CONCILES DANTIOCHE ET DE GAZA
tine un autre concile, à la convocation duquel l'origénisme n'eut aucune part. Paul, patriarche d'Alexandrie, était soupçonné d'avoir
les promesses, peut-être des engagements sur la nature desquels nous ne sommes pas fixés, mais qu'il ne semble pas téméraire de supposer, eu égard à la violence des accusations portées contre le pape et à la situation délicate, périlleuse même dans laquelle nous le trouvons aussitôt après son élection sur le Siège apostolique. Aux sommations impatientes de Bélisaire il s'agissait maintenant de faire face par l'accomplissement des promesses ou de se dérober par la ruse. La lettre attribuée à Vigile, par laquelle il adhère à la doctrine monophysite d'Anthime, de Sévère et de Théodose, est, à le dire simplement, inacceptable ; son authenticité ne se peut défendre; par contre les professions de foi envoyées par Vigile à l'empereur et au patriarche Menas sont d'une rigoureuse orthodoxie. En s'exprimant de la sorte, Vigile se sentait soutenu par tout son clergé et toute la population romaine attachée passionnément à la foi de Chalcédoine et à la tradition de saint Léon. L'Occident tout entier partageait cette manière de voir. En Afrique, en Gaule, en Espagne, l'œuvre de Chalcédoine était considérée comme sacrée et on ne pouvait songer à violenter des convictions aussi profondes et aussi respectables. Si Vigile avait compté sur l'ingéniosité de son esprit pour le tirer d'affaire à l'heure des difficultés, il n'eut pas trop pour l'instant à le mettre à la torture. L'impatience de Théodora était fort calmée par l'imperturbable patience de Justinien, moins soucieux de rendre sa faveur aux monophysites que de maintenir un statu quo qui ressemblait à l'unité s'il n'était pas l'unité et pouvait, avec un peu de bonne volonté, passer, en matière religieuse, pour la paix. Pour retarder indéfiniment les explications trop embarrassantes, Vigile avait fait une précieuse recrue, le diacre Pelage, qui presque dès le premier moment s'attacha à la fortune du nouveau pape et mit à son service l'immense influence qu'il exerçait sur l'empereur et sur l'impératrice. En somme, Vigile put à son aise louvoyer et attendre ; en dépit des intrigues de l'impératrice et du parti monophysite, la tentative faite pour mettre la main sur le Siège apostolique avait pleinement échoué. C'était une compensation qui avait son prix, le plus élevé de tous, au moment où ce Siège était occupé par un homme sur lequel ses adversaires ont pu faire circuler les bruits les plus fâcheux et dont la notice au Liber pontificalis est faite pour surprendre autant que pour scandaliser, encore que cette notice ne puisse passer pour un modèle d'exactitude. En Orient, grâce à la protection secrète de Théodora, les monophysites conservaient une importance considérable. L'exil et la mort des grands chefs, la dispersion des survivants étaient presque venus à bout, en apparence, de ruiner le parti, à tel point qu'en 545, dans l'empire tout entier, on ne comptait que trois sièges épiscopaux occupés parles hérétiques. Jean d'Éphèse, Comment., p. 110, 160, 162 ; Bar-Hébraous, Chronique ecclés. i, 216. Mais les populations demeuraient obstiuéinent attachées à leur croyance. Une tradition se transmettait mystérieusement. A Sévère, mort exilé en Egypte, une ordination clandestine avait donné pour successeur sur le siège patriarcal d'Antiochc, Sergius de Telia. Malgré les édits promulgués et les violences perpétrées, une communauté monophysite subsistait aux portes de Constantinople, dans le monastère syrien fondé avec
fait assassiner secrètement, par ordre d'Augustalis Rhodo, gouver- [786 neur impérial d'Alexandrie, Psojns, diacre et économe de l'Eglise
l'appui de Théodora, au faubourg de Sykaé, et son chef Jean, jadis moine au monastère de Saint-Jean d'Amida, avait, par son ardeur à dénoncer et à combattre les païens, réussi à conquérir les bonnes grâces même de Justinien. Jean d'Éphèse, Ilist., dans la Revue d'Orient chrét., 1897, t. ir, p. 481-482 ; Comment., p. 136, 140. « La maison du patriarche déposé d'Alexandrie, Théodose, rappelé de Thrace à Constantinople par les soins de Théodora, était un autre centre d'intrigues et de propagande monophysites : on y rencontrait des hommes actifs et énergiques, comme Julien, le futur évangélisateur de la Nubie, comme Sergius, le futur patriarche d'Antioche, comme Théodose, qui devint évêque de Bostra, comme Jacques Baradée, qui occupa le siège d'Édesse et reconstitua l'Eglise monophysite. L'impératrice Théodora protégeait ouvertement tous ces dissidents. Non contente de secourir largement les moines expulsés de Syrie par les orthodoxes et de les installer dans le palais d'Hormisdas, transformé en monastère à leur intention, elle accueillit au Palais-Sacré les principaux chefs des monophysites, le patriarche Théodose, l'évêque Constantin de Laodicée, Jean l'Egyptien, Jacques Baradée, d'autres encore ; sans cesse elle les recommandait, souvent elle les imposait à l'empereur. C'est dans l'entourage de Théodose qu'elle chercha, en 540, le prêtre Julien pour lui confier la mission de Nubie ; c'est là, lorsque Harith le Ghassanide vint, en 543, demander un évêque à Constantinople, qu'elle trouva le prêtre Théodose, qu'elle fit nommer au siège de Bostra ; c'est là qu'elle allait prendre enfin les hommes qui, ouvertement, devaient reconstituer l'Eglise monophysite. Vainement Justinien s'appliquait, en favorisant les orthodoxes, à neutraliser ces tentatives ; l'impératrice était la plus forte et toute l'administration le savait. Dans de telles conditions, la moindre imprudence des orthodoxes devait suffire pour fournir aux monophysites l'occasion de reprendre leurs avantages. Le légat Pelage lui-même se chargea, en 543, de commettre cette irréparable faute. » Ch. Diehl, Justinien et la civilisation byzantine au VI* siècle,]?. 346-347.
Nous avons dit, dans une note précédente, que le diacre Pelage avait assumé d'accomplir la déposition du patriarche Paul. Ceci nécessitait un déplacement. Pelage fit le voyage de Gaza et assisté des évêques d'Antioche, de Jérusalem et d'Éphèse, ainsi que de plusieurs autres, il déposa Paul et lui donna pour successeur un certain Zoïle. « Cette triste histoire, écrit à ce propos M. Duchesne, est propre à montrer qu'elle était l'importance du diacre Pelage dans les conseils de l'empereur et dans le monde ecclésiastique d'Orient. L'Eglise romaine aurait pu désirer que son influence s'exerçât en des circonstances plus heureuses, mais il était difficile qu'elle se fit sentir avec plus de force. » Vigile et Pelage, dans la Revue des Quest. hist., 1884, t. xxxvi, p. 389. Le voyage de Gaza mit Pelage en relations avec les moines de Palestine, gens vertueux et orthodoxes, qui impatients de se sentir d'accord sur l'Incarnation avaient cherché et découvert un beau sujet de dispute, la doctrine d'Origène. C'était une trouvaille ; ils étaient assurés, sur ce terrain, de ne jamais s'entendre. Cyrille de Scythopolis, Vita S. Sabse, dans Cotelier, Monum. Eccles. Grxcx, tf iji, Depuis bientôt trois siècles, la querelle était endémique dans le pays,