DEUXIÈME CONCILE d'oRLEANS
rois, pour veiller à l'observation des lois catholiques. Ils désignent par là les trois fils de Clovis : Childebert Ier, Clotaire Ier et Théodoric Ier. Nous relevons une indication chronologique précise dans la signature d'Honorat, archevêque de Bourges [Biturica) et président du concile : elle porte la date die IX kal. julias anno XXII domni Childeberti régis, qui revient au 23 juin 533, puisque Clovis est mort le 27 novembre 511 i. Ces premiers
mençait déjà à exploiter en Gaule par l'intermédiaire de ces officiers, n'y aurait-il pas été étranger, Eméritus aida Contumeliosus à rentrer dans son Eglise, et poussa la complaisance jusqu'à tromper le pape, en lui affirmant que Césaire était consentant. » A cette nouvelle, celui-ci bondit, écrivit à Agapet, écrasa Eméritus, réclama la déchéance de Contumeliosus. Toute cette prose enflammée laissa le pape assez froid. Il était saisi d'un appel et entendait le juger. L'occasion était trop bonne de donner une de ces petites leçons dont, depuis le temps du pape saint Léon, on aimait assez à se gratifier entre Rome et Arles. Agapet écrivit à Césaire une lettre très différente de ton de celles qu'il avait reçues de Rome depuis le commencement de son épiscopat : c'était un blâme caractérisé. Agapet, Optaveramus , P. L., t. lxvi, col. 45 ; Epist. Arel., col. 37. Agapet blâmait sans doute aussi la démarche incorrecte de son defensor Eméritus, mais il regrettait d'avoir à dire à Césaire que lui n'avait pas conformé sa conduite dans toute cette affaire à la miséricorde et aux lois canoniques. « A ce point il lui prouvait qu'il s'était mis deux fois dans son tort ; premièrement pour n'avoir pas suspendu l'exécution du premier jugement à partir du moment où l'appel avait été interjeté ; et ensuite, pour avoir exigé d'un évêque un mode de pénitence équivalant à la pénitence publique, que le droit communément admis par l'Eglise repoussait pour les clercs même condamnés. En conséquence, tout en maintenant contre Contumeliosus la suspense sous laquelle il était tombé par le fait de sa première condamnation, le pape ordonnait qu'on lui rendît son indépendance personnelle et la libre disposition de son patrimoine. Jusqu'au prononcé de son jugement, il constituait un évêque visiteur pour l'administration spirituelle de l'Eglise de Riez, et attribuait à l'archidiacre l'administration du temporel, à charge de fournir à l'accusé la portion congrue. Le ton général de sa lettre montrait un justicier équitable et miséricordieux, qui évitait à dessein de préjuger la vérité des accusations. » La leçon était sévère pour Césaire et on lui faisait expier durement une imprévoyance, car ce n'était que cela seulement qu'on pouvait lui imputer. Les aveux de Contumeliosus devant le concile de Marseille constituaient une charge écrasante contre laquelle on s'étonne que des questions de forme aient pu prévaloir. Du moins, est-on en droit d'espérer que dans cette affaire mal engagée et dont l'issue ne nous est pas connue, l'Église de Rome n'aura pas absous le triste personnage que fut l'évêque de Riez. (H. L.)
1. Cf. Pagi, Critica, ad ann. 514, n. 7-9, et ad anu. 536, n. 17 ; Baronius, Annales, ad ann. 514, n. 21, et 536, n. 124 ; Binius (dans Mansi, op. cit., t. vm, col. 840) et Mansi lui-même supposent à tort que Clovis est mort en 514 ;
détails laissent entrevoir qu'il s'agit ici d'une sorte de concile national de la nation franque 4 ; en effet, il se composait d'archevêques etd'évêques venus des diverses parties du royaume. Il y eut en tout vingt-six évêques et cinq prêtres représentant des évêques absents. C'étaient : Honorât archevêque de Bourges et président ; les métropolitains Injuriosus de Tours, Flavius de Rouen, Aspasius d'Éauze Elicensis, et Julien de Vienne. Un autre archevêque, Léon de Sens, était représenté par le prêtre Orbatus. Parmi les évêques signèrent : Léonce d'Orléans, Eleuthère d'Auxerre, Chronope de Périgueux (Petricorium dans la province de Bordeaux, dont le métropolitain était absent), Lupicin d'Angoulême (Ecolisma ou Icolisma également dans la province de Bordeaux), Agripin d'Autun (civitas [756] JEduorum, dans la province de Lyon, dont le métropolitain était absent), yEtherius de Chartres (Carnotum), Eumerius de Nantes, Amélius de Paris, Sustratius de Cahors, Perpetuus d'Avranches, Araesidius de Convenœ (maintenant Saint-Bertrand de Comminges), Passivus de Séez (Sagi), Proculeianus d'Auch (Ausciï), Lauto de Coutances (Constantid) ; sept évêques : Importunus, Callistus, Marcus, Eusebius 2, Clarentius, Innocens 3 et Marcel-
Aussi place-t-il ce second synode d'Orléans en 536. Voir plus loin, § 251, le 3e synode d'Orléans, où il est dit que la vingt-septième année du règne de Childebert coïncide avec la quatrième année après le consulat du Paulinus le Jeune, c'est-à-dire avec l'année 538. [Grégoire de Tours, Ilist. Francorum, 1. II,c.xliii, P. L., t. lxxi, col. 240, les missels de sainte Geneviève (ms. n. 1259, fol. 8, et ms. n. 90) donnent le 27 novembre comme date de la depositio, Dubosse demande s'il ne s'agit pas plutôt du jour où les restes de Clovis furent déposés dans la crypte après l'achèvement de l'église. La date du 27 novembre est discutée par Viallon, Clovis le Grand, roi chrétien, in-12, Paris, 1788, p. 473 ; la date complète, 27 novembre 511, est solidement établie par W. Levison, Zur Geschichte des Frankenkonigs Clodowech, dans Jahrbucher d. Ver. Alterthum d. Rheinlande, Bonn, 1898, t. cm, p. 47 sq. ; enfin cette date est adoptée par G. Kurth, Clovis, 2e édit., t. n, p. 197. (H. L.)
1. Baronius, Annales, ad ann. 536, n. 124 ; Pagi, Critica, ad ann. 536, n. 17 ; Sirmond, Concilia Gallise, t. i, col. 228 ; Coll. regia, t. xi, col. 160 ; Maan, Eccles. Turon., 1667, t. n, p. 16; Labbe, Concilia, t. iv, col. 1779-1784; Hardouin, Coll. concil., t. ir, col. 1177; Coleti, Concilia, t. v, col. 926 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vm, col. 836 ; Fr. Maassen, Concilia sévi merovingici, p. 61-65 ; J.-E. Bimbenet, Les conciles d'Orléans considérés comme source du droit coutumier et principe de la constitution de V Eglise gauloise, in-8, Orléans, 1864 ; de Torquat, Conciles d'Orléans ou assemblées générales des évêques de la Gaule à Orléans au VIe siècle, in-8, Orléans, 1864. (H. L.)