CONTINUATION DE L HISTOIRE DU MONOPHYSISME
on fit pour la première fois mention des écrits du faux Denys l'Aréopagite, et ce furent les sévériens qui le citèrent comme une autorité.
Cette tentative d'union entre orthodoxes et sévériens ne put aboutir, et Anthyme, le nouveau patriarche de Constantinople, montra un penchant décidé pour le monophysisme. Il fut déposé, et son successeur Mennas chassa, de concert avec l'empereur, les principaux chefs du monophysisme, revenus s'établir à Constantinople. Alexandrie même possédait, à cette époque, un patriarche orthodoxe, dans la personne de l'ancien abbé Paul. Mais, dans ce même temps, Théodora voulut faire de Rome même la citadelle du monophysisme ; elle promit à Vigile, diacre romain et apocrisiaire à Constantinople, de le faire nommer pape, s'il s'engageait à réintégrer dans sa charge Anthyme de Constantinople et à se déclarer contre le concile de Chalcédoine. L'ambitieux Vigile le promit, et aussitôt le célèbre Bélisaire, commandant les armées impériales en Italie, reçut de Théodora la mission de déposer, sous n'importe quel prétexte, le pape Sylvère et de faire nommer Vigile à sa place. Pour tranquilliser sa conscience, Bélisaire dit, à l'exemple de Pilate : « Elle eu répondra devant le Christ. » Sous la fausse accusation de haute trahison pour avoir fait cause commune avec les Wisigoths et avoir tenté de leur livrer la ville de Rome, le pape fut enfermé dans une cellule de moine. Grâce à l'influence de Bélisaire, Vigile fut aussitôt nommé pape (538), sans toutefois pouvoir se faire illusion sur la nullité de ce choix, tant que Sylvère serait en vie. Sylvère mourut peu après (en 540), prisonnier dans l'île de Palmaria. On prétendit qu'il était mort de faim, par la faute de Vigile. Ce dernier résigna alors sa prétendue charge, dans l'espoir d'être réélu grâce à Bélisaire. Il le fut, en effet, et légalement cette fois 1.
A partir de ce moment, Vigile se posa eu défenseur du concile de Chalcédoine ; dans le fond, il n'avait jamais été monophysite.
Cependant, toutes les difficultés n'étaient pas aplanies. L'addition
faite au trisagion : « Il y eu a un dans la Trinité quia été crucifié, »
f.r)72J donna lieu à de nouveaux troubles. Beaucoup d'orthodoxes n'y
voyaient rien de répréhensible ; mais comme les monophysites s'en
servaient de préférence, plusieurs voulurent l'abolir et appelèrent
1. Sur ces lamentables débuis du pape Vigile, cf. L. Duchesne, Vigile et Pelade, Etude sur l'histoire de V Eglise romaine au milieu du VI* siècle, dans la Revue des Questions historiques, 1884, t. xxxvi, p. 369-381. (H. L.)
théopaschites ceux qui soutenaient cette formule 1 qui devint un brandon de discorde (518) entre les catholiques. Le moine Jean Maxence, à Constantinople, voulut, avec d'autres moines, faire de cette formule l'étendard de l'orthodoxie et la représenter comme d'une nécessité absolue. Le patriarche Jean de Constantinople, et les légats du pape Hormisdas, consultés par Maxence, repoussèrent cette exagération, quoiqu'ils ne rejetassent pas la formule elle-même; l'empereur Justinien prit, au contraire, fait et cause pour elle et voulut lavoir approuvée par le pape. Après de longues hésitations, Hormisdas déclara cette phrase inutile dans le trisagion et périlleuse, non qu'elle fût en elle-même répréhensible, mais à cause de l'usage qu'en faisaient les monophysites 2. Sur ces entrefaites, les amis de Maxence consultèrent d'autres théologiens sur la valeur de la formule ; Fulgence de Ruspe et Denys le Petit répondirent qu'elle était orthodoxe. Il se produisit un autre incident. Un parti composé de moines grecs surnommés les àxoi^Yjxoi, c'est-k-dire les « veilleurs », à cause de leurs veilles multipliées, fit à cette formule une telle opposition qu'il recula jusqu'au nestorianisme et condamna l'expression de Ôsoxoxoç. Ces excès fournirent à l'empereur Justinien, friand de discussions théologiques, l'occasion de faire anathématiser ces moines à Rome, et de faire approuver la formule : « Il y en a un dans la Trinité qui a souffert. » Le pape Jean II se rendit partiellement à ses désirs, sans toutefois approuver positivement cette formule. Son successeur Agapet 1er fit de même, et finalement Justinien obtint que le cinquième concile œcuménique, qui eut lieu sous son règne, approuvât la formule en question 3. Ce que nous avons dit plus haut fait voir que la discussion des théopaschites n'était que lasuite des discussions sur le monophysisme, de même que plus tard la célèbre dispute sur les frois chapitres, qui sema la discorde dans le camp des orthodoxes, était également une suite des disputes sur le monophysisme.
1. On s'est appuyé sur de faux documents quand on a soutenu que le pape Félix s'était énergiquement prononcé contre cette proposition. C'est ce que Valois {Dissertatio de Petro Antiocheno episcopo, qui Fullo cognominatus est, placée dans l'appendice de son édition de VHistoire de l'Eglise d'Évagrius) et Le Quien {Opéra sancti Joannis Damasceni, t. i, p. 478) ont très bien prouvé.
2. Cf. Natalis Alexander, Historia ecclesiastica, Venetiis, 1778, t. v, p. 434 sq.
3. Collât., vin, can. 10. Cf. Henri Noris, Dissert, de uno ex trinitate passo, et Natalis Alexander, loc. cit., p. 435.