COLLOQUE SUR LA RELIGION A CARTHAGE
ques des Eglises transmarines, et en particulier ceux de l'Eglise de Rome, prissent part à la discussion : car il s'agissait de la foi universelle, et non pas seulement de la foi de l'Eglise d'Afrique. Eugène escomptait la plus grande liberté de parole que donnerait à ces évêques leur indépendance à l'égard des Vandales. Hunérich lui fit répondre ironiquement : « Fais-moi le maître de tout l'univers, et il en sera selon ton désir. » Eugène répondit avec dignité, mais Hunérich exila les évêques orthodoxes de l'Afrique qu'on lui avait signalés comme étant les plus savants, les plus aptes à soutenir une discussion [et à grouper leurs collègues].
Le 1er février 484, il n'y eut pas moins de quatre cent soixante-six évêques catholiques réunis à Carthage *■. La plupart de ces évêques étaient de l'Afrique même ; quelques-uns venaient de Sardaigne, de Majorque et de Minorque, qui faisaient partie du royaume vandale. Hunérich fit mettre en prison quelques-uns des évêques les plus distingués ; Lnetus, évêque de Neptis, fut mis à mort pour épou-
schichte der Vandalen, in-8, Leipzig, 1901, p. 106, note 4) est ainsi conçu : « Hunérich, roi des Vandales et des Alains, à tous les évêques homoousiens. Ce n'est pas qu'une seule fois, mais à plusieurs reprises que vos prêtres ont reçu défense de tenir des assemblées dans le royaume, afin de ne pas dévoyer les âmes chrétiennes. Plusieurs ont méprisé ces ordres et célébré la messe malgré la défense portée, se vantant d'observer la vraie règle de foi chrétienne. Afin d'obvier à tout scandale sur les terres que Dieu nous a confiées, nous vous faisons savoir que, du consentement de nos évêques et par la miséricorde divine, nous avons décrété que vous vinssiez tous à Carthage le premier jour de février, sans qu'il vous soit loisible de vous y soustraire en raison de ce qui pourrait vous arriver de fâcheux. Vous pourrez disputer de votre foi avec nos évêques, défendre par l'Ecriture votre croyance homoousienne, afin qu'on sache si vous êtes dans la foi véritable. Copie du présent édit a été envoyée à tous vos collègues d'Afrique. Le xiii des calendes de juin dans la septième année de notre règne. » Victor de Vite, Ilist. persec. Vandalicx, 1. II, c. xxxix ; Hardouin, Coll. concil., t. n, col. 857; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vu, col. 1141-1164. A. Audollent, Carthage romaine, in-8, Paris, 1901, p. 546 sq. ; H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. n, p. 187 sq ; D. Ceillier, Ilist. génér. aut. ecclés., 2e édit., t. x, p. 721-722. (H. L.)
1. Ilefele qui se réclame de la « liste i des évoques n'y compte que 461 noms. La Notitia provinciarum et civitalum Africss nous a conservé ces noms à la suite des œuvres de Victor de Vite. Hardouin, Coll. concil., t. n, col. 869 ; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. vir, col. 1156-1164; Corp. script, eccles. latin., Vindobonœ, t. vu, p. 115-134. La province Proconsulaire envoyait cinquantequatre évêques, la Numidie cent vingt-cinq, la Byzacène cent sept (cinq Eglises n'avaient pas de titulaire), la Maurétanie Césarienne cent vingt (et trois sièges vacants), la Maurétanie Sitifienne quarante-quatre ; la Tripolitaine cinq ; la Sardaigne et les îles Baléares huit. (H. L.)
vanter tous ses collègues l. Les adversaires choisirent le lieu de la discussion, et les catholiques élurent dix des leurs pour porter la parole au nom de tous, afin que les ariens ne pussent dire qu'ils [61 avaient été écrasés par la trop grande majorité des évêques catholiques. Mais on ne put en venir à des débats proprement dits. Dès le début, l'évêque arien de la cour, Cyrila, s'empara de la présidence ; les évêques catholiques protestèrent en vain et demandèrent un président impérial. Le notaire royal donna a Cyrila le titre de patriarche, et les orthodoxes crièrent : « Qui a permis à Cyrila d'accepter ce titre ? » Les catholiques présents ayant murmuré, furent chassés à coups de verges. Eugène protesta contre cette violence. Enfin on en vint au point principal, et les orateurs catholiques demandèrent à Cyrila de commencer les opérations et de faire connaître les chefs de discussion. Cyrila répondit : Nescio latine, et il s'obstina à ne pas parler latin, quoiqu'on lui rappelât qu'il s'était déjà servi de cette langue 2. Victor de Vite suppose que Cyrila avait trouvé les évêques catholiques mieux préparés et plus hardis qu'il ne s'y attendait. Par précaution, ceux-ci avaient rédigé une profession de foi 3. Dans un édit daté du [25] février4, Hunérich accusa
1. Victor de Vite, Hist. persec. Vandal., 1. II, c. xvm, donnerait lieu de croire que Lœtus fut brûlé avant l'ouverture de la conférence ; mais, à lire le texte de plus près, on s'aperçoit qu'il ne contredit pas l'affirmation de Victor de Tonnenna qui place la mort de Lœtus au 20 septembre 484, cf. L. Schmidt, op. cit., p. 107. (H. L.)
2. Cyrila prétendait que la discussion se fit en langue gothique qui était la langue des Vandales. (H. L.)
3. Eugène de Carthage était l'auteur de cet écrit intitulé : Liber fîdei catholicx, dont on parvint à donner lecture et que Victor de Vite a inséré dans son Histoire, cf. Hardouin, op. cit., t. n, col. 858 ; Mansi, op. cit., t. vu, col. 1143; L. Schmidt, op. cit., p. 108, note 1. Tillemont, Mém. hist. ecclés., t. xvi, p. 562, 797, note xm : « Que l'écrit des catholiques est du 18 de février, » soutient qu'il faut lire XII Kalendas Martii au lieu de Mail dans la souscription. Dans la note xn : « Quand a commencé la Conférence de Carthage, » le même Tillemont remarque que « la Conférence doit avoir commencé au plus tard le 5 de février, s'il est vrai que les églises de Carthage aient été fermées le 7, comme nous le trouvons dans une addition à la chronique de saint Prosper, qui est d'ailleurs assez exacte et où il est certain que ce n'est point une faute de copiste, si ce n'est qu'il faudroit prendre peut estre le 6 au lieu du 7. Car il est clair dans l'édit d'Hunéric que la conférence avoit au moins duré deux jours lorsqu'il fit fermer les églises. » (H. L.)
4. La date est le 25 et non le 24 (VI Kl. Martias) car l'année était bissextile, cf. Tillemont, op. cit., t. xvi, p. 562 ; A. Audollent, op. cit., p. 547, note 7. (H. L.)