‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 104 sur 505 · l'opinion sauvegarde le pape 1G · texte numérisé non relu

l'opinion sauvegarde le pape 1G

m'enlever l'empire et la vie, parce que je veux tenir mon pouvoir de Dieu ol non de lui, et parce qu'il ne m'a pas fait roi. 11 a émis à plusieurs reprises et à noire honte ces prétentions ; bien plus, il a maltraité mes ambassadeurs qu'il a fait jeter en prison et souffrir de la nudité, du froid, de la faim, de la soif ; il les a môme, comme un autre Dèce, fait promener dans la ville comme des rygi martyrs ^. Aussi, mon bien-aimé, n'hésite pas à venir à Worms pour la fcte de la Pentecôte, afin de concerter la conduite <à tenir 2.» Les objections de Baronius à l'authenticité de cette lettre de convocation tombent quand on considère qu'elle ne se rapporte pas, comme il le croyait, au conciliabule de Worms, du 24 janvier 1076, et quand on consulte le texte publié par Mansi, par Pertz et par Jafîé. En effet, l'adresse de cette lettre ne porte que l'indication A.; on avait pu la croire envoyée à Annon de Cologne et Baronius avait raison d'objecter que ce prélat était mort à cette époque. Plus tard on l'a crue écrite à Adalbert de Wûrzbourg ; en fait elle fut adressée à Altwin de Brixen : son contenu ne laisse aucun doute à ce sujet.

Toutefois, les choses prirent en Allemagne une tournure très différente de celle qu'avait rêvée Henri. A la nouvelle de la sentence portée par le synode romain, une grande émotion s'empara, au rapport de Bonitho, de toute l'Allemagne. C'était la première fois qu'un roi romain allemand était ainsi frappé. Sous le coup de la surprise, un grand nombre de personnes, effrayées à la pensée des violences auxquelles Henri allait s'abandonner, ou par un patriotisme mal entendu, se répandirent en violences contre le pape. Peu à peu, cependant, beaucoup se convainquirent de l'équité de cette sentence, et leur nombre s'accrut d'autant plus qu'Henri ne se mit guère en peine de gagner à sa cause l'opinion publique en améliorant sa vie et sa politique. Le sentiment général lui fut donc de jour en jour

1. Il s agit de ce Roland que le pape avait fait épargner. Cet homme devint évêque de Trévise, cf. Udalric, Codex, 64, dans JaHé, Monuin. Bambcrg., p. lod; Anne Comnène, qui avait l'imagination erotique, imagine des mutilations telles qu'on en faisait dès lors à la cour de Byzance. Anne Comnène, Alexiadis, 1. I, c. XIII, édit. Bonn, 1869, t. i, p. 62 sq. (H. L.)

2. Mansi, Conc. nmpliss. coll., t. xx, col. 466; Mon. Gerni. hist., Leges, t. ii, p. 48 ; Monum. Bamhcrg., p. 106, n. 49. Hugues de Flavigny a raconté en détail les incidents qui se passèrent à Utrecht, pendant le séjour d'Henri IV, Chronicon, dans Mon. Germ. hist., Script., t. viii, p. 458. (II. L.)

plus défavofablp, o\ plusieurs morts subites ne contribuèrenl. pas peu à éloigner du roi bien des esprits. Guillaume d'Utrecht, si injurieux en paroles à l'égard du pape, tomba malade ; parmi d'atroces douleurs il hurlait qu'il se savait condamné, par un juste jugement de Dieu, à la mort éternelle. 11 mourut en désespéré et sans avoir reçu les sacrements de l'Église ^. Burchard, préfet de Meissen et favori du roi, fut tué dans une révolte, parce que, [79] montant un cheval vicieux, celui-ci d'ordinaire très vif, n'avait pas voulu avancer ; un seigneur de la suite du roi, chassant avec lui, tomba sur son couteau de chasse; un autre fut tué par son cheval; Gottfried, duc de Lorraine, henricien acharné, fut massacré à Anvers pendant la nuit, au moment où il sortait de sa chambre ^, et Robert, comte de Flandre, fut généralement accusé du meurtre ^ De ces coïncidences la renommée s'empara et les transforma en châtiments providentiels '*, Beaucoup de princes et d'évêques étaient mécontents de la conduite du roi, en particulier de sa soif incessante de vengeance contre les Saxons , et murmuraient contre son gouvernement capricieux et léger. A la tête des mécontents se trouvaient le gendre du roi, Rodolphe, duc de Souabe, les ducs Welf de Bavière et Berthold de Carinthie, les

1. Quelque temps .ivant sa maladie, il s'était brouillé avec le roi, qui n'avait pas tenu sa promesse d'élever le neveu de Guillaume sur le siège de Paderborn, Moji. Genn. hisL, Script., t. v, p. 283; Gtrôrer, Gregor VU, t. viii, p. 519. [Cf. Lambert de Hersfeld, Annales, dans Mon.Germ. hist., Script., t. v, p. 24^1 ; Bruno, De bello Saxonico, c. lxxiv, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 361. A la mort de Guillaume, la question se posa de savoir si on pouvait lui accorder la sépulture chrétienne, le pape fut consulté, cf. Regislrimi, 1. IV, n. 6 ; Mon. Gregor., p. 250; JafTé, Eeg. pont, roman., n. 5006. (H. L.)]

2. Gottfried fut assassiné à Vlaardingen; cf. Chronicon S. Huherti Andigavensis, c. xxxi, dans Mon. Germ. hist., Script., t. viii, p. 588 ; Annales Egmundani, ad ann. 1075, dans Mon.Germ. hist., Script., t. xvi, p. 448; Lambert de Hersfeld, Annales, ad ann. 1076, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 284. Cette mort débarrassait la comtesse Mathildc d'un sérieux adversaire et d'un mari assez peu exigeant. (H. L.)

3. Floto, op. cit., t. II, p. 97, observe ironiquement que « cette mort procurait un solide avantage au pape qui avait bien raison d'appeler Robert de Flandre son « très cher fils ». Hefele rétorque que la culpabilité de Robert n'est pas démontrée et les lettres du pape ne témoignent pas d'une tendresse particulière; souvent il blâme et évite de donner le titre de ddecto filio. C'est jouer sur les mots. Ce sont là des formules protocolaires qui n'engagent à rien, ne prouvent rien. (H. L.)

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