concile d'agde
ne peut être qu'une sentence d'exil. Tel est le cas de Vérus. Ajoutons une troisième catégorie d'exceptions, pouvant se conjecturer dans quelques cas : les vacances de sièges. Cela prenais, nous pouvons faire l'examen des provinces au point de vue des abstentions.
« Les plus largement représentées, circonstances en faveur d'Alaric, sont celles qui se groupent autour de Toulouse, capitale du royaume. Des sept sièges de la Narbonnaise première dont cette ville fait partie, Bcziers seule n'est mentionnée par aucune signature. On doit supposer, eu égard à la proximité du concile, que la vacance du siège épiscopal fut seule cause de cette abstention. Les autres sièges, sauf Narbonne, sont représentés par leurs évêques. On trouve parmi les signatures d'évêques celle d'un certain Pierre, qui s'intitule episcopus de Palatio. Ce titre a beaucoup intrigué. Le plus simple ne serait-il pas de le prendre à la lettre, et de voir dans ce personnage un véritable évêque du palais faisant le service du culte pour les catholiques de la suile d'Alaric? Ce prince, de même que son parent Théodoric, avait des catholiques dans son ministère et dans son armée. Il est assez vraisemblable de supposer qu'il a tenu, surtout depuis son rapprochement avec l'Église, à avoir dans son personnel catholique un évêque de son choix, pour lui servir de conseiller et d'interprète auprès du parti catholique et pour suivre la Cour dans les différentes stations royales de Toulouse, Narbonne, Aduris, etc.
« Des six sièges de l'Aquitaine IIe {Bordeaux), deux seulement, Bordeaux et Périgueux se rencontrent parmi les signatures. Il nous manque Poitiers, Agen, Saintes et Angoulême. Voilà donc quatre abstentions pour une seule province. On ne saurait les attribuer toutes à des vacances de sièges survenues dans des conditions ordinaires. Sauf Agen les trois autres sièges sont représentés par leurs évêques au concile d'Orléans, en 511. On ne peut donc attribuer non plus l'abstention de leurs titulaires à une coupable négligence. Si on rapproche ces absences, et de l'exil de Verus et des deux absences que nous avons constatées sur la frontière burgonde, on est porté à les attribuer à la politique. La IIe Aquitaine était sur le chemin naturel de Clovis vers le centre du royaume d'Alaric, chemin plus long, mais beaucoup plus ouvert que l'Auvergne. C'est là, en effet, à Poitiers, qu'Alaric viendra attendre le choc de l'armée franque. Maître de ce chemin, Clovis le sera du royaume de Toulouse et du massif central, qu'il prendra à revers. On peut croire que les agissements contraires des deux rois se sont heurtés principalement sur ce point, avant l'éclat de l'hostilité, l'un flattant les évêques et les chefs de tout ordre, que l'autre s'empressait, en les exilant, de mettre hors d'état de lui nuire et de rendre service à son rival. Cette lumière éclatante que les catholiques de Poitiers virent s'échapper, à l'approche du roi franc, de la basilique du grand ennemi des ariens, saint Hilaire, est un reflet manifeste de leur aversion pour les Wisigoths. Angoulême, dit Grégoire de Tours, vit tomber ses murs à l'aspect de Clovis : cela veut dire, sans doute, que le parti catholique lui en ouvrit les portes. L'auteur de la Chronique des comtes et des évêques d'Angoulême ajoute ce détail, probablement authentique, que Clovis ayant chassé les Goths et l'évêque arien, y fit sacrer l'évêque Aptonius, qui aurait été ainsi le prédécesseur de Lupicin, le signataire d'Orléans en 511. Il y aurait donc eu là une sorte de confiscation du siège sur les ariens. Pour Saintes, la
vie de saint Germier, qui aurait été sacré évêque de Toulouse en un temps où Clovis en était proche, nous donne un détail, entre autres, que l'auteur, quoique non antérieur au xe siècle, n'a pas dû inventer ; c'est que le saint, ordonné d'abord sous-diacre par son évêque Grégoire de Saintes, aurait été ordonné diacre quelques années après à Yconium (Youssac, à quelques lieues de Saintes), par l'évêque de la province, c'est-à-dire par le métropolitain de Bordeaux. Cette intervention ne s'expliquerait que par l'éloignement de l'évêque du lieu, ou une vacance prolongée à dessein.
« Onze cités sur douze de la Novempopulanie, province qui enserrait Toulouse de presque tous les côtés, sont représentées, et toutes par leurs évêques, sauf la civitas Turba (ubi castrum Bigorra = Gieutat, près Bagnères-de-Bigorre). L'un de ces derniers, Galactoire, qui était évêque de Béarn, devait être honoré comme martyr; la légende raconte qu'il fut surpris et tué par les Wisigoths, comme il conduisait une bande de Béarnais au secours des Francs. La seule abstention remarquée dans cette province est celle de l'évêque de Buch (=: civitas Boasium), mais il est possible que cette ancienne cité n'existait déjà plus.
« Dans l'Aquitaine Ire (Bourges), sur huit cités, six sont représentées, trois seulement par leurs évêques. Euphrasius, évêque d'Auvergne, a délégué un prêtre à sa place. Un des abstentionistes est Rurice, évêque de Limoges. Cette absence a provoqué un échange de lettres assez piquant entre cet évêque, Sedatus de Nimes, son ami, et Césaire. L'autre évêque absent est un voisin des Burgondes, celui des Vélaves. Un autre évêché de cette frontière qu'on s'attendrait à trouver représenté est celui des Albenses (= Apt, puis Viviers), qui avait été détaché de l'ancienne Viennoise, actuellement burgonde, probablement par la conquête d'Euric. On est certain, par une inscription funéraire, qu'il était sous la dépendance d'Alaric en 496. Quelque supposition que Ion fasse sur ces trois abstentions, il n'est pas douteux qu'Alaric ne soit parvenu à se faire aimer dans cette province d'Aquitaine Ire si péniblement soumise par son père. C'est ce que prouveront bientôt et la belle conduite du contingent arverne, sous les ordres d'Apollinaire le jeune, à Vouillé, et l'exil de Quintien, évêque de Rodez, chassé comme ami des Francs par ses propres concitoyens.
« Il reste à étudier les signatures de la province d'Arles. Ici la comparaison des souscriptions les plus septentrionales du concile d'Agde avec les plus méridionales du concile d'Épaone permet de considérer la Durance comme frontière exacte entre Wisigoths et Burgondes, sauf une déviation autour d'Avignon. En effet, l'évêque de cette dernière ville, Julien, le même probablement, que celui à qui Pomère avait dédié son De vita contemplativa, a délégué un de ses prêtres au concile d'Agde. Chose remarquable, c'est cette province d'Arles qui a au concile d'Agde la représentation de beaucoup la plus faible, eu égard au grand nombre de ses évêchés. Elle vient sous ce rapport même après la province de Bordeaux. Après les souscriptions de Césaire et du délégué de Julien, on n'en trouve plus que quatre : celles des évêques de Digne, Senez, Antibes et Fréjus, ce dernier représenté par un prêtre délégué. Il manque : Aix, Marseille, Toulon, Riez, Glandèves, Vence, Nice et Cimiez, en tout huit sièges, qu'on voit réunis définitivement au V» concile d'Orléans en 549, et qui l'étaient peut-être déjà en 506*