‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 128 sur 505 · Élection de Rodolphe de Souabe · texte numérisé non relu

Élection de Rodolphe de Souabe

Lorsque les évêques ^ et les princes de l'empire, pour la plupart saxons ou souabes (ennemis déclarés d'Henri), se furent réunis le 14 mars 1077, à Forschheim, non loin de Bamberg, les légats pontificaux renouvelèrent toutes les plaintes sûr les injustices commises par Henri et les maux innombrables qu'il avait déchaînés, sans s'opposer en principe à l'élection d'un autre roi, puisque le pape leur avait défendu d'obéir à Henri ^ ; néanmoins, fidèles à leurs instructions, ils écartèrent tout projet d'élection

1. Paul de Bernried, Viia Gregorii, dans Wattericli, Vitse poniif. roman., t. i, p. 527 ; P. L., t. cxLviii, col. 81 ; Mon. Germ. hist.. Script., t. v, p. 262. Cf. O. Delarc, Saint Grégoire VU, t. m, p. 295, note 1. (H. L.)

2. Annales Y bargenses, ad ann. 1077, dans Moniim. Germ. hist., Script., L. xvi, p. 437. (H. L.)

3. Berthold, Annales, ad ann. 1077, dans Monum. Germ. hist., Script., t. v, p. 292 : Legali Sedis apostolicœ audito illo tant sacrilego Jiomine, non parum quidam mirali sunt, quod quamdiu illum super se sustinuer uni. Verumtamen id quod injunctum erat eis, non reticehant, quum potins in audientia cunctorum propalabanl suœ legationis commonitorium, utsi quolibet suœ cautionis cn-tificio posset fieri, islo adhuc aliquamdiu qualitercumque sustentato, alium sibi regem nequaquam constituèrent ; alioquin ipsi, quia nndto melius suce necessitatis expertum non ignorarent periculum, quodcumque sibi optimum prœ céleris judicarent, apostolico non contradicente, peragercnt. D'après Paul de Bernried, cette première séance n'aurait pas suffi à l'exposition complète des plaintes et accusations élevées contre le roi. (H, L.)

immédiate, suivant la lettre du pape dont ils étaient porteurs *. Les princes se récrièrent, alléguant que le retard apporté à l'élection allait causer de grands malheurs -; les légats n'osèrent résister davantage et permirent «{lie la (juestion fût mise en délibération. Les évoques et les princes de l'empire réunis séparément ^, délibérèrent sur le choix d'un candidat. Le lendemain 15 mars, on procéda à l'élection ; le premier, Siegfried de Mayence, donna sa voix à Rodolphe de Rheinfelden, duc de Souabe; finalement l'accord se fit sur Rodolphe. Tous les évêques, les princes et le peuple, adhérèrent à ce choix et prêtèrent au nouveau roi serment de fidélité ^. Plusieurs voulurent mettre des conditions à leur vote, en particulier Otton de Nordheim, qui exigeait de Rodolphe en échange de sa voix la promesse formelle de restitution du duché de Bavière, ce qui aurait eu pour premier résultat de tourner les Welfes contre Rodolphe. Les légats du ])ape intervinrent, montrant le tort que causeraient ces querelles privées, et obtinrent que l'assemblée se contentât de la promesse du roi, d'être juste envers tous ^. Néanmoins, on exigea de lui des engagements précis d'une importance capitale : 1) Il ne distribuerait pas les évêchés à prix d'argent ni suivant son caprice ; chaque église pourrait élire canoniquement son évêque parmi ses propres membres. 2) La dignité royale ne serait pas héréditaire ^. Cela fait, Rodolphe et les princes se rendirent à Mayence

1. Epist. colleclx, n. xx, dans Mon. Grcgor., p. 515 ; Reg. pont, roin., w. 5010 (IL L.)

2. Paul de Bei'iiried rcsuiuc rargumcntatloii des membres de l'assemblée de Forsclilieim. (H. L.)

S.Bertbold, Annales, ad ami. 1077, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 292, mentionne deux groupes délibérants : episcopi seorsum et senatoriiis ordo seorsunt ; les évoques furent les premiers décides, le reste se rangea à leur opinion : touicfois Paul de Bernried ne fait pas la distinction des deux groupes. (II. L.)

'i. Bcrthold, dans Mon. Genn. histor., Script., t. v, p. 292 ; Paul Benuicd, dans WatLericIi, Tto ponlif. roman., t. i, p. 529 ; (ifriher, Grcgor VII, t. vu, p. 597 sq.

5. Bruno, De hello Saxonico, i\. xci, dans Mon. Germ. Itist., Scripl., t. v, p. 365.

6. Lt episcopalus non prctionec pro amicitia darel, sed unicuique ecclesiir de suis electionem, siciit jubeni canones, permilterel. Hoc etiam ibi consensu communi comprobatum, Romani pontificis auctoritale est corroboralum (?) ut regia potcstas nulli per Im'rcdilalem, sicut antc fuit consuctudo, cederel, sed filins régis, etiam si i'alde dignus esscl, potivs per electionem spontaneam, quam per successionis lineam rex proveniret ; si vero non esset dignus fdius régis, vcl si nollet eum populus- 0. Delarr, op. cit., t. m, p. 299 :« Le sons et la portée de l'élection de Forschheim

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par Bainberj;- et Wiirzbourg. De cette dernière ville, Rodolphe informa le pape de son élection ; il loi promettait obéissance, et lui demandait de se rendre le plus lot possible en Allemagne lui promettant une escorte sûre ^ Il fut ensuite solennellement sacré à Mayence, le 26 mars 1077 ^, par l'archevêque Siegfried. Dans l'après-midi, au cours des réjouissances, des bourgeois de Mayence se mêlèrent aux chevaliers, leur cherchèrent querelle, et l'un des chevaliers eut sa collerette déchirée. Les bourgeois étaient armés ; leurs adversaires, venus pour les jeux, étaient sans armes ; aussi croit-on que les habitants de Mayence avaient provoqué cette émeute par attachement pour le roi Henri, dans l'espoir que Rodolphe accourant au secours des siens, il serait possible, au milieu du [lUOJ tumulte, de le tuer ou de le faire prisonnier. Le roi voulait en effet porter secours à son escorte, mais on le retint par crainte de quelque embuscade. Les chevaliers, réfugiés dans l'église de Saint-Martin, s'y rallièrent, prirent leurs armes, et attaquèrent les bourgeois dont plus de cent payèrent de la vie leur imprudence ^. Le lendemain, les jjrincipaux de la ville vinrent humblement s'excuser auprès du roi, et lui jurèrent fidélité ; mais Rodolphe, ne se fiant pas à leur parole, gagna Augsbourg par liorsch, Esslingen et Ulm, où il célébra les fêtes de

étaient fort bien définis par cette double réserve imposée au pouvoir royal; c'était évidemment un retour ofïensif de Taristocratie contre la monarchie héréditaire, une protestation d'autant plus énergique que la monarchie venait de se montrer plus oppressive et plus tyrannique. Les tristes souvenirs de la minorité d'Henri IV étaient encore vivants dans toutes les mémoires; on ne pouvait oublier si rapidemejit ce que le pays avait souffert, de là le désir de ne plus recomniencer de si tristes expériences, de ne plus passer par de telles épreuves; de là cette afTirmation que le peuple avait le droit d'acclanaer roi celui qui lui paraissait le plus digne et (.le laisser là le iils du roi, s'il n'avait pas pour gouverner les qualités nécessaires. ))(H. L.)

1. Paul deBornricd, dans Wattcrioh, t'iïœ poiil. roiii., t. i, p. 532 ; Mon. Crel-or., p. 'lO-2.

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