NEUVIÈME ET DIXIÈME SESSIONS
avait donnée, à la satisfaction générale. Dans un sermon prononcé dans son église, Ibas promit d'anathématiser publiquement Nestorius et ses partisans, et il déclara « croire à tous les points sur lesquels Jean d'Antioche et Cyrille s'accordaient, adhérer à toutes les décisions des conciles de Gonstantinople (sous Flavien) etd'Ephèse (sous Cyrille) ; tenir ce concile en aussi grand honneur que celui de Nicée et ne mettre entre eux aucune différence. » Après ces déclarations, Ibas avait reçu les éloges de ses juges qui demandaient à l'évêque d'Edesse de pardonner à ses adversaires et de les aimer de nouveau comme ses enfants ; ceux-ci devaient, de leur côté, l'honorer comme leur père. Ibas s'y engagea par serment pour sa part, et ajouta ces deux points : a) Les revenus de son Église seraient, à l'avenir, administrés par des clercs, b) Si, dans la suite, un de ces anciens adversaires lui paraissait digne de châtiment, [481] il ne le jugerait pas lui-même, de peur de paraître céder à quelque ressentiment, mais il le ferait juger par Domnus, archevêque d'Antioche *.
Cette lecture faite, les légats du pape demandèrent à Photius et Eustathe s'ils maintenaient leur jugement sur Ibas. Ils répondirent par l'affirmative ; toutefois la sentence définitive sur Ibas fut renvoyée à la session suivante.
Cette session se serait tenue, d'après la version latine des actes, le 27 octobre ; le 28 2, d'après les actes grecs. Ibas se plaignit de nouveau de l'injustice à lui faite. « Non seulement il avait été déposé injustement, mais encore il avait été successivement traîné dans plus de vingt prisons, et il n'avait appris sa déposition que pendant sa captivité à Antioche. Il demandait donc une seconde fois que le jugement fût rapporté. » Les commissaires impériaux sollicitèrent l'avis des évêques ; aussitôt un grand nombre d'entre eux, les Orientaux surtout, et parmi les Orientaux, Patrice de Tyane, s'écrièrent : « Il est injuste de condamner un absent. Nous adhérons aux décrets de Tyr et déclarons qu'Ibas est l'évêque légitime. » D'autres crièrent: « Nous protestons, » et : « Il y a à la porte des accusateurs d'ibas ; qu'on leur donne audience. » Les commissaires les firent introduire ; c'étaient le diacre Théophile avec Euphrasius,
1. Les actes qui concernent cette affaire se trouvent dans le procès-verbal de la ve session de Chalcédoine, dans Mansi, op. cit., t. vu, col. 198 sq, ; Hardouin, op. cit., I. H, col. 503 sq.
3. Les ados de cette session se trouvent dans Mansi, op. cit.> t. vu, col. 203- 271 ; Hardouin, op. cit., t. il, col. 507-546.
Abraham et Antiochus. Le texte ne dit pas si ces derniers étaient clercs ou laïques. Théophile réclama la lecture des actesde Béryte, qui démontreraient la juste condamnation d'Ibas. Les commissaires demandèrent alors aux adversaires d'Ibas s'ils se présentaient comme accusateurs proprement dits contre Ibas, ou bien s'ils ne parlaient que dans l'intérêt de l'orthodoxie. Théophile répondit qu' « il lui serait dangereux, simple diacre, de se poser en accusateur, en outre, que les témoins manquaient pour cela. » On lui demanda des documents ; il indiqua les procès-verbaux de Béryte et du Brigandage d'Ephèse ; au sujet de ce dernier concile, il en appela au souvenir de Thalassius et d'Eusèbe d'Ancyre. A les entendre, ces deux anciens chefs du Brigandage d'Ephèse se souvenaient simplement, d'une manière générale, de la déposition de plusieurs évêques, mais eux-mêmes n'y avaient pris aucune part active. Les commissaires demandèrent si Ibas avait assisté au Brigandage d'Ephèse, et lorsqu'on eut répondu que non, on entendit de nouveau le cri des évê- [482] ques : « Il y a donc injustice ! » Théophile répondit : « C'est par le concile que la vérité doit être connue. » Eustathe de Béryte dit alors que, lors de l'enquête faite par le concile de Tyr (car ce qui suit prouve qu'il s'agit de cette enquête), il y avait eu trois, six et douze témoins prétendant avoir entendu de la bouche d'Ibas ces blasphèmes : « Je ne suis pas jaloux du Christ, de ce qu'il est devenu Dieu. » On demanda à Photius si cela était exact ; il répondit « qu'en effet des prêtres et des moines de la Mésopotamie avaient accusé Ibas de ces blasphèmes, mais que lui les avait niés, et alors, dit-il, nous avons dû, en notre qualité de juges, nous interposer et expulser de Tyr ces prêtres et ces moines, parce que toute la ville s'était fort scandalisée de ces paroles prêlées à Ibas. Comme ce dernier assurait, sous serment, n'avoir rien dit de semblable, et comme les témoins à charge étaient ou des amis ou des familiers des accusateurs (suspects par conséquent), les deux partis s'étaient réconciliés et étaient entrés mutuellement dans la communion l'un de l'autre 4 ».
Le secrétaire Constantin lut alors h s instructions de Théoclose II au ministre (tribun et notaire du prétoire) Damascius et le procèsverbal de ce qui s'était passé à Béryte 2. D'après ce procès-verbal, le premier septembre 448 ou 449, s'étaient réunis dans Yepiscopium
1. Mausi, op. cit., t. vu, col. 203-210 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 507-510.
Mansi, op. cit., t, vu, col. 210 %a. ; Hardouip, op. cit., t. n, col. 510 sq.