, col. 1292 ; Hardouiu, Coll. concil., t. i, col. 1474.
2. Mansi, op. cit., l. iv, col. 1291 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1473.
3. Mansi, op. cit., t. iv, col. 556 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1347,
4. Mansi, op. cit., l. iv, col. 1283 sq ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1467,
tOo. CONVOCATION DU COXCII.E 201
concile. Dans IV-dit rendu ;i celle occasion, rempereur interdit à Candidien de prendre pari aux délibérations dogmatiques^ afin que celui qui ne fait pas pai'tie du nombre des saints évùques ne se mêle pas à la discussion et à la solution des difficultés théologiques. Il devait éloigner de la ville les moines et les Iniques venus à Kphèse par pure curiosité, de peur que ces personnes, inutiles pour la dis- L^^U cussion des saints dogmes, ne fussent occasion de désordres et de tumultes ; il devait veiller à ce que les discussions entre les Pères ne dégénérassent pas en controverses passionnées, et ne fussent pas un obstacle à la recherche de la vérité ; on devait écouter atteiUivement chaque orateur, et exposer, en toute liberté et sans contrainte ses opinions ou les motifs qu'on pouvait avoir de ne pas accepter celles des autres. Candidien devait empêcher les Pères de quitter le concile avant la fin des sessions, pour se rendre à la cour ou ailleurs. 11 devait s'opposer à ce qu'on introduisit aucune discussion étrangère avant la conclusion des questions dogmatiques. L'empereur avait interdit de porter aucune plainte civile devant le concile, ou devant le tribunal dÉphèse, contre les Pères. Pendant la durée du concile, le premier tribunal de Constantinople serait seul compétent pour connaître de ces sortes d'aff;iires. Il y eut encore à Ephèse un autre comte du nom d'Irénée ; il accompagnait son amiNestorius ; aussi ne devait-il prendre aucune part aux délibérations du concile et ne iiartacreait-il en aucune manière les pouvoirs confiés à Candidien ^.
Conformément aux ordres de l'empereur, le concile devait s'ouvrir le jour de la Pentecôte (7 juin) de l'année 431 -, et Nestorius arriva un des premiers à Ephèse, accompagné de seize évêques. Il s'y rendit, comme on se rend à une bataille, avec un très crrand nombre de gens aimés •^. Peu après, c'est-à-dire quatre ou cinq jours
i. Ilardouiu. Coll. conciL, t. i, col. lo46 ; Mausi, Conc. ampliss. cuil., 1. iv, col. 1118.
2. Hardouiu, op. cit., t. i, col. 14.')5; îdiuisi, op. cit., t. iv, col. 1230.
3. Socrale. Ilist. ecclcs.,\. VII, c. xxxiv. P. G., t. lxvii, col. 813 sq. La rccomluaudation failo aux iiit'liopolilains par la kUi'o de convocatiou de n'ommener av(,-c l'iix (lu'un petit iioinbre di? sutlVagants dont la présence pourrait être utile et de lais.ser les autres pour le service i-elii^icux local ue fui pas inlerprélée partout de la même façon. Tout d'abord 1 Occident eu masse se déroba. Si le pape envoya ses légats, il no consentit pas à se rendre à Ephèse de sa personne. L Afrique ravagée par l'invasion vandale s'abstint également, ainsi que l'Italie et la Gaule ; seul l'évèque de Carlliage se fit représenter par un de ses diacres, en sorte que l'assemblée d Épbèse destinée à être uuiverselle fut presque exclu-
292 Liviuî IX, cuAPirnE ii
avant la Pentecôte, Cyrille arriva avec cinquante évèques, composant à peu près la moitié de ses suffragants. Nous possédons encore deux lettres que Cyrille écrivit à cette époque aux fidèles de son Eglise : l'une datée de Rhodes, en cours de route, et l'autre d'Ephèse au moment de son arrivée "•. Dans la dernière il exprime, entre autres choses, son vif désir de voir s'ouvrir le concile. Quelques jours après la Pentecôte, arrivèrent Juvénal de Jérusalem et Flavien de Thes-
sivement orientale. Le palriarclie d'Autioclie, Jean, que nous avons vu s'élever contre son collègue d'Alexandrie, possédait une juridiction très étendue, s'étendant à l'est jusqu'au delà de l'Euphrate, au midi jusqu'aux montagnes de l'Anti- Liban. Croyant se conformer aux instructions et à la pensée de l'empereur, il expliqua la convocation en ce sens que chaque métropolitain n'amènerait avec lui qxie deux suffragants. Cyrille d'Alexandrie l'entendit d'une tout autre manière : son diocèse patriarcal comptant peu ou point de métropolitains et beaucoup d'évêques inférieurs, Cyrille se fit escorter par cinquante d'entre eux. De son côté, l'évêque d'Ephèse, exarque de la province ecclésiastique d'Asie, appela tous ses suffragants à venir l'assister. La province d'Ephèse était particulièrement intéressée par la cause soumise au concile assemblé au siège métropolitain. La tradition alors reçue universellement marquait à Ephèse la mort de la vierge Marie. On y conservait un édillco qu'on disait être son tombeau et non loin de là se trouvait le tombeau de l'apôtre Jean. Le concile lui-même consacra cette tradition. Le peuple d'Ephèse manifestait pour sa protectrice une dévotion enthousiaste qui avait complètement effacé sa ferveur de jadis pour la « grande Diane des Éphésiens ». C'était la même susceptibilité qui avait failli coûter cher à saint Paul quatre siècles plus tôt ; aussi celui qui se fût hasardé à Ephèse de contester à Marie son titre de Mère de Dieu eût été non seulement un blasphémateur, mais un enuemi de la cité. Un milieu tellement prévenu pouvait difficilement ne pas influencer l'assemblée délibérante qu'il entourait et, en quelque sorte, opprimait de toutes façons. L'évêque d'Ephèse, Memnon, partageait la dévotion de ses concitoyens. Aussi ne s'explique-t-on pas le choix fait par Théodose, nestorien de conviction, d'une ville à ce point opposée au triomphe de la doctrine qn'il épousait. Si Nestorius avait pu douter un instant des sentiments qu'il inspirait, il ne dut pas conserver longtemps son illusion. L'accueil qu'il reçvit fut glacial ou même ouvertement hostile. Les magistrats ne lui rendirent, pas plus qu'aux évèques de son parti, aucun honneur, l'évêque leur interdit toutes ses églises ; lorsqu'ils sortaient dans la ville, on se les montrait du doigt et le peuple les insultait. Les choses en vinrent à ce point que le lieutenant impérial dut veiller à leur sauvegarde et leur fournir une escorte de soldats. Nestorius tint bon et accepta le rôle d'accusé en évitant de se présenter au seuil des églises dont l'accès lui eût d'ailleurs été interdit. (H. L.)
1. Cyrille, assailli par une furieuse tempête, avait fait relâche à Rhodes. Il fit dans Ephèse une entrée triomphale, précédé de ses cinquante suffragants, suivi d'une armée de valets, de marins, de portefaix. On racontait qu il avait enrôlé dans sa suite des mendiants et jusqu'à des baigneurs de bains publics ; son cortège comptait même un certain nomlire de diaconesses. (H. L.)
133 CONVOCATION DU CONCILU 29'.\
sal
ïlonique avec leurs évèr|iies ; Meninon trKphèso avait déjà réiiiii autour lie lui quarante de ses sudVagants et douze évèques de la \^^-] Pamphylie K Dans l'attente des évèques retardataires, ou discuta les points en litige, et Cyrille s'employa, par des arguments pleins de sagacité, à convaincre d'erreur Xestorius et à fjacrner des amis à la doctrine orthodoxe. C'est alors que Xestorius eut cette répartie : « Jamais je n'appellei-ai Dieu un enfant de deux ou trois mois ; c'est pour cela que dést)rniais je ne communiquerai plus avec vous 2. » Il
1. llanloiiiii. Coll. concil., I. i, ool. lô'ii ; Maiisi, Co/icil. aiiijilis.'i. coll.. f. iv, col. 1381.
2. Tandis iiuEphèsc se romplissail il i'vô(|iies, li's partis se dessinaient ot la foule bruyante coinmençait à so livrer à des niaiiifeslMlions (|iii se terminèrent parties rixes sanij;lantcs. Il fallut appeler dans la ville les garnisons des cités voisines. Deux groupes, celui de Cyrille et celui do Xestorius, étaient irréductibles ; un parti intermédiaire refusait de s engager dans l'une ou l'autre faction. Les membres de ce tiers-parti attendaient pour passer dans un camp ou dans l'autre l'arrivée des évèques syriens dont le nombre et la science détermineraient à leur avis la majorité. Ainsi qu'il arrive toujours, ces indépendants qui n'avaient souci que d'être avec personne furent suspects à tout le monde. L'évêque Memnon s'agita beaucoup pour attirer cette faction an parti de la theotocos et tle l'orthodoxie, mais le désintéressement de ses demandes paraissait suspect à beaucoup et il gagna peu d'adhérents. Les plus obstinés furent dès lors mal vus, insultés dans les rues, menacés. Le matin plusieurs voyaient avec terreur un signe sinistre; mar([uant la porte de leur demeure, comme si on complotait de se défaire d'eux. Les réclamations aux magistrats n'étant suivies d'aucun elTcf, beaucoup prirent peur et adhérèrent au i)aiti constitué des Cyrilliens. Cependant une soixantaine tint bon et s'obstina dans l'attente des c Orientaux», titre f[u'on appliquait aux évèques dont les diocèses relevaient du patriarcat d Anlioche auqutl, en vertu du parallélisme établi entre les deux hiérarchies civile et ecclésiastique, on donnait le titre d archevêché ou patriarcal d'Orient. C'était un territoire immense compreiiajit non seulement toute la province civile de Syrie, mais encore, grâce aux conquêtes do l'Evangile, des territoires comme l'Arabie et la Perse qui dépendirent quelque temps de la métropole d'Autioche, tout en restant étrangers à l'empire. Le rasseml)lomeut de la multitude d'évêques dont les sièges sillonnaientcette province était chose longue et difficile. Les sufl'raganis devaient d'abord se réunir à leurs métropolitains respectifs pour se rendre à Anlioche et tous ensemble partir de là pour le concile sous la conduite du patriarche. Le trajet d'Antioche à Kphèse, parla poste impériale, demandait quarante-deux journées. Jean d'Antioche, afin d alléger un peu le poids de ce rouage énorme, avait d<'cidé qui- chaque métropolitain n'emmènerait avec lui que deux suffraganls. Le délai entre Pâques et Pentecôte que fixait la lettre de convocation pour le voyage à Ephèse était à peine suffisant et il se trouvait encore réduit par suite d une circonstance locale. Dans le patiiarcat d'Orient la fête de Pâques était suivie d'une octave d'une solennité telle que les évèques ne pouvaient se dispenser d'y assister. Pà<jues tombant le 19 avril,
découvrit ainsi l'hérésie qu'il avait essayé de dissimuler, en même
ce n'est que le 'il qu'ils purent quitter leurs villes épiscopales. Le temjDS du ralliement aux centres métropolitains et de la réunion générale à Antioche devait prendre quelques jours et il devenait matériellement impossible aux évèqnes d'être présents à Éphèse au jour fixé parla convocation. Jean d'An tioche demanda en conséquence aux évoques déjà réunis de l'attendre, lui et ses orientaux, quelques jours après le délai passé, promettant de faire diligence et de ne pas être en retard de plus de huit jours. Ses prévisions furent mises en défaut par des incidents imprévus, notamment une sédition occasionnée à Ephèse, parla cherté des vivres, un débordement de l'Oronte qui rendit impraticable la route que les évèques devaient suivre ; une assemblée préparatoire de tous les prélats présents en vue de décider la conduite à tenir dès l'arrivée à Antioche. On examina successivement ce qu'il convenait de faire à l'égard de Nestorius et de Cyrille. Le synode fut d'avis de se montrer conciliant pour Nestorius et de repousser absolument les anathématismes de Cyrille. Si Nestorius se montrait intraitable, au moins ne serait-il pas condamné en vertu de propositions hérétiques, blasphématoires et dangereuses aux églises d'Orient. Enfin les évèques s'engagèrent mutuellement, ceux qui parlaient à se conformer aux décisions qu'on venait de prendre, ceux qui demeuraient à souscrire d'avance aux actes de leurs représentants. A Ephèse, Cyrille, en attendant l'ouverture du concile, s'occupait à extraire des livres de Nestorius les passages qui prêtaient le plus aux accusations et sa vaste érudition lui signalait sans peine les textes des Pères qui condamnaient ces doctrines et confirmaient celle des anathématismes. Nestorius, écrit Ani. Thierry, op. cit., p. 98, dans ses conversations familières, se plaisait à soutenir des thèses qui surprenaient ses adversaires, tantôt conciliant, tantôt entier dans ses opinions, comme pour montrer sa faconde et préluder aux graves discussions par des jeux d'esprit. On remarqua que Cyrille passait rarement près de lui et ne l'abordait point. « Il me fuit, disait Nestorius avec sa présomption ordinaire, il a peur que je ne le convertisse. » Les fragments récemment publiés par F. Loofs, dans les Nestoriana, nous ont montré un Nestorius très différent de celui dont on pensait connaître l'hérésie. Ce qui nous paraît assez vraisemblable, c'est que ce maître en l'art oratoire était une sorte de hâbleur passant d'une extrémité à l'autre, de l'orthodoxie à l'hérésie, presque sans s'en apercevoir. L'étrange sortie rapportée par Hefele : « Je n'admettrai jamais un Dieu de deux mois... » était faite à ïhéodote d'Ancyre. Avec Acace de Mélytène il ne fut pas moins imprudent et s'échappa à dire : « Confessez donc que si le Verbe, seconde hypostase de la Trinité, s'est incarné, le Saint-Esprit a dû s'incarner également et Dieu le Père lui-même, puisque la Trinité est triple et une dans sa substance. » L'entourage de Nestorius, loin de l'arrêter, le poussait dans cette voie désastreuse. Un de ses familiers osa dire : « Quant à moi, tout en trouvant les juifs coupables, je ne les condamne pas comme déicides, car ils n'ont pas tué le Dieu, mais l'homme seulement. » On voit d après cela où en étaient les esprits. Acace et Théodote déposèrent sous serment les conversations qu'ils avaient eues avec Nestorius, et Cyrille, ayant en main de semblables témoignages, ne songea qu'à précipiter la crise. Cependant Jean d'Antioche et ses sulfragants n'arrivaient toujours pas, (H. L.)