EXTRAIT
En publiant ce cinquième volume de VHistoire des conciles, je me sens obligé d'exprimer ma joie et mes remerciements pour le bienveillant accueil fait à mon livre aussi bien en Allemagne qu'à l'étranger, par des hommes de tendances et d'opinions assez diverses. Tous ont reconnu l'impartialité avec laquelle j'ai exposé des résultats acquis de la manière la plus scientifique. Je visais à produire une œuvre historique impartiale, à m'appuyer toujours sur les sources, à les interpréter fidèlement et à examiner rigoureusement levir valeur ; je voulais aussi tirer parti avec le plus grand soin de tous les travaux récents relatifs à mon sujet, me sentant décidément hostile à cette méthode arbitraire qui m'eût conduit à exposer l'histoire d'une manière trop subjective ou à apprécier les événements avec partialité. Je crois donc n'avoir jamais porté atteinte aux dogmes de l'Eglise auxquels je suis attaché du fond du cœur et j'espère avoir pu servir les intérêts de cette sainte Église. Il me semble n'avoir nui en rien à la dignité des historiens catholiques.
Tous les collecteurs et les historiens des conciles ont autrefois fait l'exposé de chacun d'eux en particulier sans les relier ni à l'histoire de leur époque ni à celle de l'Église ; ils les ont traités [tour ainsi dire d'une manière atoinistique. Mécontent de cette méthode peu scientifique, j'ai essayé de faire l'historique de chacun d'eux tout au moins des plus importants en montrant la part qu'ils avaient eue dans la formation historique de l'Église et de faire ressortir ainsi leurs véritables conséquences. Serait-il possible par exemple de parler du concile de Chalcédoine sans traiter en même temps de toute la discussion christologique ? Ainsi il est arrivé que V Histoire des conciles s'est souvent transformée en histoire de l'I^'.glise et des dogmes, ce qui, je pense, ne saurait lui nuire, mais devra augmenter plutôt sa valeur et son utilité.
En abordant cet ouvrage, j'avais l'intention de m'y borner à l'historique des dogmes tel qu'il ressortait de l'examen des conciles et je me proposais d'écrire cinq volumes. Mais des hommes cminents m'ont manifesté leur désir d'y trouver tout ce que renferment avec tant d'abondance les conciles relativement au droit ecclésiastique, à la liturgie et à la morale, de sorte que mon œuvre fût également utile aux théologiens, aux canonistes et aux historiens de la civilisation. J'ai donc été amené à étendre mon sujet et à augmenter le nombre des volumes; le lecteur me le pardonnera d'autant plus sûrement que mes efforts pour être bref sont bien visibles.
Ce cinquième etnouveau volume, s'étendant dupontificatdeGrégoire VII à la mort de Frédéric II, traite de la période la plus agitée du moyen âge, du conflit entre la papauté et le pouvoir impérial. Dans cette grave question, il m'a fallu accorder mes sentiments patriotiques d'Allemand avec mes sentiments chrétiens, exposer de sang-froid les faits tels qu'ils se sont passés, apprécier impartialement les caractères, levirs volontés et leurs efforts, faire ressortir consciencieusement la lumière et les ombres et conserver la netteté du coup d'oeil et le calme de l'esprit. Y ai-je réussi ? Ceux-là en jugeront qui unissent le sérieux à l'amour de la vérité et qui ne cherchent pas dans l'histoire des arguments en faveur de leur préventions.
Par suite des relations étroites qui ont existé au moyen âge entre l'Eglise et l'empire, l'histoire des conciles de cette époque reproduit aussi en grande partie l'histoire de l'empereur et de l'empire, aussi je crois avoir contribué à élucider plusieurs ])oints importants de cette dernière histoire, par exemple la paix de Venise en 1177, dont j'ai pour la première fois donné un exposé exact.
TiXhui'^ue, le i*^"" <u)àl 1863.
IlEFELE.
J'appris, il y a quatre ans, que l'auteur de V Histoire des conciles avait résolu de ne pas pousser la revision de son œuvre au delà du tome iv de la deuxième édition ; en même temps, il me faisait demander d'assumer cette revision pour les volumes suivants. Une grave question, je l'avoue, se posa à moi. Bien qu'occupé depuis des années par l'étude de l'histoire ecclésiastique, je me sentais trop novice pour tenter de mettre la main à une œuvre telle que V Histoire des conciles d'Hefele. Sur ces entrefaites, une gracieuse lettre de mon vénéré maître et évêque fit brvisquement cesser mon hésitation. « Mettez- vous courageusement à l'œuvre, m'écrivait-il; lorsque vous serez à l'eau, il faudra nager par force. » Je me décidai, et j'ai retiré plus de profit personnel de ce travail que je n'ai pu y introduire d'améliorations ; j'ai cependant fait les plus sincères efforts pour que cette seconde édition du tome v ne fût pas indigne de l'œuvre monumentale. Je puis me rendre cette justice que j'ai non seulement tenu compte des indications secondaires les plus récentes, mais que j'ai utilisé scrupuleusement les sources découvertes depuis peu. Je n'ai pu utiliser que la première livraison de la deuxième édition des Regesta pontificum de Jafïé : à côté des collections de Mansi et d'Hardouin, j'ai cru devoir consulter aussi celle deLabbe si souvent utilisée, surtout en France. J'ai mis également à profit celle de Coleti, à Venise, en 1730, t. xiii et xiv. En ce qui concerne les travaux plus récents, mes notes fournissent toutes les explications nécessaires. Ceux qui ont quelque expérience du maniement des textes en si grand nombre et delà difficulté d'y faire un choix, sauront apprécier les difficultés que j'ai rencontrées ^.
I. Je me permets de reprendre pour mon propre compte cette remarque. Le nombre des textes ne s'est pas sensiblement accru depuis vingt-cinq ans, mais le nombre des dissertations est toi qu'il a fallu parfois me résoudre à faire des coupes sombres dans cette forêt où les hautes futaies sont plus rares que les buissons rabougris. Et pour parler franc, je dois dire combien sont décevantes
Je crois pouvoir insister sur les accroissements de cette deuxième édition, qui compte cent vingt-six pages de plus que la précédente ; en outre quarante-huit conciles nouveaux dont seize ont une grande importance ont été intercalés à leur rang chronologique. Quand je parle de corrections, je prie le lecteur de ne pas m'attribuer la prétention et la fatuité de renchérir sur le travail d'un évoque tel que Hcfele ou de rectifier son œuvre ^ ; mais pendant ce laps de vingt années écoulé depuis la première édition, les recherches historiques poursuivies sans relâche ont mis au jour toute une série de nouvelles sources et la critique a permis de considérer certains événements d'une manière différente de jadis. Je me suis efforcé d'utiliser les résultats de ces recherches et par suite de remanier le texte de la première édition lorsque cela m'a paru nécessaire. Les lecteurs compétents pourront dire si c'est à tort ou à raison que je puis dire que cette nouvelle édition a été améliorée, lorsqu'ils
beaucoup des dissertalions alléchaiiLcs sur la foi d'un titre ([ui prouicL tout, quand le texte ne donne rien ou très peu. Discussions rébarbatives, coujeelures encombrantes, critiques obsti'uctionriistes, tout cebi pulbilc à l'aise, dans bon nombre de' revues allemandes, sans grande utilité, sinon de montrer une fois de plus que l'antiquité et le moyen âge ont été inventés pour foui'nir du pain aux professeurs. Quoi qu'il en soit, j'ai omis parfois des Litres de liNre-s généraux eu de dissertations spéciales qui m'ont semblé }ie rendre aucun sei'vice, n'apporter pas le moindre éclaircissement sur un sujet déterminé. II y aurait une Ijcsogne trimestrielle de déblaiement à accomplir relativement à cette production germanique, un catalogue raisonné des travaux durables et de leurs résultats acquis ; un service de voirie analogue à celui dont se chargent la Revue de philologie et les Analecla hollandiaim . chacune dans sa partie spéciale, avec tant d'autorité et tant d'utilité;on y sufTu'ait sans troj' de peine. Pour tant de travaux prétentieux et hypothétiques, le plus souvent dix lignes, vingt peut-être suffiraient, quelquefois une ligne. (H. L.)
1. Fatuité ou non, Hcfele s'est mépris parfois, c'est l'humaine condition, et quand nous avons pu le constater nous ra\ons montré. Le mérite véritable d'Hefele se trouve dans sa sincérité et dans sa haute conception historique. Si quelques détails sont sujets à être retouchés, ils laissent intacte l'œuvre d'ensemble. Dans ce volume, comme dans le précédent, nous verrons Ilefelc ému et disposé à faire usage d'une balance légèrement altérée lorsqu'il s'agit d'événements qui concernent l'Allemagne. Lui-même se rendait compte vaguement dans la préface du présent volume qu'il avait un effort à faire en pareille rencontre pour garder son sang-froid. Il n'y a pas toujours réussi. Nous ne le lui reprochons pas. Cette partialité partait d'un sentiment patriotique respectable et tout à l'honneur de celui qui l'éprouvait. Peut-être nous arrivera-t-il parfois, lorscjuc nous aborderons la continuation de cette histoire, de ne pas y échapper pour notre propre compte. (H. L.)
auront pris connaissance de l'ouvrage entier ou tout au moins des §§ 568, 569, 572. 577, 579, 580, 581, 583, 590, 591, 594, 596, 599, 601, 602, 603, 609, 611, 613, 614, 615, 618, 619, 632, 633, 638, 649, 652, 656, 659.
Relativement à ma méthode historique, j'ai été fidèle à celle que m'avait jadis inculquée l'auteur lui-même. C'est celle que nous enseigne le bref Sxpe nuviero ^. « L'historien ne doit rien dire d'inexact et ne rien cacher de la vérité, il doit faire en sorte qu'on ne puisse le soupçonner ni de sympathie ni d'antipathie. » Conformément à ces principes, je me suis efforcé d'éviter toute polémique ; si cependant j'ai pu laisser échapper çà et là quelques remarques incisives, je demande qu'on n'y voie qu'une preuve de la difficulté, malgré la meilleure' volonté, à conserver le calme nécessaire, en présence d'ouvrages historiques tendancieux et contraires à la vérité.
De nos jours, l'ars historica semble devenue, comme nous le dit le bref déjà cité, une conjuratio hominum adi^ersus veritatem.
Au sujet des modifications et additions apportées, je n'en dirai rien de plus pour ne pas m'attirer le soupçon d'un excès de présomption et surtout pour ne pas détruire l'harmonie de l'ouvrage entier ni le déparer aux yeux du lecteur. Qu'il me soit permis de fondre mon travail dans celui de l'auteur à qui je souhaite n'être pas resté trop inférieur. Je dois adresser mes plus vifs remerciements au ministre d'Etat, baron de Lutz, qui m'a ouvert la bibliothèque de l'État et celle de la Cour à ^lunich ; puis au directeur de cette bibliothèque, le D^" von Laubmann ; à la bibliothèque de Saint-Boniface et aussi au recteur D^ Hoffmann, directeur de la bibliothèque du cercle de Passau.
Ce travail me rappelle enfin nue des circonstances les plus douloureuses de mon existence ; tandis que je travaillais aux dernières feuilles, la mort m'a ravi subitement mon excellente mère, à la mémoire de laquelle je dédie ces lignes.
Passait, 2 février 1886.
Aloïs Knôpfler.