Id., col
d'Asie à Rome solliciter du pape la levée de l'excommunication dont son propre père, l'évêque de Sinope, l'avait frappé pour son inconduite. Ce récit, cette a historiette » l , parait remonter à saint Hippolyte 2 ; ni saint Irénée, ni Tertullien, peu disposés à ménager Marcion, n'en savent rien. Voici ce qu'en dit saint Épiphane : « Marcion (venu de Sinope) eut beau supplier et demander pardon, il ne put rien obtenir de son père par ses prières. Lorsqu'il vit qu'il ne parvenait en aucune façon à l'adoucir, ne pouvant supporter les railleries de ses concitoyens, il sortit secrètement de la ville et vint à Rome après la mort de l'évêque Hygin, qui était le neuvième depuis les apôtres Pierre et Paul. Aussitôt arrivé, il s'adressa aux anciens prêtres qui restaient encore de ceux que les disciples des apôtres avaient instruits, mais ce fut en vain. » A supposer authentique l'épisode raconté en ces termes, resterait à savoir s'il s'agit, en l'espèce, d'un véritable appel. Launoi et P. de Marca n'en croient rien ; à leurs graves objections on a pensé répondre en disant que, sans doute, les formes légales passées en usage dans la suite font défaut ici, mais rien ne prouve que le demandant n'ait pas employé les formes usitées au moment où il formula son appel 3. Inutile de recourir à ces subtilités enfantines. Marcion ne reçut de l'Eglise romaine d'autre réponse que celle-ci : « Nous ne pouvons faire ce que tu demandes sans l'autorisation de ton vénérable père. » Si appel il y a, l'appel est rejeté : la revision de la sentence repoussée.
Nous ne pensons pas qu'on ait été plus heureux en soutenant le droit d'appel à l'aide d'un texte qui ne veut rien dire de ce qu'on prétend lui faire dire : « C'est à cette Eglise [de Rome], écrit saint Irénée, à la fin du 11e siècle, à cause de sa puissante primauté, que toute Eglise et tous les fidèles de l'univers doivent s'accorder 4 . »
Basilide et Martial. — Sous le pontificat du pape Etienne surgit un conflit d'une extraordinaire gravité et qui fait passer la question des appels du domaine de l'apologétique dans celui de l'histoire. Ces difficultés trouvaient un terrain favorable pour s'envenimer dans cette Afrique où l'Eglise était extrêmement jalouse de son indépendance et de ses droits. Lors de l'élection de l'évêque Cyprien au siège de Carthage, un évêque intrus, Fortunat, avait été nommé et celui-ci était parti de suite pour Rome dans l'espoir de gagner la confiance et d'obtenir la confirmation du pape Corneille, lequel avait témoigné peu d'empressement et quelque hésitation à consi-
1. Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, in-8, Paris, 1906, t. i, p. 182, notel.
2. Pseudo-Tertullien, c. n. 51 ; S. Epiphane, liserés., xlii, 1.
3. Ch. Grandmaison, Des appels en Cour de Borne jusqu'au concile de Sardique, en 347 ', dans la Bibliothèque de l'École des chartes, me série, t. iv, 1853, p, 105-125.