‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 34 sur 544 · TROISIÈME SESSION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SESSION

On envoya alors trois autres évêques, Pergame d'Antioche en Pisidie, Cécropius de Sébastopol et Rufin de Samosate, accompagnés du notaire Hypatius, porter à Dioscore l'invitation suivante rédigée par écrit : « Ce n'était pas pour infirmer ce qui a été décrété dans la première session, mais pour examiner de nouveaux chefs d'accusation portés par Eusèbe deDorylée, que le concile a invité Dioscore qui doit paraître, conformément aux prescriptions [446] canoniques. » Dioscore répondit qu'il était malade. Les députés lui ayant rétorqué qu'il n'y paraissait rien, il assura qu'il ne viendrait pas si les commissaires impériaux n'étaient présents, ajoutant que les autres chefs du concile d'Éphèse, Juvénal,Thalassius, Eusèbe, Basile et Eustathe devaient comparaître avec lui. Les députés répondirent que les nouveaux chefs d'accusation exposés par l'évêque de Dorylée le concernaient seul, et que, par conséquent, sa présence seule, et non celle des cinq autres évêques, était nécessaire. Mais Dioscore persista dans son refus i.

Les députés du concile, ayant fait connaître le résultat de leur mission, Eusèbe de Dorylée proposa l'envoi d'une troisième ambassade. Avant de donner suite à cette proposition, on introduisit devant le concile quelques clercs et quelques laïques, venus d'Alexandrie pour déposer contre Dioscore 2. Le légat Paschasinus demanda a ces nouveaux accusateurs s'ils étaient prêts à prouver leurs accusations contre Dioscore, ils répondirent affirmativement, et on lut leurs quatre mémoires adressés « à Léon, l'archevêque et le patriarche de la grande Rome, et au saint concile général. » Le premier mémoire, rédigé par Théodore, diacre d'Alexandrie, exposait les faits suivants : « Théodore avait servi pendant vingt- deux ans parmi les magistrianes (garde impériale) ; puis Cyrille d'Alexandrie l'avait pris à son service, à l'époque du concile d'Éphèse, et l'avait ordon-

1. Mansi, op. cit., t. vi, col. 995-1003 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 315-319.

2. Ces quatre demandeurs étaient porteurs chacun d'une requête individuelle adressée au pape Léon et au concile ; ils sollicitaient leur admission devant le concile et la présentation deleur requêtesous la foi du serment. L'undes quatre, nommé Athanase, était le propre neveu de Cyrille d'Alexandrie, prédécesseur de Dioscore. Athanase représentait la famille entière de son oncle, ou du moins ce qui restait de cette famille, qui le chargeait de dénoncer les persécutions odieuses par lesquelles Dioscore avait tenté de la faire disparaître. Chaque demandeur avait ses griefs particuliers consignés dans son placet. Lucentius donna ordre de les introduire devant le concile et fit remettre leurs requêtes

à un secrétaire qU{ les lut successivement. (H. L.)

né clerc. Il était resté quinze ans dans cette position, lorsque, en 444, aussitôt après son entrée en charge, Dioscore l'avait cassé de ses fonctions ecclésiastiques sans lui en indiquer le motif ni de vive voix ni par écrit, et l'avait menacé de le chasser de la ville ; son unique raison était que Théodore avait gagné la confiance de Cyrille. Dioscore avait traité de même tous les parents et les serviteurs de Cyrille. C'était la vraie foi que cet hérétique, cet origéniste, haïssait dans Cyrille. Il avait vomi des blasphèmes contre la sainte Trinité, il avait été complice dans des meurtres, il avait fait couper des arbres qui ne lui appartenaient pas, et avait contribué à faire brûler et à détruire les maisons ; il avait une vie infâme, et Théodore était prêt à le prouver ; il s'était même |"447] rendu coupable d'un acte plus scandaleux que ce qu'il avait fait contre Flavien : il avait osé lancer l'excommunication sur le Siège apostolique de Rome, et avait forcé par ses menaces les dix évêques venus avec lui de l'Egypte (car plusieurs n'avaient pas voulu l'accompagner), à signer cette excommunication. Ceux-ci ne l'avaient signée qu'en pleurant et en gémissant 4. Pour que le concile pût s'assurer de la vérité de tout ce récit, il devait faire garder les individus dénommés : Agoraste, Dorothée, Eusèbe et le notaire Jean 2. Théodore présenterait, en temps opportum, des témoins véridiques 3. » Le diacre Ischyrion lut un second mémoire contre Dioscore ; il raconta, lui aussi, avec quelle brutalité se conduisait Dioscore, ravageant les biens, faisant couper les arbres et détruisant les maisons de ses adversaires, chassant les uns, punissant les autres et manquant de respect même aux saintes reliques. Ces faits étaient connus de tous à Alexandrie, du peuple comme du clergé et des moines. Lorsque les empereurs avaient donné du blé aux églises pauvres de la Libye, pour en faire les pains eucharistiques et nourrir les pauvres, il avait défendu aux évêques de ce pays de le recevoir, et lui-même l'avait acheté et accaparé pour le vendre à un prix exorbitant, dans un temps de détresse. Il avait confisqué les fondations faites en faveur des monastères, des hôpitaux, etc., par la pieuse matrone Péristéria ; et

1. Peut-être cela se passait-il à Chalcédoine, ou bien quelque temps auparavant à Nicée.

2. La fin du mémoire d'Ischyrion (voyez un peu plus bas) prouve que c'étaient là des amis et des auxiliaires de Dioscore. Walch s'est trompé en supposant que c'étaient les témoins que Théodore lui-même voulait produire.

3. Mansi, op. cit., t. vi, col. 1006 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 322 sq.

Page 1