CONCILES D'ANTIOCHE ET DE- GAZA
Alexandrin. Ainsi le pape Léon le Grand1 n'hésitait pas à dire qu'Origène avait été justement condamné, à cause de sa doctrine sur la préexistence des âmes ; un concile romain de 496, sous Gélase, blâmait Eusèbe d'avoir écrit avec Pamphile une apologie d'Origène, ajoutant toutefois qu'on pouvait lire sans danger plu- .785] sieurs livres de ce docteur. Vers 520, s'éleva en Palestine un nouveau conflit au sujet de Porigénisme. Quatre moines d'un nouveau monastère, Nonnus à leur tête, zélés origénistes, furent chassés pour ce motif, par leur abbé Agapet dont le successeur Menas les réintégra 2. En 530, saint Sabas, chef des moines de la Palestine, vint à Constantinople et demanda à Justinien le renvoi des origénistes, mais il mourut en 531, avant que l'empereur n'eût rien fait, et Porigénisme se répandit de plus en plus parmi les moines de Palestine, grâce aux deux savants moines Domitien et Théodore Askidas 3. Ceux-ci
1. S. Léon, Epist.y xxxv, édit. Ballerini, t. i, col. 881 ; P. L.t t. liv, col. 807.
2. Sur cet incident et la situation religieuse de l'empire depuis le concile de 536, à Constantinople, cf. G. Diehl, Justinien et la civilisation byzantine au 7/e siècle, in-4, Paris, 1901, p. 339 sq. ; L. Duchesne, Vigile et Pelage, dans la Revue des Questions historiques, 1884, t. xxxvi, p. 389 sq. (H. L.)
3. Le concile de Constantinople, de mai 536, avait marqué le triomphe de l'orthodoxie romaine. La réaction avait été telle que le patriarche déposé, Anthime, réduit à se cacher, n'avait dû son salut qu'à la protection de Théodora. Jean d'Ephèse, Comm., p. 158. Sévère avait regagné l'Egypte où il mourut à quelque temps de là, février 538 (Eustratios, 2eur}po; à u.ovoçu<tctyjç, Leipzig, 1894) ; Zooras avait gagné le lieu de son exil, Derkos, dans la province de Thrace. Privés de leurs chefs, ce menu fretin, moines, clercs, laïques s'étaient dispersés et les plus compromis s'étaient terrés comme ils avaient pu. Dès l'année 537, le patriarche d'Antioche donne le branle et marque la recrudescence de persécution contre les monophysites. En Syrie, en Mésopotamie, en Arménie, les moines sont chassés des monastères, poursuivis, traqués et il y a défense, sous peine de mort, pour les indifférents de les accueillir ou simplement de leur donner abri. Jean d'Ephèse, Comm., p. 104-105, 134-135, 188; Revue de V Orient chrétien, 1897, t. n, p. 469. Les fidèles ne sont pas mieux traités ; ils sont fustigés en public, torturés, brûlés. On jette bas les colonnes des stylites, on ferme les monastères, on se montre sans pitié pour les prédicateurs indomptables du monophysisme, en particulier pour ce Jean de Telia dont l'ardente parole avait, dit-on, ramené 170 000 personnes à la foi hérétique. Jean d'Ephèse, Comm., p. 110-111. Cet homme redoutable tomba aux mains d'Ephrem qui le fit mourir (538), « et le peuple des orthodoxes, dit Jean d'Asie, p. 112, n'ayant plus personne qui lui apportât les vivifiants sacrements, se trouva dans un grand deuil et dans une dure misère. » La réaction pouvait se montrer d'autant plus rude aux vaincus que l'influence romaine dominait également à la cour. Nous parlerons ailleurs
gagnèrent si bien les bonnes grâces de l'empereur que, vers 537, il les désigna pour des sièges épiscopaux. Domitien fut nommé évê-
d'un personnage, nommé Pelage, apocrisiaire romain devenu le conseiller toujours écouté de Justinien. Il occupait la nonciature de Constantinople depuis 536 et dès son arrivée s'était appliqué à acquérir les bonnes grâces de l'empereur et de l'impératrice. Celle-ci lui témoignait même une extrême bienveillance, dont il usa pour exercer sur Justinien une pression tellement irrésistible qu'elle le ramena, pour un temps, à la plus stricte orthodoxie. Justinien prenait conseil de Pelage sur tout ce qui intéressait la religion ; aussi peut-on faire honneur à ce dernier du zèle déployé soudain par le gouvernement pour combattre l'hérésie monophysite, principalement dans son repaire le plus redoutable, l'Egypte, et dans son réduit presque inexpugnable, le siège patriarcal d'Alexandrie. Jusqu'alors on avait évité d'aborder cette région. Jean de Nikiou, Chronique, édit. Zotenberg, p. 514. Pelage, énergique et entreprenant voulut frapper un coup décisif et on décida de faire rentrer l'Egypte dans l'orthodoxie. Précisément la succession récemment ouverte de Timothée IV, patriarche d'Alexandrie (j 536), succession qui, cela va sans dire, n'allait pas sans difficultés, donna l'occasion d'une intervention énergique. Le candidat des monophysites, Gaianos, faisait concurrence au candidat des amis de Sévère, un certain Théodose. C'était, suivant la remarque de M. Ch. Diehl, le moment où Théodora venait d'installer Anthime sur le siège de Constantinople, où, sous les auspices de V Hénotique rajeuni, on tentait la conciliation avec les monophysites ; l'appui officiel, entre les deux candidats, alla donc tout naturellement à Théodose dont les doctrines plus modérées garantissaient la facilité. L'installation du nouveau patriarche se fit, non sans recourir un peu aux ordinaires procédés, exhibitions de troupes et large distribution de coups de bâtons. C'en était assez pour donner à Théodose toutes les chances contraires dans un pays où Ion ne savait en fait de politique que l'opposition quand même. Ajoutez à cela que le nouveau patriarche, personnage officiel, était suspect de tolérance en matière théologique. Zacharie le Rhéteur, op. cit., p. 221, 227-228, 229. Ce fut bien pis quand, en 538, Théodose, mandé à Constantinople, fut acculé à souscrire purement et simplement à la doctrine intégrale du concile de Chalcédoine. Zacharie le Rhéteur, op. cit., p. 238. Le patriarche refusa et malgré l'intervention de Théodora (Id., p. 238 ; Jean d'Éphèse, Comment., p. 113-114), on l'exila avec son clergé, à Derkos, en Thrace, sans lui dissimuler qu'on allait lui chercher un successeur plus accommodant avec la théologie impériale. Le nonce Pelage se chargeait de trouver cet audacieux, il n'y manqua pas et son choix tomba sur un moine de Tabenne, nommé Paul, Égyptien de race, lequel se laissa ordonner par Menas de Constantinople, en présence du nonce de Rome, des patriarches de Jérusalem et d'Antioche, et partit aussitôt après pour l'Egypte (540). Il arrivait dans son patriarcat avec les pouvoirs proconsulaires : plein pouvoir pour rétablir l'orthodoxie ; autorité absolue sur tous les fonctionnaires de l'administration civile ; autorisation de destituer en masse l'épiscopat égyptien et d'y substituer un épiscopat partisan du concile de Chalcédoine. A peine arrivé, Paul se mit à l'œuvre, terrorisa son peuple, et contraignit à obéir.