CONFÉRENCE ET GUERRE CIVILE
fut massacrée par les paysans, entre autres Wezelin (Werner) de Magdebourg. Chaque parti s'attribua la victoire. Les rodolphicns envoyèrent à Rome les évoques de Wûrzbourg et de Passau, dans l'espoir d'entraîner la déclaration du pape. Grégoire refusa d'ajouter foi à leur relation (les henriciens avaient eux aussi chanté victoire), et d'entrer dans leurs vues ; alors les rodolphiens adressèrent au pape (automne), une lettre qui n'était rien moins que respectueuse {Noçit Sanctitas Vestra), l'invitant, entre autres choses, à ne plus exposer son nom à la risée universelle, en flattant des hommes tels qu'Henri, et lui déclarant qu'il ne pourrait jamais mettre fin aux maux de l'Eglise s'il n'avait le courage de lutter contre ses ennemis ^. [1231 Aussitôt après la bataille de Melrichstadt recommença la guerre civile, et Henri se déshonora en ravageant la Souabe (octobre 1078). Berthold nous apprend que des centaines d'églises furent pillées, souvent brûlées avec ceux qui s'y trouvaient, les crucifix abattus, les autels détruits, les femmes violées, les paysans mutilés ^. Ces ravages furent surtout épouvantables dans les environs d'Altdorf et de Uatisbonne, patrie d'origine des Guelfes. Le château de Tubingue, qui appartenait à Hugues comte de Montfort, fut assiégé et pris par Henri ; devant ses murs mourut subitement Udo, archevêque de Trêves. Plusieurs regardèrent celte mort comme le châtiment de l'homme qui avait préféré l'amitié d'Henri à la cause de la justice ^.
corps saxons repoussaient l'armée d'Henri IV et rétablissaient un peu les affaires. Dans chaque camp on cria victoire; cf. Bruno, De bello Saxoiiico, xcvi, dans Mon. Gerin. Iiist., Script., t. v, p. 367 ; Bcrnold, Chronicon, ad ann. 1078, dans Mon. Gerrn. hisl., Scripl., t. v, p. 435 ; Berthold, Annales, ad ann. 1078, dansMo/i. Gain. Iiist., Script., t. v, p. 312. (H. L.)
1. Bruno, De belle Saxonico, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 372; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. x, col. 386 ; Gfrôrer, op. cit., t. vu, p. 671 ; Giesebrecht , op. cit., t. III, p. 478 ; 4<^ édit., p. 1152, croit que cette lettre fut rédigée aussitôt après la bataille de Flarchheim.
2. Berthold, Annales, ad ann. 1078, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 313 : Mulieres iisqiie ad mortein constuprando nonnullas oppresserant, plerasque viriliter tonsuralas ac vestitas, captivas abduxerant; ligneam Christi criicifixi imaginem apud Altorf, et alibi etiam capile, manibus et pedibus detruncavevunt abscisis. Omne sacrum et divinum temerantes plus quam ethica insania, omnifaria pollueront. C'étaient des représailles ; les rodolphiens n'avaient guère traité autrement les paysans alsaciens et saxons. (H. L.)
3. Berthold, Bruno, dans Mon. Germ. Iiitil., Script., i. v, p. 313, 316, 361, 306.
240 LIVKK XXXI
Sans souci des lois de l' Église, le roi Henri donna l'archevêché de Trêves à É<rilbert prévôt de Passau, après avoir écarté l'élu suivant les règles canoniques; cet Égilbert était un adversaire déclare du pape, et Henri lui donna l'investiture par l'anneau et la crosse. Il venait d'en faire autant, pour Strasbourg, dont le siège n'était même pas canoniquement vacant.