‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 156 sur 544 · CONCILES IRLANDAIS SOUS S. PATRICE · texte numérisé non relu

CONCILES IRLANDAIS SOUS S. PATRICE

Premier synode.

Can. 4. Défense portée contre les cler ici vagi. [Il semble qu'il leur fût permis de quêter pour leurs propres besoins, mais qu'ils ne devaient demander qu'à proportion de leur indigence (H. L.)].

conque à laquelle Patrice prit part. Mais cette preuve a été mise en question et généralement rejetée. Néanmoins le dernier mot n'a pas été dit. La preuve est double : 1° Nous avons trente canons conservés dans un manuscrit qui appartint autrefois à la bibliothèque de la cathédrale de Worcester et est maintenantle manuscrit 279 de la bibliothèque de Corpus Christi Collège, à Cambridge. Il fut écrit sur le continent au ixe ou xe siècle, et une description en existe dans The early Collection of canons known as the Hibernensis, two un finis hed PaperSj by Henry Bradshaw, 1893. Ces canons sont généralement représentés comme étant les actes d'un concile, Synodus I Patricii, et ont été inexactement reproduits dans les collections de Spelman, t. i, p. 52 sq., et de Wilkins, t. I, p. 2-3. Un texte exact est donné par Haddan et Stubbs, Councils, t. ii, p. 328-330. Le document commence ainsi : Gratias agimus Dco patri et filio et Spiritui sancto. Presbyteris et diaconibus et omni clero Patricius Auxilius Isserninus episcopi salutem. — Satius nobis négligentes prxmonere [quant] culpare que facta sunt, Salomone dicente, melius est arguere quam irasci. Exempta definitionis nostrx inferius conscripta sunt et sic inchoant.

Suivent les canons. Ainsi le document se présente comme une lettre circulaire adressée par Patricius, Auxilius et Iserninus au clergé et comprenant les règles et pénalités ecclésiastiques sur lesquelles les trois évêques s'accordaient. Il semble erroné de faire de ces règles les canons d'un concile ; ce sont des canons établis par un conclave de trois évêques dont l'autorité était reconnue et un conclave de trois évêques n'est pas un concile au sens ordinaire du terme. On peut observer avant d'aller plus loin que la préface, au lieu d'éveiller le soupçon, nous dispose en faveur de l'authenticité du document. Des conférences et la collaboration entre Patrice et les évêques méridionaux Auxilius et Iserninus sont, comme je l'ai fait entendre plus haut, juste ce que nous attendions ; et un faussaire qui, par exemple au vnr» siècle, aurait désiré imputer à Patrice des canons postérieurs, aurait été bien moins tenté d'associer Patrice avec ces deux évêques qu'avec d'autres, comme Benignus, que nous rencontrons plus fréquemment dans l'orbite de Patrice. Nous pourrions même dire que si l'on découvrait l'inauthenticité des canons eux-mêmes, au moins le faussaire a dû se fonder pour rédiger la suscription sur le fait que des canons authentiques avaient été promulgués par les trois évêques. En conséquence, la suscription me semble, en tout état, témoigner de la collaboration de Patrice, Auxilius et Iserninus pour l'organisation de l'Eglise d'Irlande. L'antiquité des canons a été rejetée par To Id qui les rapporte au ixe ou xe siècle (J. H. Todd, St. Patrick, apostle oflreland, a memoir of his life and mission, in-8, Dublin, 1864, p. 486-488), par Haddan et Stubbs [Councils, t. n^ p. 331, note 3), qui placent leur origine entre les annéos 716 et 777 ou 809, et par Wasserschleben [Die irische Kanonversammlung, 2* éd., p. /). Todd produit trois arguments : 1° l'ordre donné dans le 6e canon que le clergé porte la tonsure romaine ; 2p le fait d'impliquer

[Gan. 5. Ordonne que s'il leur reste quelque chose, ils le mettront [586

une juridiction diocésaine plus avancée et une situation plus solide du christianisme dans le pays qu'il n'élait possible au temps de saint Patrice ; 3° le renvoi que contient le canon 25 aux présents faits à l'évêque entant que mos antiquus. Haddan et Stubbs ajoutent cet autre argument, tiré d'unfait remarqué par Todd, mais dont il n'avait pas fait une objection, à savoir que 4° le canon 33» a dû être établi quand la scission entre Bretons et Irlandais fut un fait accompli, par l'adoption des mœurs romaines par les Bretons, tandis que les Irlandais gardaient les usages celtiques ; c'est de là qu'ils déduisent la limite chronologique mentionnée plus haut.

Même en admettant que toutes ces objections soient valables, il ne s'ensuivrait pas nécessairement que le document entier soit apocryphe. On pourrait supposer que, dans son ensemble, le document est authentique, mais interpolé. Les interpolations consisteraient dans les canons 25, 30, 33, 34 plus une clause du canon 6e. Avant de faire la critique des arguments de Todd et de Haddan et Stubbs contre l'authenticité du document, il conviendra d'exposer les autres témoignages de l'activité de Patrice pour la rédaction de canons ecclésiastiques, car ils ont une relation étroite et immédiate avec la question présente.

La Collectio canonum hibernensis qui a été admirablement éditée par Wasserschleben, Die irische Kanonensammlungen, 2e édit., 1885, fut composée, de l'avis général, à la fin du vue ou dans les premières années du vnie siècle. La preuve externe est que deux manuscrits sur treize qui contiennent la collection remontent au vin6 siècle. La preuve interne est que les derniers auteurs cités sont Théodore de Tarse (-J- 690) et Adamnan (-J- 704). Aucune œuvre de Bède n'est citée. Quant à son lieu d'origine, Wasserschleben et Bradshaw, bien qu'en désaccord sur d'autres points, le placent tous deux en Irlande ; tandis que Loois (De antiqua Britonum Scotorumque Ecclesia, p. 76) penche pour lattribution à la Northumbrie, sur les raisons peu suffisantes que les titres hibernenses, synodus hibernensis impliqueraient une origine non irlandaise et qu'uii compilateur irlandais eût difficilement connu le pénitentiel de Théodore. Une rubrique dans un manuscrit de Paris, venu de Corbie et copié en Bretagne, peut contenir une indication :

Hucusq ; Nuben et CV. cuiminiae et du rinis.

Bradshaw conclut que la collection fut compilée par un moine ou abbé irlandais de Dairiais, près de Youghal. Le Dr W. Stokes remarque finement que le nom de Gucuimne, un savant ecclésiastique mort en 742 ou 747, se trouve caché sous ce texte corrompu, en conséquence il proposa la correction Ruben (The Academy, 14 july 1888). M. Nicholson, dans un ingénieux article de la ZeiU schrift fur kelt. Philologie, 1899, t. m, p. 99 sq., corrige ainsi :

Hucusq. Ruben et cucuimini ise et durinis. et trouve les noms de Ruben, mort en 725, et de « Cucuimne de la » (Hy). Il conclut que la collection fut compilée à Hy et probablement par Adamnan.

On trouvera l'examen des sources dans l'Introduction du livre de Wasserschleben. Les sources indigènes sont représentées par les titres Hibernenses, Synodus hibernensis, Patricius et aussi avec d'autres suscriptions qu'on trouvera mentionnées plus bas.

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