‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 139 sur 505 · CONCILES EN ANGLETERRE, EN ECOSSE, ETC · texte numérisé non relu

CONCILES EN ANGLETERRE, EN ECOSSE, ETC

Elle manque dans les Monuin. Giegorlana, ainsi que dans les Reg. poiil. rotn. et n'a été publiée que par extraits dans l'ouvrage du jésuite Malbraneq. De Morlnis, t. II, p. 835 et dans les Opéra diplomatica, d'Aubert Le Mire, t. iv, p. 5. Elle existe en deux expéditions authentiques et originales aux archives du chapitre de Saint-Omer (ii, 11. 55). « Pour attirer son attention sur les affaires de Tcrouane et probablement pour fixer à cet égard ses sentiments, en un mot pour lui faire prendre parti, le pape avait ou d'autres renseignements et d'autres suggestions que les rapports de ses légats, lis provenaient d'un personnage que nous ne pouvons qu'entrevoir, dont nous devons presque deviner le rôle, un chanoine de l'Église collégiale de Saint-Omer, du nom d'Enguerrand, qui avait vécu longtemps à Rome dans la familiarité de Grégoire VII ; il était de retour en Flandre dès 1076 et à cette époque le pape le recommande comme de bon conseil au comte Robert le Frison. « Registrum, 1. IV, n. 11 ; Mon. Gregor., p. 255 ; Reg. pont., roni., n. 5012. On peut juger de son influence par le nombre de lettres (lue lui adressa Grégoire VII : 25 mars 1075 ; 6 décembre 1075, 25 novembre 1078 (deux ce jour-là). On retrouve la trace de son action dans les événements de Térouanc. Appartenant au chapitre de Saint-Omer, il en partageait les ardentes rivalités contre l'abbaye de Saint-Bertin dont le vieil évêque Drogon avait toujours favorisé les prétentions.

« Instruit de l'état du diocèse et des dispositions du clergé, tant par Enguerrand que par ses légats, Grégoire VII appuya ceux-ci par des lettres qu'il écrivit le niènic jour, 10 novembre 1076, l'une au comte, l'autre à la comtesse de Flandre, au sujet des clercs mariés. Regisliuni, 1. IV, n. 10, 11; Mon. Gregor., p. 25'i-255; Reg. pont, rom., n. 5011, 5012. A la comtesse il dit qu'il a appris (lu'on tolérait chez elle que des prêtres lornicateurs s'approchassent des autels; il lui déclare qu'elle doit à tout prix n'employer pour célébrer les saints mystères que des clercs qui vivent chastement, que les autres doivent être chassés des églises et dépouillés de leurs bénéfices ; il ajoute qu'elle doit se garder d'écouter les doctrines de l'archidiacre Hubert que son légat a convaincu d'hérésie à Montreuil. La lettre au comte est plus pressante et plus violente. Grégoire a appris que sur ses domaines les clercs fornicateurs ne rougissent pas de toucher presque au même moment le corps d'une courtisane et celui du Christ — il ne faut pas oublier que ces expressions emphatiques désignaient un clergé relativenaent chaste, mais peu disposé au célibat. ■ — Le comte doit, de tout son pouvoir, combattre le crime et la simonie. Après avoir, comme d'habitude, cité quelques autorités à l'appui de ses paroles, Grégoire continue, en s'emportant contre les évèques, le commentaire du texte, sacerdolcs mali ruina populi : la plupart ne défendent pas la justice, s'elîorcent d'obscurcir le droit, il les faut tenir non pour évêques mais pour ennemis du Christ, ne leur prêter aucune obéissance. II conclut en engageant le comte à méditer cette lettre avec le chanoine Enguerrand et en lui promettant la vie éternelle s'il se conforme aux désirs du Saint-Siège. Il est à croire que le comte de Flandre n'obéit pas à Grégoire VII, que l'évêque de Térouane résista aux légats, car moins de deux ans plus tard, nous voyons que le vieil évêque Drogon avait été interdit au concile de Poitiers par le fougueux évê(iucde Die, et le comte de Flandre excommunié par l'évêque de Langres et le légat Hubert. L'évêque de Térouane ne survécut guère à l'interdit qui l'avait frappé ; son métropolitain avait intercédé pour lui auprès du Saint-Siège ; il était si vieux, disait-il, si près de la mort, qu'il était bien à redouter de le voir mourir sous le coup de

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Vers ce mcmc temps, Manassès écrivil au pape pour pj'otester de sa soumission, se plaindre de l'archevêque de Vienne et d'autres évoques, et demander instamment que, conformément aux privilèges de l'Eglise de Reims, le pape l'autorisai à ne comparaître que devant lui ou devant un légat venant de Rome. Il comptait aller avant Pâques, à Rome où il rendrait compte des désordres de son diocèse. Jusque-là il priait le pape de n'accorder aucune créance aux faux bruits. 11 se plaignait des faux légats tels que Manassès (le prévôt), et le comte Œgbald, et demandait la réintégration de l'évcque de Térouane, que Hugues de Die avait interdit nonobstant son grand âge ^. Le [114] pape répondit négativement le 22 août 1078 ; l'archevêque devait rendre compte de sa conduite à Hugues de Die et à Hugues de Cluny, légats pontificaux, (jui examineraient ses plaintes contre l'archevêque de Vienne, etc. Grégoire écrivit à la même date à ses deux légats pour les charger de cette mission ^.

Le 6 décembre 1077 se tint un concile à Besalu en Catalogne, sous la présidence du légat du ])a])e Amat, évêque d'Oloron ^ : furent présents les évêcjues Bérenger d'Agde, qui avait abandonné le parti de son métropolitain Gaufried, Raymond d'Elne et Pierre de Carcassonne, ainsi que plusieurs abbés^. L'archevêque Gaufried

riiilcrdlctloii. Nous ne savons s'il fut ou put êlre l'objet de l'indulgence du pontife, peu sensible à l'influence de l'cvcque Manassès. Toujours est-il que nous voyons le légat Hugues, dans une lettre de l'année 1078, où il rend compte au pape de ses travaux, se plaindre amèrement de la bienveillance et de la faiblesse du pontife ; les simoniaques, les clercs suspendus ou inlerdits courent à Rome et, loin d'y trouver une justice sévère, ils sont sûrs d'y obtenir le pardon. » A. Giry, op. cit., p. 394-396. (H. L.)

1. Registriiin, 1. VI, n. 2 ; Mou. GVcifor., p. 322 ; Reg. poiil. runi., n. 5081 ; sur la date, cf. Dûnzelmann, dans Forschungenzur GeschichlcDculsclil., t. xv, p. 528. (H. L.)

2. Hcgistrurn, 1. VI, n. 2 ; Mon. Grcgor., ]>. 325 ; Heg. pont, roui., n. 5082 ; Hugues de Flavigiiy, Cliroincon, dans Mon. Gerni. Iiisl., Script., I. viii, p. 'iLÔ ; cf. Diinzelmann, loc. cit., p. 528. Outre la lettre que Hefclevient danalyscr, Manassès en écrivit une autre beaucoup plus violente retrouvée et publiée par Sudendorf, Registrum fur die deutsche Geschichte, in-8, léna, 1849, t. i, p. 13, n. 9; trad. franc., dans O. Delarc, op. cit., t. m, p. 353-355. (H. L.)

3. Registrum, 1. IV, n. 28; Mon. Gregor., p. 283 ; Reg. pont, rom., n. 5041. (H. L.)

4. Besalu, province de Girone, Catalogne; Coleti, Concilia, t. xii, col. 609 ; Mansi, Conc. aiiipliss. coll., t. xx, col. 491 ; Fiorez, Espana sagrada, t. xliii, p. 480-481 ; Marlènc, 'Jlien. now anecd., t. iv, \). 1187 ; P. L., t. clv, col. IG'io^ {H. L.)

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de Narbonne fut de nouveau excommunié ; tous les abbés simoniaques du comté de Bcsalu furent chassés et remplacés par d'autres, conformément à la règle de saint Benoît ^.

Dans les dernières semaines de l'année 1077 a dû se tenir le second concile français qui, sur l'ordre du pape, s'occupa des troubles survenus dans l'Église d'Orléans. Sans avoir l'âge requis et sans élection canonique, Rainer était monté sur le siège épiscopal de cette ville, et avait vendu un grand nombre de places ecclésiastiques. Plusieurs fois mandé par le pape, il n'avait jamais comparu; aussi fut-il suspendu et excommunié; mais il continua à exercer ses fonctions. Le pape chargea (6 octobre 1077), les archevêques de Sens et de Bourges de réunir un concile qui déposerait, en vertu de l'autorité apostoli([ue, l'évêque d'Orléans, s'il ne comparaissait pas ou s'il ne pouvait se justifier^. Une lettre du même jour fait connaître à l'évêque Rainer le véritable état des choses ^. Une troisième (29 janvier 1078), adressée aux habitants d'Orléans, prouve que le concile a eu lieu et a prononcé la déposition de Rainera On lui donna alors pour successeur un certain Sanzo ; cependant une partie du diocèse le repoussa et réclama à Rome. Grégoire se réserva une sentence définitive, il exigeait jusque-là pour [11;)] Sanzo le respect et les égards nécessaires.

Dans son rapport sur le concile d'Autun, Hugues de Die annonçait, pour le 15 janvier 1078, un synode à Poitiers ^. Il le réunit en effet, et adressa au pape une relation, source presque unique de ce que l'on sait sur cette assemblée. « Le roi de France a écrit à Hugues de la manière la plus amicale, il n'en a pas moins défendu très expressément à ses comtes et à ses évêques de prendre part aux conpe/i^icu/a ou synodes que le légat tenterait de réunir, parce que l'éclat de la couronne en serait terni. A la suite de cette

1. Coleli, Concilia, t. xii, col. G09 ; Gams, Kirchengeschichte von Spanien, t. II, part, 2, p. 439 sq.; O. Delarc, op. cit., t. m, p. 366-368. (H. L.)

2. Regislrum, 1. V, n. 8 ; Mon. Gregor., p. 296 ; Reg. pont.,rom.,n. 5052. (H. L.)

3. Registrum, 1. V, ii. 9 ; Mon. Gregor., p. 297; Reg. pont, rom., n. 5053. (H. L.)

4. Registrum, 1. V, n. 14 ; Mon. Gregor., p. 304 ; Reg. pont, rom., n. 5064. (II. L.)

5. Labbe, Concilia, t. x, col. 366-368; Ilardouin, Conc. coll., t. vi, col. 1573; Coleli, Concilia, t. xii, col. 609 ; Mansi, Concilia, Suppl., t. ii, col. 34 ; Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 495 ; O. Delarc, Saint Grégoire 17/ cl la réforme de V Égliae au xi^ siècle, t. m, p. 356-362; Bouquet, Recueil des liisl. de la Gaule t. XIV, p. 615 ; P. L., t. c.Lvu, col. 509 (II. L.)

défense, les ennemis de la vérité se sont enhardis, et le synode a été tyrannisé par cette peste de l'Eglise, l'archevêque de Tours et l'évêque de Rennes. Celui-ci est parvenu à l'épiscopat sans avoir passé par la oléricature, et avait participé au meurtre d'un chevalier quand il était dans le siècle. Le vicaire du pape l'a suspendu provisoirement, laissant la décision dernière à Grégoire VII. Quant à l'archevêque de Tours, simoniaque, il est arrivé illégalement à ce siège. Il a lroiil)l('' le synode par ses criailleries continuelles et éhontées ; il a même introduit dans l'Église ses partisans armes, si bien que le frère Tiezo (messager de Grégoire à Hugues) a failli être massacré dans le tumulte au milieu duquel s'acheva la première session. Le lendemain l'archevêque a refusé de donner satisfaction pour ce délit et s'est comporté comme un fanatique. Hugues l'a suspendu jusqu'à décision ultérieure du pape. On a procédé de même à l'égard de quelques autres prélats, dont la lettre donne les noms. Le concile de Poitiers promulgua dix canons ^ : 1. Aucun

1. Ce concile de Poitiers fut assez mal accueilli en France. Deux documents du plus haut intérêt nous renseignent sur les sentiments d'une partie du clergé français. Des documents tels que la lettre des clercs de Noyon aux clercs de Cambrai et celle des clercs de Cambrai aux clercs de Reims sont rares, mais significacalifs. Ils prouvent que dans la région voisine de l'empire et du théâtre principal de la querelle des Investitures, le clergé de second ordre et le bas clergé opposèrent au décrets de réforme une résistance plus vive encore que celle des hauts prélats. Invités à garder le célibat et à se restreindre à une seule prébende (1077), les clercs cambrésiens ripostent avec une âpreté singulière. « Les Romains, disent-ils, s'attaquent à tout et ne reculent devant aucune entreprise. Voilà qu'ils osent amoindrir même la dignité royale, excommunier les métropolitains, déposer ou créer à leur gré les évêques, et cela sous le couvert de la religion ! Ils convoquent à cet effet de nombreux conciles et nous soumettent au tribunal de juges étrangers. Mais que sont ces prétendues réformes ? Des inventions, deâ suggestions de certains hommes qui conspirent pour détruire la religion catholique. Et ces hommes qui sont-ils ? Des imposteurs qui font toutes choses par esprit de lucre et dont la main est toujours tendue pour recevoir.Si ces hommes détestent le mariage, c'est qu'ils pratiquent avec impiété des vices qu'on ne peut même pas nommer. » Après cette sortie virulenle contre les légats étrangers, les clercs se retournent contre les évêques qu'ils accusent de n'être que l'instrument passif et aveugle des volontés de Hugues de Die. Leur conclusion est qu'il taut agir virilement et ne tenir aucuia compile des arrêts de ces conciles qui leur infligent tant et de si grandes humiliations. « Pour nous, ajoutent-ils, voici notre immuable décision. Nous voulons garder nos habitudes antérieures, permises par la sage modération de nos religieux ancêtres, et nous refusons de /lous soumettre en quoi que ce soit à des prescriptions aussi dangereuses qu'inusitées. »

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évêque, abbé, prêtre ou clerc ne doit recevoir de la main du roi, d'un comte ou d'un laïque, aucun évêché, abbaye, église ou fonction ecclésiastique quelconque. L'évêque ne doit recevoir de pareilles charges que de son métropolitain, et le clerc de son évêque. Dans le cas où, au mépris des canons, des laïques voudraient se maintenir par la force en possession des églises, ils seront frappés d'excommunication et ces églises d'interdit; seuls le baptême et les derniers sacrements y seront donnés, 2. Nul ne peut être préposé à la fois à deux églises, et quiconque a obtenu à prix d'argent une charge ecclésiastique devra être déposé sans autre formalité. 3. Aucun clerc ou laïque ne doit [116] émettre des prétentions sur les biens de l'Eglise à titre d'héritage, 4. Aucun évêque ne doit recevoir des présents pour la collation des ordres ou toute autre bénédiction, 5. Aucun abbé ou moine, et en général personne, ne doit imposer des pénitences, si l'évêque ne lui a pas commis ce soin {cura). 6. Les abbés, moines et chanoines ne doivent acheter aucune église ni faire un héritage sans l'assentiment de l'évêque du diocèse. Les revenus et les bénéfices des églises qu'ils avaient déjà leur restent, mais ces prêtres seront responsables vis-à-vis de leur évêque de la conduite des âmes et du service de l'église. 9. Les abbés qui ne sont que diacres doivent être ordonnés prêtres. De même celui qui a un archidiaconé doit être fait diacre; celui qui a une charge d'archiprêtre doit être ortlonné prêtre, 8, Les fils des prêtres, en général tous et les enfants illégitimes, ne peuvent être admis dans la cléricature, à moins d'entrer dans un monastère ou chc!Z les chanoines réguliers. Mais, même dans ce cas, ils ne doivent pas obtenir de prélature. Il en sera de même pour les serfs. 9, Aucun prêtre, diacre ou sous-diacre, ne doit avoir chez lui une concubine, ou une femme donnant lieu à des soupçons ; quiconque assiste à la messe d'un prêtre concubinaire ou simonianiaque sera excommunié, 10. Les clercs qui portent des armes ou font l'usure seront excommuniés.

Bouquet, Recueil des historiens de la France, t. xiv, p. 778 sq. ; A. Luchaire, Les premiers capétiens, p. 212- 213; O. Delarc, Saint Grégoire VII, t. m, p. 362-363, enfin le livre fondamental de A. Gauchie, La querelle des Investitures dans les diocèses de Liège et de Cambrai, in-8, Louvain, 1890, 1891. La réponse des clercs de Noyon est moins élevée de ton, Bouquet, Recueil, des hist. de la France, t. xiv, p. 780. Ces lettres visent explicitement des canons du concile de Pnitior?;. (ÎT. L.)

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Mansi a public un document ^ qui prouve que ces dix canons n'appartiennent pas, ainsi que Baronius et d'autres historiens l'ont soutenu, à un concile de Poitiers de 1100, mais à celui dont nous venons de parler. On dit en effet clans ce document cjue les canons furent publiés par Gosfred, duc d'Aquitaine, qui les notifia à ses sujets, et en particulier aux chanoines de l'église de Saint-Ililaire, dont il était abbé (laïque), et y ajouta diverses clauses. Le pape Grégoire parle du synode de Poitiers dans deux lettres ^ r{ui nous apprennent qu'on y trancha des conflits relatifs à la possession de cillas et d'églises.

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