L. Duchesne, loc. cit
3. In basilica Julii, dans la grande salle de ce nom qui faisait partie du palais.
4. Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 281 : fuit dissentio in clero et senatu.
5. D. Chamard, dans la Rev. des quest. histt) 1885, t. xxxvn, p. 550, a tenté de jeter le discrédit sur cette formule^ Il n'y a pas lieu de prêter attention à
nous apprend que le parti de Dioscore dans le clergé romain fut considérable, très peu au-dessous du chiffre total des prêtres romains du temps *. On peut même se demander à quoi se réduisait le nombre des partisans de Boniface quand on lit dans le Liber pontificalis que personne ne signa le décret d'élection du pape reçu des mains de Félix.
La transcription complète du titre du Libellus vient de nous faire entrevoir comment le conflit se termina. Inopinément, vingt-trois jours après l'élection, Dioscore mourut. Le schisme était évité, Boniface II devenait pape légitime et incontesté ; il était homme à tirer d'un tel événement tout l'avantage possible et à ne pas laisser renaître une situation si providentiellement résolue. Et cependant il ne faut pas hésiter à rendre à chacun selon ses œuvres. Dioscore, qui se présente devant l'histoire avec la fâcheuse dénomination d'antipape, a droit à tout notre respect 2 ; son caractère est irréprochable et ses chances de succès dans le conflit dont
ce qu'il en dit. D. Amelli, S. Leone Magno e l'Oriente, Roma, 1882, p. 13 sq., a démontré que les rubriques des pièces au milieu desquelles se trouve le Libellus présentent tous les traits des écritures officielles du temps.
1. Au concile romain de 489, on comptait 68 prêtres ; nu concile du 1er mars 498, 67 prêtres.
2. c Dioscore était un Grec, un diacre de l'Église d'Alexandrie, chassé de son pays par les violences du parti monophysite. Peut-être était-il venu à Rome, en 482, avec le patriarche orthodoxe Jean Talaïa qui se fixa en Italie et y mourut. Toujours est-il que Dioscore s'attacha à l'Eglise romaine et qu'il eut occasion de lui rendre les plus grands services sous les papes Symmaque et Hormisdas. C'est lui qui conduisit les négociations à la suite desquelles Théodoric se décida à prendre vigoureusement la défense de Symmaque et à le débarrasser de son compétiteur. Il fit partie de la légation envoyée en 519 à Constantinople par Hormisdas pour la réunion des Eglises : on voit par la correspondance du pape et par le Liber pontificalis (vie d'Hormisdas) qu'il joua dans cette affaire si délicate le rôle le plus important. Hormisdas avait une telle estime pour lui et appréciait à un si haut degré son zèle et son intelligence qu'il crut devoir le signaler à toutes les Églises d'Italie comme le principal auteur de la paix religieuse. Il aurait voulu en faire un patriarche d'Alexandrie, il écrivit même, à ce sujet à l'empereur qui, de son côté, songeait à Dioscore pour le siège d'Antioche. Thiel, Episl. roman, pontif., t. i, p. 304 ; Jaffé, Regesta, n. 841. Ces projets n'eurent pas de suite, sans doute à cause de la situation de ces deux métropoles où le parti monophysite devenait de plus en plus intraitable. Dioscore revint à Rome, mais l'estime publique n'avait pas cessé de l'entourer ; dès que les sentiments du clergé purent s'exprimer avec quelque liberté, un parti puissant se forma pour l'élever sur la chaire de Saint-Pierre. Il est clair qu'un tel choix n'était pas pour plaire à la cour de Ravenne ; par son origine et ses relations, Dioscore était l'homme de l'empire et le candidat de Justinien, ou tout au moins celui du parti qui attendait de ce prince le rétablissement du régime impérial en Italie, » L. Duchesne, dans les Mélang. d'archéol. et d'hist^ 1883, t. m, p. 243 sq.
l'enjeu était l'élection au souverain pontificat, nous paraissent sérieuses, et c'est avec une grande exactitude qu'on a pu écrire que <( le pape Boniface II, élevé au Siège apostolique par la volonté de son prédécesseur, beaucoup plus que par les suffrages du clergé romain, ne dut son maintien qu'à une circonstance imprévue. Si Dioscore, son compétiteur, avait vécu, c'est probablement lui qui figurerait au rang des papes légitimes, et le nom de Boniface lui-même ne se trouverait que parmi celui des antipapes 4. »
Nous n'avons pas fini avec le Libellus. La mort de Dioscore avait dû mettre en pleine déroute ses partisans que Boniface ne songea pas à ménager. Il exigea d'eux la souscription à une formule de condamnation d'une sévérité outrée à l'égard du défunt. Le rédacteur du Liber pontificalis a jugé cet acte comme une oeuvre de vengeance. Bonifatius, dit-il, zelo et dolo ductus cum grande amaritudine sub vinculo anathematis cyrographi reconciliavit clero, quem cyrograplium arcivo ecclesiœ retrudit quasi damnans Dioscorum, et congregavitclerum. Ce qui est beaucoup plus signicatif que les appréciations du Liber pontifie alis, c'est la décision du pape Agapit qui fit brûler solennellement tous les exemplaires qu'on put découvrir du Libellus 2.
Boniface s'était bien gardé, il importe d'en faire la remarque, de réclamer autre chose que la condamnation posthume de son rival. Les partisans de celui-ci, découragés, ne songèrent pas à chercher un successeur à leur candidat défunt, et, en l'absence de tout nouveau compétiteur, Boniface II put jouir en paix du pouvoir auquel la disparition soudaine de Dioscore et le désaveu de ses adhérents donnaient l'équivalence d'une légitimation officielle. Dioscore était mort le 14 octobre, l'acte de soumission de ses anciens partisans est daté du 27 décembre. Si on est en droit de leur reprocher cette palinodie dans laquelle ils ne se préoccupaient pas de sauvegarder l'honneur de celui qu'ils avaient un moment jugé digne du pontificat 3, il faut se montrer indulgent pour ces hommes qui furent assez modérés pour s'interdire de prolonger la lutte. Somme toute,
1. L. Duchesne, Vigile et Pelage, dans la Revue des quest, hist., 1884, t. xxxvi, p. 369, et Revue des quest. hist., 1885, t. xxxvn, p. 582.
2. Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 287 : Hic... Libellos anathematis, quos insidiœ dolo extorserat Bonifacius presbyteris et episcopis contra canones et contra Dioscorum, in medio Ecclesix, congregatis omnibus, incendio consumpsit, et absolvittotam ecclesiam de invidia perfidorum. Sur le caractère d'Agapit, cf. Duchesne, Vigile et Pelage, dans la Rev. des quest. hist., 1884, t. xxxvi. p. 371.
3. Il est assez curieux de remarquer qu'un Père du Ve concile œcuménique affirme que l'Eglise de Constantinople tenait Dioscore pour le pape légitime Hardouin, Coll. concil., t. ni, col. 114 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. ix, col. 263.
en face de l'inexorable rigueur de Boniface 4, le beau rôle leur appartient. Si, au vie siècle, un pape pouvait ne pas craindre de blâmer publiquement à la face de toute l'Eglise, les abus de son prédécesseur et d'abolir tel ou tel de ses actes, l'historien aie droit d'user de lamême liberté d'appréciation.
Une fois affermi sur le Siège apostolique, Boniface II médita une combinaison qui, à elle seule, suffirait à montrer quels cuisants souvenirs lui avait laissés l'incident dont nous venons de rappeler les phases principales. Boniface avait été désigné du vivant de son prédécesseur, il songea à se nommer un successeur. C'eût été, on l'a dit agréablement, un beau succès pour Boniface, dont les débuts eussent été ainsi légitimés a posteriori2. Il avait sous la main l'homme qu'il lui fallait, un certain Vigile, destiné à une longue et bruyante célébrité. L'adoption se fit et, cette fois, comme la cérémonie ne se passait pas au pied du lit d'un mourant, on y mit une certaine solennité 3. Mais par un bizarre retour, le pape ainsi pourvu d'un successeur éventuel continua à vivre, tant et si bien qu'on l'endoctrina et on le fit revenir sur sa détermination 4. Vigile fut déchu de ses droits en expectative et, le 17 octobre 532, quand mourut Boniface, Vigile devenu simple diacre, et cela sur le désir hautement exprimé du clergé romain, vit élire au pontificat le pape Jean II (2 janvier 533). Il n'y a pas lieu de rien dire ici de la manière dont Vigile escalada quelques années plus tard le siège pontifical en faisant périr de misère et de faim son prédécesseur, le pape Silvère. Dans ce drame, les canons du concile de 498 ne tiennent plus aucune place.
La défense de nommer un successeur du vivant du pape et des évêques reparaît dans un certain nombre de conciles. Sous Boniface III, dans un concile romain tenu en 606 5, dans un concile tenu à Paris, en 615 6, dans un autre à Saint-Jean-de-Losne, en 673-675 7.
{.Cette dureté de Boniface est loin d'être contredite par l'épitaphe de ce pape, malencontreusement invoquée par D. Lévêque,cf. V Ami du clergé, 1901, p. 715.
2. L. Duchesne, dans la Revue des quest. hist., 1884, t. xxxvi, p. 370.