‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 227 sur 544 · concile d'agde · texte numérisé non relu

concile d'agde

« Pour Aix, nous savons par une plainte adressée un peu plus tard au pape Symmaque par Césaire, contre le titulaire de ce siège, que le mauvais vouloir a été l'unique motif de son abstention. Peut-être aussi son collègue et voisin de Marseille a-t-il obéi au même sentiment ; c'était affaire d'une vieille rancune. Les six autres abstentions ne peuvent toutes s'expliquer par la maladie, qui, d'ailleurs, n'aurait pas dispensé les évêques malades de se faire représenter, ni par des vacances de sièges, auxquelles Césaire, en vue du concile, aurait certainement pourvu. Les quatre évêques de la frontière des Alpes sont parmi les abstentionistes. Bien que les Wisigoths et les Ostrogoths ne se regardassent pas comme une seule et même nation, on ne peut cependant, surtout à pareille époque, attribuer ces abstentions à un état de méfiance entre les souverains des deux nations parentes et voisines. Ne semblent-elles pas plutôt indiquer un mouvement assez vif d'opposition rencontré par Césaire chez une partie de ses suffragants ? Il n'est pas téméraire de penser que les premiers actes d'autorité du jeune métropolitain, et en particulier ses Statuts, avaient froissé une partie de ses collègues, qui n'étaient pas habitués depuis longtemps à ce déploiement d'énergie, et il y a beaucoup à parier que c'est contre ce groupe d'abstentionistes qu'a été dirigée spécialement la sévérité du canon 36.

« En se voyant ainsi réunis en grand nombre et de tous les points après tant d'années si dures pour l'Église, les Pères du concile obéirent à un mouvement touchant de reconnaissance envers le prince qui leur rendait la liberté, et ils tombèrent à genoux en priant Dieu pour le roi et le royaume. C'est ce que nous montre une déclaration en manière de prologue, placée par Césaire en tête des Actes et que les Pères du concile de Clermont, en 535, ont jugé euxmêmes très convenable pour exprimerleur reconnaissanceauroicatholiqueThéodebert. Si l'on fait attention aussi que les actes du concile ne contiennent pas un seul canon visant les ariens, même sous la qualification générale d'hérétiques, on aura la preuve qu'un esprit de parfaite conciliation commençait alors à régler les relations d'Alaric avec l'Église.

c Le rôle de président tenu par Césaire et ce que nous savons de son zèle pour la discipline, autorisent suffisamment à le considérer comme l'âme de l'assemblée d'Agde. A ces raisons générales s'ajoutent les nombreuses marques de son inspiration personnelle dans la rédaction des canons. Enfin nous ne saurions voir une meilleure preuve de son action prépondérante que son propre témoignage. En signant le premier des canons, il répète la formule autoritaire employée par son prédécesseur Hilaire, au concile de Riez, et il dit s'être inspiré des statuts des anciens Pères autant qu'il lui a été possible pour rallier l'unanimité de ses collègues : Statuta Patrum secutus... juxta id quod sanctis coepiscopis meis placuit. C'est nous dire que le concile d'Agde est son concile.

« Le concile, mentionnant lui-même en tête de ses canons la source où il s'est inspiré, désigne les canons et les statuts des Pères : plaçait ut canones et statuta Patrum per ordinem legerentur. La précision ordinaire aux conciles nous interdit de voir dans la seconde expression, les Statuts, une répétition de la première, les Canons. Il faut comprendre sous le second titre un groupe disciplinaire où entraient d'autres éléments que les canons, tels que les décrétais des évêques de Rome, où les usages établis eu dehors des conciles par

cinq évoques et fut souscrit par trente-quatre d'entre eux *', A leur tête se trouvait, ainsi que le prouvent les signatures, Césairé d'Arles. Dans la courte préface aux canons, les évêques disent qu'ils se sont réunis avec la permission d'Alaric, roi arien des Wisigoths, dans la basilique de Saint-André à Agde pour délibérer sur le célibat ecclésiastique, sur les ordinations des clercs et des évêques et sur ce qui pouvait être utile à l'Eglise.

Les collections des conciles attribuent ordinairement à ce concile soixante et onze canons, que Gratien regarde également comme authentiques et qu'il a presque tous insérés dans son Deeretum. Nous trouvons, en outre, aussi bien dans Gratien que dans les anciennes collections de Burchard de Worms et d'Yves de Chartres quelques autres canons attribués i\ ce concile d'Agde ; mais le P. Sirmond a lui-même remarqué qu'il n'y a que quarante-sept de ces canons appartenant réellement au concile d'Agde ; tous les autres manquent dans les plus anciens manuscrits et appartiennent a d'autres conciles ; il faut toutefois reconnaître qu'ils ont dû être de très bonne heure placés avec ceux qui appartenaient bien réellement au concile d'Agde 2. Voici un résumé avec quelques observations :

la pratique des anciens Pères. Si les paroles du concile ne démontrent pas dans la dernière rigueur qu'il faille identifier cette seconde source avec ces Statuta Ecclesia antiqua, œuvre de Gésaire, qui déjà font suite aux conciles étrangers dans les manuscrits de ce temps, elles laissent du moins un aveu précieux à retenir, c'est que Césaire apportait au concile dont il venait prendre la présidence, un esprit grandement imbu de l'ancienne discipline de l'Église et familiarisé avec les textes de toute nature où cette discipline était contenue. » (H. L.)

1. Dom Ceillier, Hist. des auteurs sacrés, t. xv, p. 656, prétend, mais à tort, qu'il y en avait quatre-vingt-quatre.

2. Fauriel, Hist. de la Gaule méridionale, in-8, Paris, 1836, t. h, p. 53, a cédé au désir de paraître ingénieux en représentant le concile d'Agde comme la préface d'une conspiration politique épiscopale dans le dessein d'appeler Glovis à la conquête de la Gaule méridionale. Rien dans les documents ne justifie cette imputation, ni dans la préface ni dans le texte des canons. Cette préface ou prologue, que Hefele passe ici complètement sous silence, nous fait connaître le dessein des Pères qui est de s'occuper de disciplina vel ordinationibus clericorum vel pontificum, vel Ecclesise utilitatibus . Dans les collections modernes on trouve sous le nom du concile d'Agde 71 canons dont 48 seulement lui appartiennent véritablement ; ce sont les 47 premiers et le dernier qu'on rencontre seul dans les plus anciens manuscrits. La plupart des autres canons (48-70 inclus) sont des extraits de divers conciles ajoutés par quelque collecteur. Notons encore que, parmi les 48 canons authentiques, il s'en trouve six (37-42) qui ont été empruntés presque textuellement au concile de Vannes de

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