LETTRE SYNODALE DES EVÊQUES AFRICAINS
produit les bons discours, les bonnes actions et les bonnes pensées.
5. I/indigence du libre arbitre, de même l'inépuisable surabondance du libre arbitre, doit être également reconnue et professée par l'homme. Avant que cette grâce lui soit accordée, l'homme a bien un libre, mais non pas un bon arbitre parce qu'il n'est pas éclairé.
6. Pour que nous entrions mieux dans l'esprit de votre lettre, vous dites : 7. Avant la naissance de Jacob et Ésaii, Jacob était déjà élu par la miséricorde de Dieu ; Esaû, au contraire, fut haï de Dieu et avec raison, puisqu'il était entaché de la faute originelle. Vos adversaires disent au contraire : in Esaû figurant esse populi Judseorum, ex futuris malis operibus condemnandi ; in Jacob vero figurant esse populi gentium, ex futuris operibus bonis sal~ 9andi. Ces deux pensées doivent être maintenant unies. 8. Ces deux frères sont bien, il est vrai, les types de ces deux peuples, mais la véritable cause de leur sort différent (c'est-à-dire de l'élection divine pour l'un et de la haine de Dieu pour l'autre) est la bonté gratuite pour le premier et la juste sévérité de Dieu à l'égard du second. 11 est bien vrai que dans Jacob ce ne sont pas les œuvres humaines, mais les dons divins qui sont chéris. 9. Jacob n'a été choisi
[700] que par la miséricorde de Dieu, et non pas en récompense de vertus quelconques qu'il a pu avoir par la suite (nonpro mer itis futur se eujusquam bonœ operationis), et Dieu avait prévu qu'il lui accorderait de croire et de faire des bonnes œuvres. Or, la foi ne saurait être la récompense de bonnes œuvres quelconques, car ces bonnes œuvres elles-mêmes ne sont possibles que lorsque la foi les a précédées (par la grâce). 10. Le pouvoir de faire des bonnes œuvres est accordé de même que la foi. 11. Esaû a été un objet de colère, et non pas injustement, car Dieu n'est jamais injuste ; Dieu a montré en Jacob la miséricorde de la vérité gratuite, et en Esaii le jugement de la juste sévérité, parce que, tout en étant délivré de la faute du péché originel par le sacrement de la circoncision 1, il tenait encore par la corruption de son cœur au vieil homme terrestre [in hominis terreni çetustate permansit). Il représentait, par avance, dans sa personne, non seulement ceux qui devaient renier la foi, mais
la Plus haut, dans le c. 7, les évoques avaient dit : Esaii originali peccato detentuSy justo judicio Dci est odio habitus, c'est-à-dire qu'il deviut un vas odii avant sa naissance, par conséquent avant sa circoncision ; ils disent maintenant (c. 11) : Sacramento circumcisionis reaiu peccati originalis caruit. On trouve ce sentiment dans plusieurs des anciens Pères.
aussi les membres de l'Eglise qui s'obstinaient dans leurs œuvres mauvaises. 12. Ils seront condamnés de même qu'Esaù. 13. Au sujet des enfants, on peut établir le principe suivant : L'enfant baptisé est sauvé par la bonté gratuite de Dieu, celui qui meurt sans baptême est damné à cause du péché originel. 14. En outre, celui-là n'a pas sur la grâce un sentiment juste, qui pense qu'elle est accordée à tous les hommes. Il y a, en effet, des peuples entiers qui n'ont pas encore la foi. 15. Déplus, la grâce n'est pas accordée également à tous ceux qui la reçoivent. 16. Vous dites : L'homme ne fait son salut que par la miséricorde de Dieu ; eux, au contraire (c'est-à-dire les semi-pélagiens), prétendent: Nisi quis propria voluntate cucurreritet elaboraverit, salvus esse nonpoterit. Il faut maintenir également ces deux choses : la miséricorde de Dieu doit précéder, mais la coopération de l'homme doit suivre. Le commencement du salut nous vient de la miséricorde de Dieu ; mais la volonté humaine doit coopérer, elle doit &\xç,cooperatrix suce salutis, ut misericordia Dei prœveniens voluntatis hiunanse dirigat cursum, et humana voluntas obediens, eadem misericordia subséquente, secundum intentionem currat ad bravium. La volonté humaine sera bonne si elle est prévenue par le don de Dieu, et elle se conservera si elle ne manque pas de son secours. 17. Ces passages de la lettre de saint [701 Paul aux Romains, ix, 19 : cujus vult miser etur et quem pull indurat, doivent être entendus dans ce sens que saint Paul exprime, dans ces mots, sa propre opinion. C'est ce que l'on voit par le contexte, Rom., îx, 21, 18. Lorsque l'on dit que Dieu endurcit, cela ne signifie pas qu'il pousse quelqu'un à sa chute, mais simplement qu'il ne garantit pas de la chute, et quiconque n'est pas garanti, ne peut cependant pas dire qu'on lui fait une injustice, il reçoit son dû.
19. Vous mettez aussi en avant ce texte de l'épître de saint Paul aux Philippiens, n, 15, : Deus operatur in vobis et pelle et operari, et vous les opposez à celui d'Isaïe (i, 19) : Si volueritis . . . bona terme comedetis. Ces deux passages doivent être, en effet, confrontés. Car Dieu ordonne à l'homme de vouloir, et il opère aussi en lui cette volonté ; il lui ordonne d'agir, et il opère en lui l'action.
20. Les adversaires entendent dans un sens par trop absurde cette expression : casa miser icor dise, en supposant que l'on veut désigner par là ceux qui ont reçu de Dieu de hautes dignités civiles ou ecclésiastiques, tandis que les casa contumeliœ [Rom., ix, 21), sont les fidèles de bas étage : les moines et les laïques. 21. Quiconque attaque la prédestination des saints (c'est-à-dire la prédestination à