‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 112 sur 505 · DIÈTE A TRIUIR EN OCTOBRE · texte numérisé non relu

DIÈTE A TRIUIR EN OCTOBRE

d'une tlièlc à Tiibiir (près de Mayencc), afin de délibérer sur la silualioii (le rciupirc, c'est-à-dire, afin d'élire un roi. Tj'archevc(iue de Mayence, Siegfried, abandonna la cause d'Henri, et, au jour fixé, beaucoup de princes laïques et ecclésiastiques se rendirent à Tribur ^ .

Des hommes que séparaient des injures qui ne s'oublient pas, animés uniquement contre l'ennemi commun, firent trêve à leur haine; ainsi le duc Welf et Otton de Nordheim remirent à d'autres temps leur rivalité sur le duché de Bavière et se promirent un mutuel secours ^. Le patriotisme ^ fit croire que ce jour allait mettre fin à toutes les misères de la patrie *. Le pape, instruit de l'importance de la réunion projetée, y envoya Sigehard, patriarche d'Aquilée, et Altmann, évêque de Passau. Ce dernier, tout spécialement accrédité comme représentant du pape, avait pleins pouvoirs pour relever de l'excommunication tous ceux qui, ayant pris part au schisme d'Henri, auraient fait pénitence et donné satisfaction ; le pape s'était réservé l'absolution du roi ^.

1. On n'avait pas ménagé les lettres de convocation ; elles étaient parties pour la Souabe, la Bavière, la Saxe, la Lorraine, la France même, dans sa partie frontière des territoires germaniques. Ce renversement des situations avait été si brusque et le revirement des esprits si général qu'Henri IV en était réduit à considérer, inapuissant, les préparatifs de cette réunion de Tribur qui ne présageait pour lui rien de bon. (H. L.)

2. WeU avait abandonné son beau-père à l'heure de sa disgrâce, il avait de plus jugé le monient opportun pour lui de renvoyer sa fille, épouser une autre femme et recevoir le duché de Bavière, apanage de Welf. (H. L.)

3. Patriotisme, c'est bientôt dit ; en tout cas il devait entrer beaucoup d'alliage — et passablement impur — dans ce beau métal. (H. L.)

1. Quelque chose dans le genre de la fête de la Fédération du 14 juillet 17'JÛ. A Tribur, il y avait des haines et des énergies chargées pour durer jusqu'en 1132, comme au Champ de Mars il y avait assez d'ardeurs et d'illusions pour durer jusqu'en 1815. On ne brusque pas les révolutions et on ne les supprime pas. (H.L.)

5. Nous avons déjà vu un important synode à Tribur en mai 895. En 1076, la réunion n'a rien de conciliaire, c'est une véritable diète ; Labbe, Concilia, t. X, col. 355 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 1, col. 1563 ; Coleti, Concilia, t. XII, col. 597 ; IMansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 467 ; Arm. Schœfer, Die Filrslentag zu Tribur im Jalire 1076, dans Sybel, Hislorische Zeitschrift, 1862, t. VIII, p. 141-149; Phillips, Die grossen Synode von Tribur dargesielU mit BeniXtzung von Wiener, Miinchener und SalzbUrger Ilandschrifien, dans Sifzungsberichte d. Akad. Wissensch., 1865, t. xi.ix, p. 713-784 ; J. Goll, Der Furstentag von Tribur und Oppcnheini (1076), ein Beitrag zur Kritik der Quellen, dans Mtilheilungen d. Instil. œsterr. Gesch. forsch., 1881, t. ii, p. 389-399. Pour les

LIVIlE XXXI

Plusieurs cvcqucs abandonnèrent ù Tribur la cause du roi et [87] sollicitèrent d'Altmann l'absolution. On délibéra sept jours de suite sur la manière la plus efficace de venir au secours de l'empire, dont la ruine était imminente. Toutes les fautes commises par Henri depuis sa jeunessse furent énumérées ; on le rendit responsable de tous les malheurs, et on déclara que l'unique moyen de salut était dans la déposition du roi et la nomination d'un successeur.

Pendant ce temps Henri, non loin d'Oppenbeim, s'entoura de ses gens et de ses fidèles. De là, il envoya presque chaque jour des messagers à Tribur, faire en son nom toutes sortes de promesses pour l'avenir. Il assurait que ses bonnes œuvres effaceraient SCS injustices, et que désormais il gouvernerait constamment avec le conseil des princes. Enfin, il se déclara prêt à renoncer au pou^ oir royal, si on lui en conservait la dignité et le titre jadis

Icllrcs poiUificalos de rcUc période, Regisiniin, 1. IV, n. 1, 2, 3; EpLst. collecUe, II. 13, 14, 15, dans Mon. Gregor., p. 238 sq., p. 534 sq; Bernold, dans Mort. Germ. hifil., Scripl., t. v, p. 433 ; Berthold, dans Mon. Germ. hist., Script., 1. v, p. 286 sq., Berthold dit que les lettres du pape présentées au roi étaient retouchées ; ainsi la conclusion de Promissionis, dans Mon. Germ. hist., Leges, sect. iv, part. 1, n. 64, p. 114, est ridicule et offensante pour Grégoire; A. Hauck, A'f'rc/tcngesc/uc/t/c Dculschlands, t. m, p. 806, note 1 ; Krause, Die Triburcr Acten in der Châlonser Handschrijl, dans Neiies Archiv, 1893, t. xviii. Lambert de Hersfeld, dans Mon. Germ. liist.. Script., t. v, p. 252, rapporte que des moines issus de familles nobles vinrent par ordre du pape à Tribur y proclamer la justice de l'excommunication cl le devoir du pape de promettre son assentiment et son aide à l'élection d'un nouveau roi; ces points sont en contradiction avec les propres déclarations du pape et avec l'attitude dont il ne se départit jamais ; le récit de Lambert ne peut donc être tenu pour exact. Si leur intervention à Tribur est réelle, on peut admettre que ces laîci étaient des hommes de haute naissance adonnés volontairement à la vie ascétique [rclictis magnis opilus) qui parcoururent l'Allemagne pour répandre parmi le peuple les lettres du pape, y compris celle du 3 septembre 107G, et qui se rendirent dans ce but à Tribur.

Outre Lambert, il faut consulter Bruno, De bello Saj:onico, c. lxxxviii, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 286. D'après Berthold, on fit choix de Tribur afin d'être à proximité d'Oppenheim ; mais la citation remontant à la réunion d'UIm, en août, il est au moins douteux qu'à cette date on sût avec certituae où se trouverait Henri le 16 octobre et plus douteux encore, au point où en étaient les choses, qu'on se préoccupât beaucoup de savoir où il serait, et où il ne serait pas. D'après Berthold, c'est à Parthénopolis et non à Tribur qne la réunion avait été primitivement fixée. On adopta Tribur pour se rapprocher du camp royal d'Oppenheim. D'après Giescbrecht, op. cit., p. 1136, ce Parthénoi)olis serait Magdenbourg près de Trifels. (II. L.)

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reçus régulièrement et qu'on ne pouvait lui enlever sans déshonorer l'empire. Les princes déclaraient ne pouvoir se fier à ses promesses, il y avait trop souvent manqué, et ils seraient insensés de ne pas saisir l'occasion offerte par Dieu même, puisque, à cause de ses fautes, il était retranché du corps de l'Eglise, et que tous étaient déliés à son égard du serment de fidélité. Les préparatifs étaient faits pour attaquer le lendemain le camp du roi, et commencer ainsi la guerre civile, lorsqvie les princes, poussés par les légats de Grégoire, qui voulait l'amendement ^, mais non la perte d'Henri, et qui tenait à éviter la guerre civile ^, firent au roi cette suprême proposition : « On laissera au pape la décision ; à cet effet on tiendra à Augshourg, le jour de la Chandeleur ^, une diète dans laquelle le pape, après avoir ouï les parties, condamnera. [88] ou absoudra le roi. Si le roi accepte cet arbitrage, il doit avant tout en donner l'engagement écrit, promettre soumission et obéissance, rétracter sur le champ l'édit de Worms et éloigner sans délai ses amis excommuniés ; de plus, il devra se rendre à Spire sans armée, y vivre en simple particulier, n'entrer dans aucune église, ne s'occuper d'aucune affaire, ne pas porter les insignes royaux, rendre la ville deWorms à son évêque et renvoyer les otages pris aux Saxons. S'il manque à l'une quelconque de ces conditions, les princes se tiendront pour dégagés envers lui et dispensés d'attendre le jugement du pape.» Le roi était en telle détresse, qu'il accepta ces conditions, promit ce qu'on lui demandait, renvoya ses amis excommuniés : les évêques de Cologne, Bamberg, Strasbourg, Bâle, Spire, Lauzanne, Zeitz et Osnabrûck, ainsi que les comtes Kberhard de Nellembourg, Ulrich de Gosheim, Hartmann et d'autres, retira ses troupes de Worms, les licencia et se rendit à Spire où il vécut en effet, pendant quelque temps, de la manière qui lui avait été prescrite ^.

Pertz a tiré de deux manuscrits de Banîberg et de Hanovre deux formulaires contenant la déclaration d'obéissance au pape

1. 11 y a des hommes qui ne s'amendent pas. Les légats, s'ils comptaient encore sur cet amendement problématique, n'avaient rien de plus opportun à faire que de laisser Henri s'anaender dans la vie privée. (H. L.)

2. Knôpfler, Die Tage ron Trjfcur und Canossa, dans Hist. polit. Blcitt., ii^/i, t. xciv, p. 209. sq.

3. 2 février 1077. (H. L.) 4. Lambert, dans Alon. Germ. hi^t., Stn'iit., t. v, p. 252 sq.; Rcrlliold, daiis Mon. Cerm. hisl., Script., t. v, p. 28G.

demandée à Henri. Le premier est un édit adressé aux princes et à tous les membres de l'empire ; l'autre est une promissio faite au pape lui-même. On lit dans ïedictum : « Ayant appris, par quelques-uns de nos fidèles, qu'on nous avait arraché des mesures désagréables pour le Siège apostolique et pour le vénérable pape Grégoire, nous avons résolu, après de salutaires délibérations, d'infirmer la sentence rendue antérieurement (àWorms), de témoigner en tout de notre obéissance au Saint-Siège et au pape comme l'ont fait nos prédécesseurs et nos aïeux et, dans le cas où on nous accuserait encore de méfaits plus graves, nous sommes prêts à lui donner toute satisfaction. Quant à vous? vous devez suivre mon exemple et ne pas différer de donner satisfaction à saint Pierre et à son représentant; de même tout [89J excommunié doit demander au pape son absolution solennelle.» L'autre document, la promissio, est ainsi conçue : « Sur les conseils de mes fidèles, je promets au Siège apostolique et à toi, pape Grégoire, de me montrer en tout obéissant dans la mesure voulue, et de donner satisfaction pour tout ce que j'ai pu faire contre ce Siège ou contre ton honneur. Comme on m'a imputé de plus grandes fautes encore (contre ce Siège ou contre toi), je prouverai mon innocence à cet égard par témoins, ou bien je me purgerai par un jugement de Dieu, enfin je ferai la pénitence qui me sera imposée. Mais il convient aussi que Ta Sainteté connaisse les bruits qui, au grand scandale de l'Eglise, ont été répandus contre elle, afin que tu écartes ces soupçons de la chrétienté et que tu raffermisses le repos de l'Eglise et de l'empire ^. » Berthold assure que la forme de la Promissio avait été d'abord arrêtée entre le roi et les princes, mais qu'Henri l'avait ensuite changée ^. Aussi se demande-t-on si notre formulaire de la promissio est le texte primitif ou un texte altéré. On a peine à croire que les princes aient accepté la fin étrange et la grave injure qu'elle contenait contre le pape. Cette fin ne s'accorde guère avec l'autre partie de la promissio, qui est polie. Aussi peut-on assurer que c'est une addition faite par Henri et par son parti ^. Il est cependant difficile d'admettre

1. AIoii. Germ. hisl., Leges, t. ii, p. 49 ; Watterioh, Vitde poiitif. rom., t. i, p. 386 sq.

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