CONCILES A ROME
C'est ce qu'il fit dans un décret que nous ne possédons plus qu'en latin et qui est ainsi conçu : « Lorsque Nestorius chercha à altérer l'antique foi, il fut condamné par le concile d'Ephèse, lequel confirma les explications du concile de Nicée touchant la foi. L'empereur avait, conformément à ces décisions du concile, publié une loi condamnant Nestorius. Mais récemment Flavien de Constantinople et un évoque du nom d'Eusèbe, s'inspirant des erreurs de Nestorius, avaient occasionné de nouveaux troubles ; aussi l'empereur avait-il convoqué à Ephèse un grand concile composé des évêques de tous les pays, lequel avait déposé Flavien, Eusèbe, Domnus, Théodoret et quelques autres à cause de leur participation à
toute erreur le corps apostolique toujours vivant dans le Souverain Pontife et des évêques sont absolues et inconditionnelles, elles s'étendent à tous les jours, à toutes les circonstances ». (Mgr Ginoulhiac, Le concile œcuménique^ ch. ix). Par une application rigoureuse de ce principe nous pouvons dire qu'un concile qui rassemblerait véritablement le Souverain Pontife et la plus grande partie de l'épiscopat posséderait l'iiidéfectibilité et serait invincible à toutes les menaces, à toutes les séductions, à toutes les violences. Mais le dernier concile œcuménique — le concile du Vatican — est peut-être le seul où se soient rencontrés et le pape et le plus grand nombre des évêques, et qui par conséquent ait été l'Eglise elle-même, et non pas seulement la représentation de l'Eglise. On n'en saurait dire autant de la plupart des autres conciles, ni en particulier de celui qui fut présidé et asservi par Dioscore. Simple représentation de l'Église, le concile d'Ephèse tombait; sous la loi qui régit les assemblées représentatives ; et parce que la violence et la peur en dominèrent toutes les délibérations et en dictèrent tous les arrêts, parce que, dès le premier jour, il subit la dictature de la terreur, ni l'épiscopat ni le Saint-Siège ne l'ont avoué ; le pape en a cassé les décrets et l'histoire n'a voulu le connaître que sous le nom odieux et mérité de brigandage. La sainteté de l'Eglise n'a pas non plus sombré dans l'épouvantable naufrage que nous venons de décrire. Les prévaricateurs étaient nombreux dans le concile et hors du concile ; nous nous en affligerons, mais nous n'en ressentirons ni étonnement ni scandale. L'Eglise terrestre ne se compose pas des seuls justes, et les pécheurs qui continuent de lui appartenir, tant que l'apostasie ou 1 excommunication ne les en a point retranchés, ont le triste pouvoir de la troubler par leurs désordres, comme ils peuvent aussi la consoler par leur repentir. Mais si, en vertu d'un décret divin où s'unissent la miséricorde et la sagesse, les pécheurs ne sont pas exclus de l'Eglise d'ici-bas, les justes y ont éminemment droit de cité ; ils sont, si je l'ose dire, le ferment qui la soulève et l'étincelle qui l'embrase ; et leurs rangs grossis sans cesse par la pénitence qui les brise et par le pardon qui les transforme, pénétreront seuls dans l'Église du ciel. Or les justes ne manquaient pas au ve siècle, et ce n'est même pas en petit nombre qu'ils nous apparaissent alors. » Et ici vient se placer une consolante énumération ou l'Orient le dispute à l'Occident pour le nombre et la célébrité des saintes et des saints. (H. L.)
l'hérésie de Nestorius. Il louait et confirmait les décrets de ce concile, ordonnait à tous les évêqucs de son empire de signer immédiatement le symbole de Nicée et interdisait à l'avenir d'élever h l'épiscopat les partisans de Nestorius ou de Flavien. Si cela avait déjà eu lieu, il déposerait celui qui avait été, avec ses sentiments, élevé à l'épiscopat. On ne devait rien ajouter à la foi de Nicée et rien en retrancher. Nul ne devait lire les écrits de Nestorius et de Théodoret ; mais chacun devait les livrer pour les brûler. On ne devait souffrir les nestoriens ni à la ville ni à la campagne, et celui qui les souffrirait en serait puni par la confiscation des biens et un exil perpétuel ^. »
Cetédit ne pouvait avoir force de loi que dans l'empire d'Orient, et cependant il ne put, malgré des sanctions sévères, y être mis partout à exécution, et ne fut qu'une occasion de discorde. L'Egypte, la Thrace et la Palestine se trouvèrent du côté de Dioscore et de l'empereur, tnndis que les évêques de la Syrie, du Pont et de l'Asie se prononcèrent pour Flavien ^. Théodoret de Cyr s'était, nous l'avons dit, adressé à Rome, par trois lettres écrites à cette [3901 occasion au pape, à René et à l'archidiacre (Hilaire) ; il en appela (èTTtxaXsîffOat) au jugement de Rome, sur la primauté de laquelle il s'expliquait de la manière la plus énergique, et sollicita la célébration d'un nouveau concile. Théodoret priait le pape de l'y convoquer et d'y examiner sa foi ; il lui demandait surtout de veiller aux intérêts de l'Eglise orientale. Il exprimait aussi sa complète adhésion à VEpistida dogmatica du pape Léon, pour laquelle il a une très grande estime, certes bien méritée '^ On se demande si ces lettres contenaient nn appel, dans tout le sens du mot, fait pnr Théodoret au Siège de Rome ; Quesnel, Ellies du Pin et d'autres l'ont nié ; tandis que les Ballerini et d'autres l'ont soutenu ^.
Dans une autre lettre, Théodoret demanda à Anatole, patrice de
1. Cet édit est imprimé dans Mansi, o/). cit., t. vu, col. 495, et Hardouin, op. cit., t. II, col. 673, parmi les actes du synode de Chalcédoino. On trouve dans les actes du Ye concile général une seconde et ancienne version latine de ce synode (Mansi, op. cit., t. ix, col. 250, et Hardouin, op. cit , t. m, col. 105), avec cette différence que les livres de Théodore de Mopsuestc sont rangés dans cette version au nombre des livres défendus.
2. Liberatus, Breviar., c, xii ; P. Z., t. lxviii, col. 1003 sq.
3. Théodoret, Epist. cxiii-cxvi, cxviii, P. G., t. lxxxiii, col. 1320 sq.
4. S. Léon, Opéra, éd. Ballerini, t. ii, col. 1237 sq., et col. 1257 sq., et Walch, Ketzerhist., t. vi, p. 272 sq.