‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 60 sur 544 · SEPTIÈME ET HUITIÈME SESSIONS · texte numérisé non relu

SEPTIÈME ET HUITIÈME SESSIONS

dans ses droits et réduit dans sa juridiction, protesta à plusieurs

Concilia, t. ni, col. 614. Si préparés que les contemporains pussent être à toutes les surprises, celle-ci ne dut pas laisser de les troubler un peu. Juvénal n'était pas des plus délicats en matière de probité. A l'aide de fausses pièces il essayait de surprendre la bonne foi de Cyrille d'Alexandrie et de se faire attribuer la suprématie religieuse sur les trois Palestines, la Seconde Phénicie et l'Arabie, avec le titre de patriarche. Cyrille en référa au pape saint Léon qui répondit en ces termes à Maxime d'Antioche : Subripiendi occasiones non prsetermittit ambitio, et quoties ob occurrentes causas generalis congregatio facta fuerit sacerdotum, difficile est ut cupiditas improborwn non aliquid supra mensuram nwlialur adpetere. Sicut etiam in Ephesina svnodo, qux impium Nestorium cum dogmate suo perculit, Juvcnalis episcopus ad obtinendum Palestine principatum credidit se posse sufficere et insolentes ausus per commentitia scripta firmare. Quod sanctx mémorise Cyrillus, Alexandrinus episcopus, merito perhorrescens, scriptis suis mihi, quid prxdicti cupiditas ausa $it, indica\>it et sollicita prece multum poposcit, ut nulla illicitis conatibus prseberetur assensio. Nain cujus epistolx ad nos exemplaria direxisti sanctx memorix Cyrilli, eam in nostro scrinio requisitam, nos authenticam novcris reperisse. S. Léon 1er, Epist., cxix, P. L., t. mv, col. 10i4. Le faux de Juvénal faillit lui valoir l'excommunication, il ne l'évita que parce que saint Cyrille fit observer qu'il ne fallait pas risquer de grossir le nombre des hérétiques. On pouvait s'attendre en effet à ce que Juvénal et son groupe, à la moindre sévérité, se séparassent des orthodoxes qui avaient grand besoin de ne pas s'amoindrir. Il est vrai de dire que cette condescendance de Cyrille sembla excessive. Gennade, archimandrite à Constantinople, se sépara de la communion de son évoque Proclus pour manifester son mécontentement de l'indulgence témoignée à Juvénal. Cyrille tint bon et dans une lettre à ce Gennade (en 434) il l'avertissait que Proclus et lui refusaient absolument de reconnaître Juvénal en qualité de métropolitain de la Palestine. S. Cyrille, Epist., kliv, P. G., t. lxxvii, col. 319. Juvénal ainsi déboulé paya d'audace. Il rentra à Jérusalem, consacra des évêques, administra les affaires, gouverna les trois provinces comme si elles lui avaient été confiées. Il ne s'en tint pas là, il ordonna des évoques pour l'Arabie et pour la Phénicie. Quelques années plus tard, lors du Brigandage d'Kphèse ('*49), Juvénal se rangea du parti de Dioscore, contribua par sa présence au meurtre de saint Flavien et fit signer par les évêques fidèles le blanc-seing qui absolvait Eulychès. Il obtint en récompense le titre de patriarche et la juridiction sur les trois Palestines, la IMiénicie et l'Arabie, dont l'empereur Théodose II le gratifia abusivement. Juvénal s'arrogea en conséquence la première place après Dioscore et le légal du pape, prit le pas sur Domnus d'Anlioche, Flavien de Constantinople et d'autres. Deux années plus tard, en 451, à Chalcédoiue, Dioscore et Juvénal comparaissaient en qualité d'accusés. Dioscore fut déposé, Juvénal sollicita son pardon, l'obtint, siégea au concile et lui demanda de ratifier la décision de Théodose II. Maxime d'Antioche, sachant à quel terrible adversaire il avait affaire, enira en composition avec lui. Trois commissaires impériaux assistaient à leurs conférences fît le 21 octobre 451. en la vne session du concile, Maxime déclara

reprises, mais en vain. On ne parvint à s'entendre qu'au concile de [478 Chalcédoine *.

Ce même jour, 26 octobre, on tint, probablement dans l'aprèsmidi, la vme session en présence des trois commissaires impériaux (qui avaient assisté à la septième et à la cinquième 2). Beaucoup d'évèques demandèrent que le célèbre Théodoret de Cyr, l'ancien adversaire de Cyrille et l'ami de Nestorius, prononçât l'anathème contre Nestorius. Théodoret vint au milieu de l'assemblée et dit :

qu' « après de longues contestations il s'était entendu avec Juvénal pour que le siège de saint Pierre à Antioche eût les deux Phénicies et l'Arabie et pour que le siège de Jérusalem eût les trois Paleslines sous sa dépendance. On sollicitait le concile de ralifier celle convention par écrit. » Cinq jours plus lard, le 31 octobre, on revint sur cette affaire dans la xive session. Avec l'appui des deux légats du pape on prit la résoluliou suivante : « Les deux Phénicies, de même que l'Arabie, font retour au siège d'Antioche ; par contre, les trois provinces de la Palestine appartiendront au siège de Jérusalem. » Voici le texte de la décision des légats : Per placitum igitur Maximi, sanclissimi Antiochensium civitalis episcopi, et Juvenalis, sanctissimi Hierosolymorum episcopi, facta consensio, sicut uiriusque attestatio declaravit, (irtna etiam per îioslrum decretum et sententiam sancti concilii in omni tempore permanebit, hoc est, ut Maximus quidem sanctissimus episcopus, seu Antioche h sium sanctissima ecclesia, duas Phœnices et Arabiam sub propria habeat potestatc ; Juvenalis aulem sanctissimus Hierosolymorum episcopus, seu sanctissima Ecclesia qux sub eo est, très Palsestinas itidem sub propria habeat potestatc ; vacantibus scilicet secundum jussionem et religiosissimi principis omnibus rébus et quoeumque modo sacris ab utraque parte litteris impelratis, insuper et mulctatione qux in eis hujus rei causa noscilur contineri. Une fois débarrassé de l'intrus qui occupa son siège de Jérusalem pendant vingt mois ('iSl -453), Juvénal réunit un concile de ses trois provinces, notifia la décision de Chalcédoine à laquelle acquiesça le métropolitain de Césarée, Irénée. Celui-ci tout aussitôt se plaignit à saint Léon le Grand de la complaisance des légats pontificaux pour Juvénal, complaisance qui venait de lui coûter à lui Irénée trois provinces. Le pape cassa tout ce que ses légats auraient pu établir ou permettre de contraire aux canons de Nicée [P. L., t. liv, col. 1045), cependant on ne s'éleva pas contre le fait accompli, Juvénal et ses successeurs gardèrent le patriarcat acquis de la façon qui vient d'être dite. L'évêque de Césarée conserva le titre et le rang de métropolitain; c'était presque une sinécure, puisque l'évêque de Jérusalem se réservait d'ordonner les évêques de sa province. (H. L.)

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