conciles d'orange et de valence
ou rien retranché 4. Un manuscrit de saint Maximin de Trêves contient dix-neuf capitula sancti Augustini envoyés, dit-on, de Rome 2 ; comme ils sont, sur plusieurs points, identiques à ceux d'Orange, on est peut-être autorisé à penser que c'est une copie de l'original envoyé de Rome 3.
1. Malnory, Saint Césaire d'Arles, 1894, p. 152. « La liste adressée à Rome en contenait un plus grand nombre. Césaire s'est attribué le droit de supprimer ceux qu'il trouvait inopportuns ; tels furent ceux qui avaient trait à la prédestination. » (H. L.)
2. Incipiunt capitula S. Augustini in urbe Roma transmissa. Labbe, Concilia, t. iv, col. 1676 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 1102 ; Mansi, op. cit., t. vin, col. 722; Maassen, Concilia sévi merov., 1894, 'p. 44, note 3. (H. L.)
3. M. Malnory, op. cit., p. 143-153, expose avec sa lucidité ordinaire la situation théologique que le concile d'Orange nous amène à étudier. « Ce qui fait l'importance de ce concile, écrit-il, ce n'est pas seulement qu'il est le seul des conciles de Césaire et le premier en Gaule qui ait rendu une décision en matière de foi ; c'est aussi qu'il a obtenu, par la sanction du Saint-Siège, la même créance que les conciles œcuméniques et qu'il a tranché d'une façon définitive la grosse querelle de la grâce, qui durait depuis plus d'un siècle. » C'étaient des théologiens du sud de la Gaule qui avaient donné la première impulsion à la doctrine intermédiaire entre l'augustinisme et le pélagianisme. doctrine qu'on nomma bientôt le semi-pélagianisme. Nous avons eu occasion d'exposer, à propos de l'hérétique Pelage et des controverses soulevées par sa doctrine, l'enseignement de l'Eglise sur cette question délicate entre toutes. L'existence d'un ordre surnaturel était trop clairement enseignée par l'Ecriture pour que les premières générations chrétiennes n'aient été persuadées que la capacité naturelle de l'homme est impuissante à acquérir et assimiler les choses célestes sans une intervention particulière de Dieu qui rapprochât la créature humaine, déchue de l'état surnaturel par le péché, de cette destinée perdue sitôt qu'entrevue. Car désormais l'homme était inhabile à produire aucun acte ayant de soi quelque valeur pour la fin surnaturelle autrement que par le secours spécial de Dieu, secours qu'on nomme la grâce. Ce secours n'était accessible désormais que grâce à la rédemption de l'homme par le Christ. Pelage troubla toute cette économie lorsqu'il nia l'existence de la chute originelle, partant l'amission de la grâce et la nécessité de sa restitution à l'homme par la rédemption du Fils de Dieu. Une doctrine à ce point subversive eut vite fait d'entraîner les fidèles en deux camps : partisans ou adversaires. Les Orientaux avaient peu de goût pour une conception théologique d'importation occidentale, ils n'accordèrent donc au pélagianisme qu'une attention distraite et vite émoussée. En Afrique, la doctrine avait sombré sous les attaques du plus irrésistible théologien de tous les temps, saint Augustin. A Rome, il n'y eut qu'un instant d'effervescence et d'incertitude ; c'est en Gaule que la polémique se localisa. » Non que le pélagianisme eut fait beaucoup d'adeptes dans ce pays. Au contraire, nulle part la doctrine du péché originel et de la nécessité delà grâce n'eut une aussi grandeunanimité. Mais cette doctrine
une fois établie, ce fut sur ses conséquences et ses corollaires que se porta la discussion. « Dans quelle mesure le libre arbitre était-il censé concourir avec la grâce ? Où commençaient, dans ce concours, la part de la grâce et celle du libre arbitre ? Tout le monde avait-il la grâce suffisante pour se sauver ? Etait-ce l'abondance ou l'insuffisance de grâce, ou le bon et le mauvais usage du libre arbitre qui décidaient si on était élu ou réprouvé ? » Ces questions, poignantes pour les chrétiens de tous les temps, avaient été résolues par saint Augustin dans le sens du triomphe de la grâce ; les théologiens gaulois, soucieux de faire au libre arbitre la part qui lui appartient de droit, avançaient des propositions qui côtoyaient le pélagianisme. Ceci leur valut l'étiquette désobligeante de semi-pélagiens et le parti ou le groupe qui porte ce nom passa par deux phases bien distinctes, dont la première est la plus prononcée et revêt un caractère d'hostilité plus franche à l'égard de saint Augustin.
Dès le temps de ce dernier, saint Prosper d'Aquitaine et saint Hilaire ne cachaient ni leurs doctrines personnelles, ni leurs protestations contre l'enseignement de saint Augustin. A quelque temps de là, Jean Cassien, de Marseille, publia ses Collationes, en vingt-quatre livres. Le treizième livre parut à saint Prosper suspect de semi-pélagianisrae. La modération de Cassien à l'égard de l'hérésie pélagienne lui fut comptée presque pour une erreur. Cassien était familier avec toute la littérature des Pères grecs et il ne faut pas être surpris outre mesure si la conception du secours divin et des conditions suivant lesquelles il nous est accordé ne concorde pas absolument sur tous les points avec la doctrine de saint Augustin, coryphée de l'Église latine sur la question de la grâce. Cassien cherchait une voie moyenne entre l'absolutisme augustinien touchant la nécessité de la grâce antécédente et l'absolutisme pélagien remettant tout au pouvoir de l'homme. Toutefois, il faudrait bien se garder de penser que Cassien fut un théologien louvoyant et peu sûr. Voici en quels termes il s'exprime sur la nécessité de la grâce antécédente : c Non seulement le commencement de nos bonnes œuvres, mais même celui de nos bonnes pensées doit être attribué à Dieu, qui nous inspire aussi bien le commencement de notre bon vouloir qu'il nous communique la force et nous fournit l'occasion de réaliser ce que nous désirons de bien. Tout don et tout présent parfait vient d'en-haut et nous est accordé par le Père de lumière, qui commence ce qui est bon, l'exécute et l'achève en nous. » Cependant, un peu plus loin, Cassien attribue à la volonté humaine le commencement du bien : « Quand Dieu remarque en nous, dit-il, l'apparition d'un désir bon, il se hâte d'éclairer notre volonté, de la fortifier, de l'entraîner vers le salut, en donnant le plein succès à ce qu'il a en partie planté et en partie fait naître sous nos efforts personnels. » Collât., xm, n. 8. Ensuite (Id., n. 9) Cassien s'engage dans une nouvelle voie intermédiaire et émet l'opinion que Dieu pour distribuer sa grâce attend de quelques-uns qu'ils viennent à lui, qu'ils désirent le salut et manifestent leur bon vouloir ; tandis que chez d'autres Dieu force la volonté rebelle et les attire au salut même contre leur gré. Enfin Cassien parle des semences de vertu, semina virtutum, implantées dans la nature de l'âme humaine. Cette manière de parler serait impropre s'il n'était question que des vertus naturelles. Mais Cassien prétendait placer dans les forces naturelles de l'homme le pouvoir d'opérer le commencement