‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 450 sur 544 · S. Irénée, Advr hseres,, \, III, c. lit · texte numérisé non relu

S. Irénée, Advr hseres,, \, III, c. lit

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dérer comme valide l'élection de Cyprien. De telles mortifications laissent dans l'esprit un fond inépuisable d'aigreur dont les plus magnanimes et les plus saints ne se débarrassent pas toujours. Néanmoins l'entente ne fut pas véritablement troublée. Il n'en fut pas de même à l'occasion de Basilide, évêque de Mérida, et de Martial, évêque de Léon-Astorga, qui pendant la persécution de Dèce (250) avaient sollicité ou accepté un certificat de sacrifice. Déposés et remplacés par leurs collègues de l'épiscopat espagnol, les évêques indignes ne s'y résignèrent pas. Basilide se rendit à Rome, parvint à convaincre le pape Etienne que les accusations portées contre lui manquaient de fondement, et se fit rétablir dans sa dignité. Les fidèles qu'une telle décision jetait en proie à un pareil homme, ne purent s'y résoudre et prirent le parti de s'adresser au concile d'Afrique, assemblée annuelle ou bis-annuelle alors en grande réputation. Ce concile d'automne de 254, saisi de l'affaire, la jugea dans le sens opposé à la sentence papale, après avoir instruit l'affaire comme avait fait le pape lui-même, c'est-à-dire sans avoir ouï contradictoirement les parties. L'appel au concile de Garthage avait été porté par une série de lettres envoyées d'Espagne. Le concile admettait sa propre compétence et adressait sa réponse officielle : « Au prêtre Félix et aux fidèles deLéon- Astorga ; au diacre Aelius et aux fidèles de Mérida. » On y lisait que la déposition des apostats était maintenue, l'élection de leurs successeurs confirmée. Ces décisions ne pouvaient être annulées parce que Basilide était allé à Rome où il avait circonvenu et trompé le pape.

Ce qui est d'une gravité que tous les artifices ne parviendront jamais à dissimuler, c'est l'appel adressé à l'Eglise d'Afrique par l'Église d'Espagne contre l'intervention jugée intempestive de l'Eglise de Rome, et cet appel est reçu. Par une coïncidence remarquable, a quelque temps de là, l'évêque de Lyon, Faustin, et plusieurs de ses collègues des Gaules s'étaient adressés en vain au pape Etienne lui dénonçant l'attitude schismatique de l'évêque d'Arles, Marcien, et insistant pour obtenir la cessation du scandale. En désespoir de cause, ils se tournèrent vers l'évêque de Garthage.

Les deux incidents que nous venons de rappeler provoquèrent une correspondance qui, de la part de saint Cyprien, ne laisse aucun doute sur l'idée qu'on se faisait en Afrique du droit d'appel à Rome. Dans l'affaire de l'évêque Fortunat, saint Cyprien déclara tout net au pape Corneille que seuls, les évêques africains étaient les juges légitimes de Fortunat et que Rome n'avait aucun titre à s'occuper de lui. Dans l'affaire des évoques espagnols, le concile de 254 déclarait aux fidèles qu'ils n'avaient à tenir aucun compte du jugement rendu par le pape Etienne en faveur des apostats. Dans sa lettre (lvc) adressée au pape Corneille, saint Cyprien niait résolument le droit d'appel à Rome. « Il a été établi, écrivait-il, et il est parfaitement juste et convenable que chaque cause soit jugée au lieu même où le prime a é\é commis, Chaaue pasteur ft été chargé d'une por-

tion du troupeau, qu'il dirige et gouverne et c'est au Seigneur qu'il doit rendre compte de sa conduite. » Le concile africain du 1er septembre 256, réunit l'unanimité des membres présents — quatre-vingt-sept — lorsqu'il s'agit de s'associer à ces paroles de son président, Cyprien : « Tout évêque est libre, et exerce, comme il l'entend, son pouvoir : il ne peut lui-même juger un autre. Attendons tous le jugement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, seul au monde, a le pouvoir de nous préposer au gouvernement de son Église et déjuger notre acte. » Tout ceci visait directement le pape de Rome.

On s'explique sans peine, dès lors, que les théologiens et les canonistes aient combiné leurs efforts pour amortir le coup que des phrases si formelles, si anciennes et si autorisées, ne peuvent manquer de porter à la théorie de l'appel à Rome. Avec son ingéniosité ordinaire, M. J. Tunnel a étudié cette question et rétorqué les arguments fort considérés mais vraiment maladroits apportés par des théologiens pour amoindrir la portée des lettres de saint Cyprien. « Ils ont dit, écrit-il, que saint Cyprien ne considérait pas Fortunat comme un véritable évêque et que c'est l'unique raison pour laquelle il a refusé à ce schismatique le droit de présenter sa cause à Rome. Ils ont dit que le même docteur ne contestait pas au pape le droit de rétablir sur leurs sièges des évêques déposés, mais que le pape Etienne lui paraissait avoir été induit en erreur par la fourberie de Basilides et de Martial ; que ses objections contre la sentence pontificale visaient, non le principe lui-même des appels, mais un cas particulier où ce principe avait été faussé par l'imposture. Malheureusement ces réponses des théologiens laissent intactes les difficultés qu'elles voulaient résoudre. Ce que saint Cyprien a pensé de l'ordination de Fortunat, s'il l'a tenue pour valide ou pour invalide, nous l'ignorons ; en revanche, nous connaissons les raisons préjudicielles qu'il a fait valoir pour interdire au pape de le juger. Or ces raisons, les théologiens en conviennent, s'appliquent aux évêques comme aux simples prêtres, et elles dénient absolument au pape le droit d'intervenir dans les affaires de l'Eglise d'Afrique. Pour ce qui concerne Basilides et Martial, saint Cyprien croit, en effet, que ces deux évêques ont trompé Etienne. Mais là n'est pas la question. Elle est dans le sansgêne avec lequel l'évêque de Carthage traite la sentence pontificale. Les décisions émanées des supérieurs ne cessent pas d'être obligatoires parce qu'elles sont malheureuses. C'en est fait du principe d'autorité, quand les sujets foulent aux pieds les ordres qui les contrarient. C'est pourtant le spectacle que nous donne saint Cyprien. Il constate ou, du moins, il est convaincu qu'Etienne, dont la bonne foi a été surprise, s'est constitué le protecteur de deux prélats indignes. Sans prendre lapeine d'éclairer le pape, de lui adresser de respectueuses observations, il casse, de sonpropre chef, la sentence pontificale et explique aux Espagnols qu'ils n'ont à en tenir aucun compte. Il ne peut dire plus clairement que l'intervention d'Etienne,

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dans l'affaire de Basilides et de Martial, n'a, à ses yeux, aucune valeur juridique. Personne ne croira que les témoins les plus accrédités de la discipline ecclésiastique doivent être cherchés parmi les hommes de mœurs dissolues ou de doctrine impie, et que pour savoir où en était la papauté des premiers siècles clans l'exercice de ces droits, il faut interroger Marcion, Privât de Lambèse, Basilides, Paul de Samosate, de préférence à saint Gyprien et à l'Eglise romaine elle-même. C'est pourtant à ce résultat invraisemblable qu'on arrive quand on ajoute foi aux théologiens, quand on admet avec eux que les hérétiques et les schismatiques ont, dans les temps les plus anciens, interjeté appel au Saint-Siège *. »

Privât de Lambèse. — D'autres exemples d'appels sont affaire d'imagination. Au nie siècle, Privât, évêque de Lambèse, déposé par un concile assemblé dans sa ville épiscopale, travaille à se faire rétablir sur son siège par le pape. Et d'abord le concile de Lambèse ne s'est jamais tenu dans cette ville, mais Privât a été déposé probablement par un concile tenu àCarthage, sous l'évêque Donat, entre 236 et 248 ~. L'évêque indigne aura pu essayer d'obtenir d'être reçu à la communion par l'Eglise de Rome ; mais il est vraisemblable qu'il fut trompé dans son attente ; en tout cas, de quelque décision qu'il ait bénéficié, on n'en tint aucun compte en Afrique, puisque le concile de Garthage (printemps 251) refusa d'admettre Privât à prendre séance et excommunia deux de ses partisans, Jovinus et Maximus.

Paul de Samosate. — L'appel attribué à Paul de Samosate, déposé par les évêques d'Orient, et persuadant à l'empereur Aurélien de soumettre le litige au jugement du pape, est encore plus mal imaginé. Voici les faits : Paul, déposé par ses collègues orientaux, n'en tient aucun compte et s'obstine à demeurer à Antioche, où il se sait soutenu par la reine Zénobie dont il est le protégé. Après la chute de cette princesse, les évêques jugent l'occasion favorable d'exposer l'affaire à l'empereur Aurélien. Celuici n'hésite pas et décide que les loyalistes qui sont d'accord avec celui que reconnaissent les évêques d'Italie et de Rome doivent avoir la préférence sur celui qui manifeste, en s'attachant à Zénobie, ses préférences séparatistes. D'appel au pape il n'est pas question ; s'il y a ici un appel, c'est à l'empereur qu'il est adressé.

L'Orient et l'Occident. — Si, en Occident, une Église montrait une susceptibilité si vive à l'égard de tout ce qui pouvait paraître une entreprise de Rome sur son indépendance et la plénitude de ses droits en matière de discipline, on est en droit de s'attendre à rencontrer des récriminations plus vives encore dans les Églises d'Orient, à raison de l'antagonisme qui commença à s'affirmer entre l'Église de Rome et l'Église de Constantino-

1. J. Turmel, La papauté à Sardique, dans la Revue catholique des Églises, 1906, t. m, p. 358.

2. Hefele, Hist. des conciles, 1907, édit. Leclercq, t. i, p. 162, note 2.

pie du moment où celle-ci groupa et incarna l'ensemble des prétentions et des tendances qui ont abouti au schisme grec. Cependant l'Eglise grecque n'a pas hésité, dans la personne de ses membres les plus clairvoyants ou les plus défiants à l'égard de toute ingérence étrangère, à porter ses appels devant l'Eglise de Rome.

La dénomination d'Église grecque n'est, jusqu'au temps de Constantin, qu'une délimitation purement géographique ne répondant à aucune distinction réelle. A partir de ce prince la susdite dénomination cesse d'être incompréhensible, mais encore faut-il attendre pour y trouver la désignation de quelque chose de précis, un groupe ecclésiastique compact. De ce groupe, il convient de défalquer les fractions nestoriennes et monophysites, détachées au vie siècle, et d'écarter de vastes provinces telles que l'Illyrie, l'Achaïe, la Macédoine, la Sicile, la Crète, qui paraissent être restées soumises à la juridiction immédiate du patriarcat d'Occident jusqu'au règne de Léon Plsaurien.

Le trouble général et profond qui agita l'Orient pendant les siècles qui suivirent le concile de Nicée créa entre les deux — et bientôt les quatre — patriarcats orientaux d'ardentes rivalités entretenues par la poursuite du même but. A première vue, une telle situation neutralisant les patriarches d'Occident les uns par les autres semblait devoir profiter par-dessus tout au patriarcat d'Occident et grandir le rôle et le prestige du pape de Rome; en réalité, il n'en est pas tout à fait ainsi. Les appels au pape dans l'Orient autonome sont peu nombreux, et ce n'est guère avant que la distinction soit bien tranchée entre l'Orient et l'Occident que ces appels se rencontrent ; le premier à notre connaissance est interjeté par saint Athanase et plusieurs évêques exilés par les ariens.

Saint Athanase. — En 340, saint Athanase fut déposé de son siège d'Alexandrie par un concile arien tenu à Antioche. Le pape Jules instruit de cette violence appela à Rome Tévêque d'Alexandrie qui y arriva en même temps que ses compagnons de disgrâce : Marcel d'Ancyre, Asclépas et Lucius d'Andrinople, tous également déposés et appelants de leur condamnation au jugement du pape. Les deux auteurs contemporains qui nous renseignent le mieux sur l'histoire de ce temps, s'expriment ainsi à ce sujet :

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