TROISIÈME SESSION
et les sénateurs y aient assisté ; leurs noms ne se trouvent pas dans la liste des présents ni dans le procès-verbal 1. Les commissaires dirent plus tard que la condamnation de Dioscore avait eu lieu (dans cette session) sans qu'ils en eussent connaissance ; on pourrait en conclure qu'ils n'ont pas connu la tenue de cette 111e session. Cela n'est guère possible, et il est plus probable qu'ils se sont, de propos délibéré, abstenus d'y assister, afin que la condamnation de Dioscore ne pût en aucune façon être attribuée au prestige des représentants de l'empereur pour laisser aux évêques [444] une entière liberté 2.
Le nombre des évêques présents à cette session fut moins considérable que d'habitude, car les amis de Dioscore s'abstinrent d'y paraître. La liste des membres présents ne donne guère que deux cents noms, mais elle est évidemment incomplète.
En sa qualité de premier notaire du concile, Aétius, archidiacre de Constantinople, ouvrit cette nouvelle session en annonçant qu'Eusèbe de Dorylée ayant préparé un second mémoire contre Dioscore ; il était prêt aie communiquer au concile. Le légat Paschasinus fit remarquer que Léon l'ayant chargé de présider à sa place, tout ce qui se ferait dans le concile devait se faire par son ordre, et il ordonna la lecture du mémoire en question. En voici le résumé: « J'ai déjà accusé Dioscore d'avoir partagé les erreurs d'Eutychès, déclaré hérétique et déjà anathématisé ; au concile d'Éphèse, Dioscore, grâce à la multitude déchaînée et à l'argent employé, a méprisé la vraie foi, a introduit dans l'Eglise un levain
1. Arendt dit (op. cit., p. 279) : < L'absence du sénat peut paraître surprenante ; elle ne l'est pas, si on réfléchit que l'objet principal de la session était, comme on le voit par les actes, de prononcer sur Dioscore un jugement définitif. L'affaire de ce dernier était moitié ecclésiastique et moitié politique : pour la partie politique, le sénat avait déjà rendu son jugement, mais pour la partie ecclésiastique, se trouvant tout à fait incompétent, il n'avait pas jugé à propos d'être présent au jugement qui serait porté. Cette absence du sénat montre combien l'État comprenait la nécessité de donner toute liberté aux négociations sur les affaires purement ecclésiastiques, combien peu il cherchait à s'y immiscer et les laissait au contraire à l'arbitrage des clercs. »
2. « La liste des évesques qui se trouvèrent à celte séance ne se monte qu'à 201, ce qui est bien peu. Mais il ne faut pas s'arresler absolument à ces listes : et il n'y en avoit aucune en cet endroit dès le vie siècle dans les plus anciens manuscrits. Je pense que dans celle que nous avons, il n'y a aucun évesque d'Egypte ni aucun des chefs du faux concile d'Kphèse. » Tillemont, Mém. hist. ecclés.y 1781, t. xv, p. 658. (H. L.)
d'hérésie et m'a privé des fonctions ecclésiastiques. Mais comme, dans la première session, il a été prouvé que Dioscore enseignait une doctrine hétérodoxe, qu'il m'a chassé du concile d'Ephèse et qu'il nous a empêchés, l'évoque Flavien et moi, de défendre notre cause qui était juste ; que, de plus, il a fait insérer au procèsverbal des choses imaginaires et s'est fait donner un blancseing par l'assemblée ; je vous prie instamment d'avoir pitié de [445] moi, d'annuler ce qui a été fait contre moi et de décider que cela ne puisse me nuire ; mais, au contraire, que je sois réintégré dans ma dignité ecclésiastique. Anathématisez en même temps ses mauvaises doctrines, et punissez-le de sa témérité comme il le mérite, etc. 4... »
Eusèbe demanda de plus d'être confronté avec son adversaire. Aétius assura que la présente session avait été annoncée à Dioscore comme aux autres évoques, par deux diacres, et qu'il avait répondu « qu'il paraîtrait volontiers, mais que ses gardiens l'en empêchaient. » Paschasinus envoya aussitôt deux prêtres, Epiphane et Elpidius, pour voir si Dioscore ne se trouvait pas dans les environs de l'église ; ceux-ci étant revenus sans l'avoir vu, on chargea, sur la proposition d'Anatole de Constantinople, trois évêques, Constantin, métropolitain de Bostra, Acace de Ariarathia et Atticus de Zèle, accompagnés du notaire Himérius, de se rendre chez Dioscore, et de l'inviter à venir au concile. Dioscore leur répondit qu'il le ferait volontiers, mais que ses gardiens, les magistrianes et les scolaires (officiers impériaux), l'en empêcheraient. Les députés du concile revenaient avec cette réponse, lorsqu'ils rencontrèrent Éleusinius, adjoint du magister sacrorum officiorum, qui leur assura que Dioscore pouvait, s'il le voulait, venir dans l'assemblée 2. Ils revinrent aussitôt vers lui et renouvelèrent leurs instances. Changeant de prétexte, Dioscore dit que, dans la première session, les commissaires impériaux avaient porté sur lui un jugement que l'on voulait maintenant annuler. Il demandait que son affaire ne fut reprise qu'en présence des commissaires et des sénateurs. Les députés firent observer à Dioscore que, dans tous les cas, ce qu'il avait dit d'abord était complètement faux, et ils revinrent rendre compte de leur mission au concile 3.
1. Mansi, op. cit., t. vi, col. 986 ; Hardouin, op. cit., t. il, col. 311.
2. Cet incident fut raconté un peu plus tard par les membres de la députation. Mansi, op. cit., t. vi, col. 995 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 315.
3. Mansi, op. cit.. t. vi, col. 987-995 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 314 sq.