L\ CÉLÈBRE LETTRE DOGMATIQUE DE SAINT LÉON
176. La célèbre lettre dogmatique de saint Léon à saint Flavien.
La première de ces lettres était adressée à Flavien. Elle contient cette dissertation dogmatique sur la dodiino oliristologique que
la correspondance entre saint Lôon et Julien de Ces relative au concile d'Ephèse ne contient aucune espèce de commission ni jussion et qu'on y trouve même la mention de l'envoi fait d'un évèque du nom de Jules. Le P. Quesnel a donné d autres raisons très fortes dans le même sens, mais qu il nous parait superflu d t-numérer. (>'est donc bien de l'èvèque de Ponzzoles, désigné nommément par la chronique de Prosper, qu il s'agit ici. Le P. Quesnel fait erreur quand il dit que Jules mourut eu cours de route, à Délos, et que le prêtre René et le diacre Hilaire se substituèrent au défunt Julien de Cos, en vertu d'un pouvoir qu'ils tenaient du pape, parce qu il convenait que la légation romaine fût conduite par un évèque. Il u'est pas douteux qu'un des légats romains mourut à Délos ; Acace dit que ce fut le prêtre René, et cependant on possède une lettre de Théodoret à ce même prêtre René postérieure au concile ; c'est donc, au dire du P. Quesnel, une erreur d'Acace et comme il ne peut être ici question de la mort d Hilaire, il faut — eu imputant une errem- au copiste — supposer que ce fut Jules. Ces raisons ne tiennent pas contre celles de Tillemont. Le prêtre René n'est jamais mentionné à propos du concile d'Ephèse, tandis qu'on y trouve le nom de l'évèque Jules et que Dulcitins et lui sont nommés dans la liste de ceux qui assistèrent au concile. Saint Prosper nomme seulement Jules et Hilaire comme légats présents au concile. Enlin, Acace qui était Romain et qui écrivait quarante ans après l'événement, nous assure que René était mort à Délos. Comment Théodoret a-l-il pu en ce cas le féliciter de sa belle conduite an concile •* C'est que, vraisemblablement, il avait vu quelque lettre de saint Léon parlant des trois légats. H avait vu certainement Yepistula dogmalica à Mavicn et il avait su l'opposition des légats à la déposition de Flavien. Ignorant que 1 un d'pux était morl, il faisait au prêtre René, comme à ses deux collègues, honneur de cette belle conduite. 11 lui écrivit donc pour lui faire part de ses sentiments, comme il dut écrire dans les mêmes termes aux deux autres légats deux lettres qui se seront perdues. Des trois légats, Hilaire revint seul en Italie, nous dirons, en son lieu, dans quelles lamentables conditions. Tillemont fait ri'm;irquer avec son ordinaire bon sens « que c'eust esté une chose assez nouvelle de voir un légat substitué par d'autres légats. Dioscore et Eutyche qui ne cherch;iirnt qu'à chic.iner et qui les récusèrent parce qu'ils avoient logé chez saint Flavien, n eussent pas passé cela sans dilficullé. Si Ion dit que le pape lavail substitué nommément par un ordre écrit, il sera bien étrange qu il n'en dise pas un mot dans les deux lettres qu il écrivit à Julien même le 13 de juin dont l'une luy devoit eslre rendue par les légats ; il ne parle jamais non plus de celte légation dans les httres qu'il écrivit à Julien et dans les endroits uù il parle de luy. » .Uéiii. Iiint. ccclés.. (. xv. p. 902. (H. L.)
568 LIVRE X, CHAPITHK III
Léon avait auparavant annoncée à l'évéque de Constantinople et qui, approuvée ensuite par le IV concile œcuménique, a la valeur d'un symbole ^ Cette lettre, dont nous donnons le texte original en
1. J^epistula doginaLica porte le numéro xxviii dans ledit, des Ballerini [=^P. L., t. Liv, col. 755 ; Mansi, op. cit., 1. v, col. 1366 ; Hardouin, op. cit.., t. ii, p. 290 sq. ; Fuchs, Bibliothek der Kircliem'ersammlungen, t. iv, p. 312 ; Arendt, Léo der Grosse und seine Zeit, in-8, Maiuz, 1835, p. 232 sq.). Celte lettre est un des actes les plus justement célèbres de la correspondance des pontifes romains. Toute la conlros'erse dogmatique relative à l'Incaroation anti-nestorienne et anti-eutychienne s'y trouve exposée et la doctrine fixée, telle qu'elle sera proclamée par le concile de Chalcédoine, eu sorte qu'on peut vraiment dire : quidquid in ea scriptum est, ex apostolica et e^'angelica probatur sumptuin esse doctrina. Epist., clii, P. L., t. liv, col. 1123. La ruse et la violence vinrent à bout d'intei'dire la publication et la lecture de cette lettre en Orient ; ce n'est qu'après le «Brigandage d'Ephèse » qu'elle commença d'être connue. On l'accepta ea foule, à ce point que la doctrine qu'elle contenait devint comme la pierre de touche servant à la distinction des catholiques d'avec les hérétiques. La lettre à Flavien apparut à tous si claire que la nécessité de la réunion d'un concile général semblait moins évidente. Au concile de Chalcédoine, actio iv, tous les évèques crièrent d'un commun accord : Qui non consentit epistolse sanctissimi episcopi Leonis, hœreticus est. Le concile de Chalcédoine prodigua les témoignages d'admiration à cette lettre fameuse {actio ii et actio iv) qu'on traita avec autant de révérence qui si elle avait eu pour auteur l'apôtre Pierre en personne. Le temps n'affaiblit pas ce respect. Le concile romain tenu sous le pape Gélase jette l'anathème sur celui qui discute le texte de la lettre de Léon: usque ad unum iota disputaverit et non eain in omnibus venerahiliter receperit. Coleti, Concilia, t. v, col. 387. Saint Grégoire l"^ dit de son côté : Epistular., 1. VI, epist. ii : Si quis centra haruni quattuor synodoruni fidem, et contra sanctx mémorise Leonis papx loinum atque definitionem aliquid iimqua:n loqui praesumit, anathema sit. A la suite des règles de foi des conciles œcuméniques on trouve souvent mentionnée Vepistala dogmatica. Parmi les orientaux on voit cette pratique s'introduire par les lettres d'Hormisdas, la lettre de Pierre diacre à lùilgence et le concile d'Apamée, tenu en 535. Même coutume en Occident où elle demeura longtemps en vigueur, voir par exemple la profession de foi d'Adelbert à Hincmar de Reims [Concilia, t. x, col. 1388) et l'acte des évècjues de la province d'Aquiléc adressé au patriarche Paulin. Bernard de Rubeis, Monum. Ecclesise Aquileiensis, ad ann. 801, p. 380. On lit dans la vie de saint Amé, abbé de l'ordre de Saint-Benoît, qu'étant au lit de morl, il se fit apporter et lire à liante voix Vepistala dogmatica, et le biographe ajoute: quoniam in ipsa plenissinia ratio fldei catliolicx continelur. Vita,u. 24, dans Acta sanct. Ord. S. Bened., t. u, part. 2, p. 126. Dans l'Église romaine on lisait Vepistala publiquement pendant le temps de l'Avent, ce qui explique qu'on la trouve d;ins les lectionnaires à l'usage de la basilique vatieane et dans un très aucien lectionnaire appartenant à la basilique des saints Philippe et Jacques, h'ordo Xle de Mabillon (Muséum italicum, t. ii, p. 123), éwit au xiie siècle par le chanoine Benoît de la basilique de Saint- Pierrre, porte cette
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nt»te ^. peut se résumer ainsi ([u il suit, si Ion laif al)sl lactidii de quelques phrases moins importantes :
C. I. Ta lettre, (jne je m'étonne J'avoir reçue si tard, elles actes svnoiiaiix ([iii raceonipaonaient, m'ont (ail connaitre le scandale qui vient de se produire chez vous, à l'enconlre de la vraie loi. Ce (jui, jusqu'ici, t'tait eni;ore dissimulé est devenu maintenant tout à lait clair. Kutvchès fait preuve dans cette afiaire de beaucoup d'igno- [354 1 rance et de Leaucoiq) d'imprudence [miiUttni inipiudcns et niniis impcritus)... Quelle connaissance peut avoir de l'Ancien et du Nouveau Testament celui (jui no comprend même pas le cominen-
rubriinic au ni'- iliiiiaiiclii' de 1 A vont : Deindc eptscopi legunt qiiartam et quintam lectionem de epistola S. l.eonis pupœ inissa Flaviano episcopo de incitntationc Doinini contra Eiitychen lixreticum. D autres Eglises d'Italie avaient éjjalentent celle lettre parmi leurs leclionnaires liturgiques; on la lisait à dilléreuts jours de l'Avent. Le V. Quesnel {Dissert., I, ad ann. 440, d. 9) a inonti'é que la iiiêiue coutume a existé dans telle Eglise de la Gaule, notamment à Saiut-Bénisine de Dijon. \ igile de Thapse, Opéra, edit. Chifflet; Martène, De antiijiiis monacltorum ritihus, 1. III, c. ii. Le texte que nous avons, tel qu il a été établi par les éditeurs de saint Léon, notamment par les trères Hallerini, est absolument certain. La difficulté qu'on a pensé soulever à propos d une phrase de Gennadius, De \iris illuslr., c. lxx. n'a aucun fondement. Cf. Ballerini, Adinonitio in epistolam sequenleni (xxxiu), t. i. col. 792 z= P. /,., t. Liv. col. 753. Il exi.ste une traduction grecque ti'ès ancienne, laquelle fut lue et insérée dans la ne session du concile de Chalcédoiue. Cf. Ballerini, Admonitio, n. 7 ; J. Schwane, Histoire des dogmes, trad. Degert, iu-8, Paris, 1903, t. II. p. 535-538. L'epistula dogmatica est du 13 juin 4i9. Sur le développement légendaire à propos de cette lettre, cf. TiUemont, Mém. hist. ecctés., t. XV, p. 541-542. (H. L.)
1. Léo Episcopus, dilectissi.no fralri Flaviano Conslautinopulituno episcopo.
Cap. I. Lectis dilectionis tuap lilteris, quas miramur fuisse tam seras, et gestorum episc<ipaliuin ordine recensito, tandem quid apud vos scandali contra integritatem lidei exorluiu fuisset, agnovimus ; et quae prius videbantur occulta, nunc nobis reserata patueruut. Quibus Eutyches, qui presbj terii noinioe lionorabilis vidcbatur, multuni imprudens et uimis imperilus ostendilur, ut etiain de ipso diclum sit a propliela : Xoluit intelligere, ut herie ageret, iniqiiitateni meditatus est in ciibili suo (Fs. xxxv, 4). Quid autem iniquins, quam impia sapere, et sapientioribus doctioribusque non cedere ? Sed in banc insipientiam cadunt, qui cum ad cognoscendam veritatem aliquo inipediunlur obscuro, non ad prophetieas voces, non ad aposlolicas litleras, uec ad evaugelicas auctoritates, sed ad semelijjsos recurrunl ; et ideo magistri erroris existunt, quia veritatis discipuli non fuere. Quaui eniui eiuditioneni de sacris iiovi et vekris Testament! paginis acquisivit, qui ne ipsius (juidem Syniboli initia comprelieudit ? Et quod per totiiin munduin omnium regcnerandorum voce depromitur, istius adbuc senis corde non eapitur,
cernent du symbole ? Le cœur de ce vieillard ne peut comprendre ce que les néophytes professent dans le monde entier.
C. II, Ignorant ce qu'il devait croire sur l'incarnation du Verbe divin, et ne voulant pas scruter sur ce point la sainte Ecriture, il aurait dû, au moins, s'en tenir au symbole que tous connaissent et que tous professent, et croire en Dieu le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ son Fils unique, Notre-Seigneur, né par le Saint- Esprit de Marie la Vierge. Ces trois propositions suffisent presque pour vaincre toutes les hérésies. Car celui qui croit en Dieu le Père tout-puissant, reconnaîtra que le Fils est coéternel, au Père, dont il ne diffère en rien, parce qu'il est Dieu de Dieu, tout-puissant du tout-puissant, coéternel de l'éternel, n'étant ni iniérieur quant au temps, ni moindre quant à la puissance, ni inégal quant à la majesté, ni séparé quant à la substance. Et ce Fils unique éternel d'un Père éternel est né par le Saint-Esprit de Marie la Vierge. Cette naissance temporelle n'a rien retranché, rien ajouté à la naissance divine et éternelle (du sein du Père) ; son unique raison [355] d'être a été le salut des hommes.., ; car nous ne pouvions dominer ni le péché ni l'auteur de la mort, si Lui, qui n'est pas souillé du péché et qui n'a pas à craindre la mort, n'avait pris notre nature et ne l'avait faite sienne. Il a été conçu par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge, qui l'a enfanté sans qu'elle perdît sa virginité, de même qu'elle l'a conçu sans qu'il y fût porté atteinte. Si, à
C. II. Nesciens igitur, quid deberet de Verbi Dei incarnatione sentire, nec volens ad promerendum iatelligentiae lumen in sanctirum scripturai'um latitudine laborare, illam saltem communem et indiscretam confessionem sollicito recepisset auditu, qua fidelium univei-sitas pi'ofitctur : Credere se in Deum Patrem omnipotenteiu et iu Jesum Ghristum Filium ejus unicum, Dominuin nostrum, qui natus est de Spiiitu sancto ex Maria virgine. Quibus tribus sententiis omnium f'ere haereticorum machinas destruuntiir. Gum enim Deus et omnipotens et Pater creditur, consempiternus eidem Filius demoustratur, in nullo a Pâtre difFerens, quia de Deo Deus, de omnipotente omnipotens, de œterno natus est coaeternus, non posterior teiupore, non inlerior polestate, non dissimilis gloi-ia, non divisas essentia ; idem vero sempiterni Geuiloris Unigenitus sempiternus natus est de Spiritu sancto ex Maria virgine. Quse nativitas temporalis illi nativitati divinœ et sempiternœ uibil minuit, nihil contulit, sed tolam se reparando homini, qui erat deceplus, impendit, ut et mortem vincerel, et diabolum, qui mortis habebat imperium, sua virtute destrueret. Non enim superare possemus peccati et mortis auclorem, nisi naturam iiostram ille suscipeiet et suam faceret, quem nec peccatum contaminare, nec mors potuit detinere. Conceptus quippe est de Spiritu sancto iiitra uterum Matris Viiginis, quae illum ita salva virginitate edidit, quemadmodum salva virginitate concepit. Sed si de hoc chris-