CONCILE ROMAIN, CAUÈ.ME
On discuta si. par la consécration, le pain et le vin étaient changés suhstauiialiter au corps et au sang du Christ, ou bien s'ils n'étaient (ju'une figura du corps substantiel. La majorité défendit le premier sentiment qu'elle appuya de nombreux passages des Pères latins et grecs. La minorité ne céda qu'à la troisième session. Bérenger reconnut son erreur et signa la formule suivante ^ : « Moi, Bérenger, je crois de cœur et professe de bouche que le pain et le vin... sont changés sufesicrntialiter au sens véritable et propre au corps et sang du Christ, et sont, après la consécration le véritable corps du Christ, né de la Vierge et mort sur la croix, et le véritable sang du Christ, qui a coulé de son côté, et cela non pas seulement per signuin et s'irtutem sacramenti, sed in proprietate naturœ et in veritate substantiœ. » Le pape défendit à Bérenger de jamais discuter sur l'eucharistie, sauf pour convertir ceux qu'il avait induits en erreur. Plus tard Bérenger rétracta cette profession de foi et se plaignit que Grégoire (qu'il louait ordinairement), fût revenu sur sa décision du jour de la Toussaint l'année précédente. Alors en effet Grégoire avait loué la formule de jjrofession de foi de Bérenger, et déclaré qu'on ne devait rien y ajouter ni en retrancher [demi, et non pas doîui comme lit Mansi), ; mais plus tard il s'était laissé tromper par les évêques de Padoue et de Pise et lui avait imposé une autre formule ^.
1. Sur l'avis du diacre Albéric et des évêques Landulpli de Pise et Ulricli de Padoue, on imposa à Bérenger la formule suivante : Corde credo et are confileor : panem et \'inut)), quse ponuntur iii altari, per mysterium sacrée oralionis et verba noslri i?e(fp/>!p/o/7s substantialiter converti in veram et propriam et vivificatricem carnem et sanguinem Jesu Christi Doinini nostri, et post consecrationem esse verum Christi corpus, quod natum est de Virgine, et quod pro salute mundi oblatiun in cruce pependit, et quod sedet ad dexteram Patris, et ^'eruni sanguinem Christi, qui de latere ejus effusus est, non tantuni per signum et s-'irtutem sacramenti sed in proprietate naturse et veritate substanti-ï:. Martène, Thes.nov. anecd., t. iv, p. lO'i. Le mot substantialiter déplaisait à Bérenger qui demanda qu'on y substituât les termes: salwa sua substantia. Les évêques, soupçonnant quelque artifice, s'y refusèrent et Bérenger se soumit en déclarant s'en tenir aux paroles que Grégoire VII lui avait dites auparavant et se souciait peu de leur interprétation. Le pape, qui se trouvait compromis par cette insinuation, ordonna à Bérenger de se prosterner par terre et de confesser son erreur. Celui-ci s'exécula et jura qu'il ne discuterait plus jamais sur les saints mystères, excepté pour ramener à la foi ceux qui s'en étaient écartés par sa faute. (II. L.)