DEUXIÈME CONCILE DE VAISON
3. Selon la pratique de Rome, d'Orient et de toute l'Italie, on chantera souvent dans nos églises le Kyrie eleison, afin d'exciter
dance d'esprit pour s'efforcer d'établir universellement un usage qu'il devait savoir lui déplaire. La question se présentait, il est vrai, aujourd'hui sous une face un peu différente. Célestin s'était montré justement préoccupé de la sûreté de la doctrine, en voyant plusieurs évêques délaisser par paresse ou par dédain leur mission d'enseigner, et la déléguer dans leur propre ville à de simples prêtres, auxquels ils permettaient de porter devant les auditoires des opinions hasardées sur la grâce. Mais, dans la pensée de Césaire, il ne s'agit plus d'imprimer à l'enseignement chrétien une certaine direction, il s'agit de le vulgariser, de le répandre hors des villes, et de l'opposer partout au progrès menaçant de l'ignorance. Quel plus sûr moyen d'atteindre ce but que de communiquer aux prêtres le droit de prêcher ? En Italie, où les circonscriptions épiscopales, très multipliées, surtout dans le centre, ne dépassaient guère la dimension des grandes paroisses de Gaule, un évêque zélé et qui ne craignait pas le voyage pouvait à toute force se faire entendre à tous ses diocésains à des reprises plus ou moins fréquentes. Cette tâche était matériellement impossible pour la plupart des évêques de Gaule ; c'est à peine si Césaire lui-même, avec la meilleure volonté du monde, pouvait faire en moyenne une visite par an à ses plus importantes paroisses de campagne. A moins de laisser celles-ci complètement dépourvues d'instruction religieuse, il fallait donc concéder aux prêtres qui les régissaient le pouvoir de prêcher. Dans le diocèse d'Arles, on n'avait pas attendu la décision du concile de Vaison pour donner un semblable exemple : déjà, dans les Statuta (56) le discours en public est mentionné parmi les attributions des recteurs de paroisses. Mais l'intérêt des villes elles-mêmes qui ont Tévêque à demeure n'est pas étranger non plus à la mesure édictée par le concile de Vaison. La présence du premier dignitaire du diocèse n'était pas toujours une garantie suffisante de l'instruction chrétienne de la population groupée autour de l'église épiscopale. Loin de suffire à la publication de l'Évangile dans tout leur diocèse, beaucoup d'évêques se sentaient même incapables d'évangéliser la ville où ils résidaient et ne paraissaient plus dans leur chaire qu'à de rares intervalles. Césaire n'est pas le seul dont les remontrances nous aident à juger à quel degré la lassitude déjà constatée chez ces dignitaires par le pape Célestin en était arrivée. Chez lés uns, c'était le soin du temporel de leur Église. Possesseurs de terres aussi nombreuses que les plus grands seigneurs terriens, ils prenaient facilement les allures et le train de vie de ces derniers. Toute leur vie se passait à inspecter des terres, à passer des contrats de fermage, à prélever des cens. On eût dit qu'en cela consistait tout le métier d'évêque ; le reste ne comptait plus pour rien. Les raisons spécieuses ne leur manquaient pas pour colorer ces profanes habitudes. A les entendre, s'ils agissaient autrement, leur Eglise allait être ruinée, leurs pauvres allaient mourir de faim. Césaire discute avec force ces vaines obligations. Les intérêts dont ils se préoccupent, dit-il, sont suffisamment assurés par leurs officiers et par les clercs qui exploitent directement les terres de l'Église. Que les évêques se fassent rendre compte à eux-mêmes de l'état et du rendement général de
la contrition ; on le chantera à matines, ainsi qu'à la messe et à vêpres. On doit de même dans toutes les messes, aussi bien aux messes du matin 4 qu'à celles du carême et aux messes des morts, dire trois fois Sanctus, ainsi que cela se pratique pour les messes solennelles 2.
4. Le nom du pape vivant doit être lu dans les églises (dans les diptyques ou bien dans les prières de la liturgie) 3.
5. A Rome, en Orient, dans toute l'Afrique et en Italie on ajoute [742] après le Gloria ces mots, sicut erat in principio, à cause des héréti-
ces dernières, il y consent, mais c'est là, à tout prendre, l'affaire d'une heure ou deux par jour. Et ne vaudrait-il pas mieux s'exposer à perdre quelquesuns de leurs revenus en s'occupant un peu moins de leurs terres, que de laisser en souffrance tous les intérêts spirituels dont le soin leur incombe personnellement ? Quant aux pauvres, ils ne mourront pas de faim parce que l'évêque consacrera le temps voulu à ses devoirs d'état. La détresse qu'on feint de craindre de ce côté serait plutôt un motif, ajoute-t-il avec une franchise un peu austère, de restreindre les dépenses que certains évêques font pour leur table. D'autres évêques, et ceux-là plus sincères, se déclaraient totalement incapables de prêcher. Un tel aveu, dans la bouche des premiers dignitaires ecclésiastiques, démontre mieux que tout ce que nous pourrions dire quel progrès désespérant avait déjà fait l'ignorance publique. Aussi, l'auteur de l'Admonition aux évêques ne montre-t-il que de la compassion à l'égard de ceux qui souffraient de ce mal profond. Il s'efforce de leur démontrer qu'il n'est pas si difficile qu'ils se le figurent d'adresser aux fidèles quelques paroles capables de les édifier. Pour y parvenir, il n'est pas nécessaire de pouvoir amplifier un sujet savant à la façon des rhéteurs; la simple exposition de la morale chrétiennne suffira. Que si cette simple tâche est encore au-dessus de leurs forces, ils peuvent prendre comme modèle les homélies laissées par les Pères, les copier au besoin. Enfin, au pis aller, ils ont des gens capables parmi leurs prêtres, leurs diacres ; qu'ils les fassent monter dans la chaire à leur place. En ce point, l'admonition aux évêques se rencontre avec la décision du concile de Vaison. Elle en paraît d'ailleurs contemporaine. Car Césaire y résume, sous forme d'exemples, toute la substance de sa propre prédication, ce qui nous indique une époque où son épiscopat avait déjà donné à peu près tout son fruit. Ce n'est donc pas dans un esprit hostile aux prérogatives de ses collègues que l'évêque d'Arles a fait entrer les prêtres en partage de la prédication, mais plutôt par condescendance pour leur faiblesse et leur inexpérience. » (H. L.)
1. Missa matutina doit s'entendre ici dans le sens de messe ; la missa matutinalis était dès lors une expression qui servait à distinguer la messe matinale, missa matutinalis, du service solennel: missa publica. (H. L.)
2. Cf. S. Baumer, Histoire du bréviaire, in-8, Paris, 1905, t. i, p. 222 ; t. n, p. 430. (H. L.)
3. Nouvel indice des dispositions dont Césaire était animé à l'égard du Saint-Siège. (H. L.)