‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 27 sur 544 · PREMIÈRE SESSION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SESSION

concile devait prévenir le reproche qu'on pourrait peut-être lui faire d'avoir séparé les natures dans le Christ (à la façon de Nestorius), et Basile déclara au milieu du silence approbaiif de toute l'assemblée: « Nous reconnaissons, mais nous ne séparons pas les deux natures ; nous ne les séparons pas (comme font les ncstoriens), et nous ne les mêlons pas (comme font les monophysites) 1. »

On continua par diverses lectures, qui ne furent pas interrompues : d'abord la fin du procès-verbal de la vne session de Constantinople ; ensuite les actes de cette assemblée synodale autorisée par l'empereur Théodose II sur la demande d'Eutychès, pour faire une enquête sur la rédaction des procès-verbaux du concile de Constantinople. On se souvient qu'une seconde commission d'enquête avait été chargée après coup d'examiner si Eutychès avait raison de prétendre que la sentence de condamnation portée contre lui n'avait pas été rédigée dans la vu0 session qui l'avait rendue, mais avait été préparée d'avance. On lut donc à Chalcédoine des procès-verbaux de cette petite commission d'enquête, déjà lus au Brigandage d'Éphèse ~. Venait ensuite une explication fournie au Brigandage d'Ephèse par Basile de Séleucie rétractant le vote qu'il avait émis avec plusieurs autres membres à Constantinople : « Il faut reconnaître deux natures 3. » A Chalcédoine il fit la déclaration suivante : ce II est vrai qu'à Ephèse, à la prière du bienheureux évêque Jean, j'avais été amené à changer mon vote de Constantinople, mais je l'ai fait par peur de toi, ô Dioscore ; car tu nous as fait une grande violence autant partes paroles que par la multitude qui se trouvait au-dedans et en dehors de l'église. Des soldats armés étaient entrés dans l'église et nous étions entourés par les moines de Barsauma, par les parabolani et [437] par une foule de gens. Auxane, évêque en Egypte, Athanase et tous les autres peuvent attester, si on le leur demande, que j'ai réellement dit à Dioscore: « N'anéantis donc pas, ô maître, «l'opinion du monde entier! » Dioscore repartit: « T'ai-je donc fait violence ? » Basile répondit : « Oui, par les menaces de tes satellites, tu nous as forcés à commettre ce crime capital (contre Fla-

1. Hardouin, op. cit., t. Il, col. 166 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 743.

2. Les procès-verbaux lus se trouvent dans Mansi, op. cit., depuis col. 743 jusqu'à col. 827 ; dans Hardouin, op. cit., depuis col. 167 jusqu'à col. 214.

.'{. Hardouin, op, cit., t. n, col. 167, 214 ; Mansi, op. cit.} t. vi, col. 747,

vien). Imaginez donc quelle a dû être la puissance de Dioscore, puisque, maintenant qu'il ne lui reste plus que six adhérents, il nous moleste tous. » Dioscore lui répondit : « Mon notaire Démélrien peut attester que tu lui as demandé secrètement (par conséquent sans y être forcé) de changer tes paroles. » Basile s'adressant aux commissaires et aux sénateurs répondit : « Je demande à Votre Magnificence d'interroger tous les métropolitains ; ils pourront attester sur l'Evangile que, lorsque nous étions tristes et que nous ne pouvions pas voter, Dioscore se leva et dit : « Quiconque ne sous- « crira pas aura affaire à moi. » Interrogez en particulier et sous la foi du serment Eusèbe d'Ancyre ; demandez-lui s'il n'a pas failli être condamné pour avoir différé quelques instants de donner son vote. Dioscore répondit que ce n'était pas la première fois, que Basile faisait changer ses paroles, qu'antérieurement déjà il les avait fait modifier. Sans répondre à cette attaque, Basile demanda que Dioscore émît contre lui toutes ses accusations, pour qu'il pût y répondre 1. Pour mieux faire connaître les brutalités dont on s'était rendu coupable au Brigandage d'Ephèse, Onésiphore d'Iconium et Marinianus de Synnade racontèrent comment ils avaient, avec d'autres évêques, embrassé les genoux de Dioscore, le suppliant de ne pas maltraiter Flavien ; mais Dioscore les avait menacés et avait fait venir les comités avec des soldats munis de chaînes, ce qui les avait tous forcés à signer2. On lut ensuite: a) le vote émis par le Brigandage d'Ephèse au sujet de l'orthodoxie d'Eutychès et de sa réintégration 3, b) la lettre des moines d'Eutychès au Brigandage d'Ephèse, et l'approbation donnée à cette [438] lettre par le concile 4, c) les fragments extraits des actes du troisième concile général déjà lus au Brigandage d'Ephèse 5.

A la nuit tombante on dut lire à la clarté des cierges la fin des actes d'Ephèse, c'est-à-dire le vote au sujet de la condamnation de Flavien et d'Eusèbe de Dorylée 6. Cela fait, les commissaires impériaux et les sénateurs prirent la parole et dirent : « La question de foi pourra être traitée avec plus de soin dans la prochaine session;

1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 214 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 827 sq.

2. Hardouin, op. cit., t. n, loc. cit.; Mansi, op. cit., t. vi, loc. cit.

3. Hardouin, op. cit., t. n, col. 215-234; Mansi, op. cit., t. vi, col. 831-862.

4. Hardouin, op. cit., t. n, col. 234-238; Mansi, op. cit., t. vi, col. 862-870.

5. Hardouin, op. cit., t. n, col. 238-254 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 871-902.

6. Hardouin, op. cit., t. n, col. 254-271 ; Maqsi, op. cit., t. vi, col. 902-935.

Page 1