‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 145 sur 544 · CONTINUATION DE L'HISTOIRE DU MONOPHYSISME · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE L'HISTOIRE DU MONOPHYSISME

573] En effet, sous le faux prétexte que les monophysites, même les plus avancés, se réconcilieraient tous avec l'Eglise, si on déclarait solennellement suspects de nestorianisme Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et Ibas, l'origéniste Théodore Askidas, évêque de Césarée en Cappadoce, poussa l'empereur Justinien, vers le milieu du vi* siècle, à entamer la discussion sur les trois chapitres que le Ve concile général (553) ne put parvenir à éteindre complètement. De leur côté, les monophysites étaient en proie à de grandes divisions. Un de leurs chefs, ce Sévère dont nous avons parlé, et qui, jadis patriarche d'Antioche, vivait à Alexandrie depuis 518, émit l'avis (519) que le corps du Christ était corruptible. Un autre chef des monophysites, Julien d'Halicarnasse, vivant également à Alexandrie, soutint, au contraire, l'incorruptibilité du corps du Christ, parce que, si le corps du Christ était corruptible, il faudrait reconnaître en lui deux natures, une nature divine et une nature humaine. Alexandrie presque entière prit part à cette discussion. Les partisans de Sévère reçurent le surnom de ^Gapxo- Xa-pai (c'est-à-dire corrupticolœ, les adorateurs du Corrompu), tandis que les partisans de Julien étaient appelés àçôapToâoxYJToct (c'està-dire partisans de l'Incorruptible), ou bien fantasiastes (parce qu'il leur fallait admettre un corps qui n'avait que l'apparence).

Timothée, patriarche monophysite d'Alexandrie, étant mort peu de temps après, chacun des deux partis, les phthartolâtres et les aphthartodocètes, se choisit un patriarche ; Théodose fut élu par le premier, et Caïnas par le second ; aussi les anciens partisans de Sévère furent-ils surnommés les théodosiens, et les anciens partisans de Julien les gaïnistes. Ces derniers furent aussi appelés manichéens par leurs adversaires : car celui qui croyait que le corps du Christ était incorruptible devait admettre que Jésus-Christ n'avait pas réellement souffert, ce qui était une proposition manichéenne. En effet, la doctrine de Philoxène ou Xenajas, qui était aussi aphthartodocète, offre avec le docétisme proprement dit une ressemblance très accusée, par exemple dans la proposition suivante : « A proprement parler, le Christ n'a été soumis ni à la souffrance, ni aux

)74] autres faiblesses de l'homme ; et s'il les a acceptées, c'est en toute liberté et par un certain abaissement qui devait servir à notre rédemption. » Cette proposition, que le corps du Christ était incorruptible, convint si bien à l'empereur Justinien qui était alors affaibli par les ans, et lui sembla s'adapter si bien à la doctrine orthodoxe, qu'il voulut forcer tous les évéques de son empire à

l'admettre ; mais il mourut en 565, à l'âge déplus de quatre-vingts ans. Les phthartolâtres et les aphthartodocètes se subdivisèrent en plusieurs partis ; ainsi dans le second de ces deux camps on comptait les xTUToXàipai et les «XTWrvijTal, selon que l'on affirmait ou que l'on niait que le corps incorruptible du Christ eût été créé. Les phthartolâtres se partageaient entre eux sur cette question : si la corruptibilité du corps du Christ ne permet pas d'ajouter que le Christ a ignoré certaines choses ainsi qu'il paraît l'insinuer lui-même, à plusieurs reprises, dans la sainte Ecriture i. Cette proposition avait d'abord été introduite par Themistius, diacre monophysite d'Alexandrie ; aussi ses partisans reçurent-ils le nom d'agnoètes (oryvstfwtl) ou thémistiens. Le patriarche Timothée d'Alexandrie et son successeur Théodose (environ 537-539) leur firent de l'opposition, parce que l'hypothèse des àvvoYîToù conduisait forcément à admettre les deux natures ; ils furent excommuniés, et à partir de cette époque formèrent une secte particulière qui se perpétua jusque vers le milieu du vme siècle.

C'est aussi des monophysites qu'est sortie la nouvelle hérésie des trithéistes. Le fondateur de cette secte n'a pas été, comme on l'avait cru jadis, le philosophe Jean Philoponus, mais ainsi qu'il ressort de l'ouvrage d'Assemani 2, le monophysite Jean Askusnages, directeur d'une école de philosophie à Constantinople auvie siècle. Justinien, exprimant sa propre foi, à l'encontre des propositions d'Askusnages, disait : « Dans le Christ je ne reconnais qu'une seule nature, tandis que dans la Trinité j'attribue a chaque personne une nature particulière. » Askusnages, exilé par l'empereur, fut excommunié par le patriarche de Constantinople ; mais Philoponus et d'autres monophysites embrassèrent son parti et développèrent ses idées. Philoponus les classa selon les catégories d'Aristote, sur le genre, Vespèce et l'individu, et il prétendait que les trois personnes étaient, sous le rapport de la divinité, comme trois choses particulières ("575 unies ensemble. C'était évidemment faire des Personnes, des dieux et enseigner le trithéisme. Le principal défenseur de cette doctrine fut le moine Athanase, petit-fils de l'impératrice Théodora, épouse de Justinien. De même que Philoponus, le moine Athanase chercha à défendre cette doctrine par ses écrits. Un autre écrivain des plus considérables parmi ceux qui représentèrent le trithéisme,

1. Natalis Alexander, Historia ecclesiastica, Venetiis, 1778, t. v, p. 483.

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