GRÉGOIRE VII TENTE UNE SOLUTION PACIFIQUE
leurs sièges, et faites-moi connaître le lien et la date de la Conférence, afin que j'y envoie les légats nécessaires. Soyez impartiaux, comme moi-même. Au sujet de l'abbaye de Reichenau, je vous ai chargés de la faire restituer à l'abbé légitime et d'obtenir l'éloignement de l'intrus (Ulrich de Saint-Gall). Si ce dernier s'obstine, vous devez l'excommunier, en vertu de la toute-puissance apostolique, et m'informer ensuite dans le plus bref délai, de tout ce que vous faites, et de tout ce qui vous arrive. » En terminant, le pape les invite encore à prendre particulièrement à cœur les intérêts de l'évêque de Worms; ce dernier, depuis longtemps chassé de son église, est venu à Rome implorer le secours du pape, mais n'a pu jusqu'à ce jour obtenir justice ^.
On voit que les légats du pape s'étaient montrés trop complaisants pour certains prélats henriciens et que les rodolphiens les soupçonnaient de vouloir faire décider le conflit en faveur d'Henri. Au rapport de Hugues de Flavigny, ils auraient en effet excommunié le roi Rodolphe pour usurpation ; mais Berthold et d'autres historiens mieux informés ne disent rien de pareil. Les légats regagnèrent l'Italie (automne 1079), après avoir reçu d'Henri de riches présents. Ulrich de Padoue, plus gagné à la cause du roi que son confrère, se hâta de prendre les devants ; il chercha partout à tromper et à gagner à la cause d'Henri les Lombards et les Romains, voire même le pape. Il vanta en [140] particulier le respect d'Henri à l'égard du Saint-Siège. Mais bientôt arriva à Rome un moine envoyé par Rodolphe, et en présence du pape, il formula contre l'évêque de telles accusations, qu'Llrich ne put nier et fut renvoyé couvert de honte ^. L'autre légat raconta exactement tout ce qui s'était passé, et Grégoire put se convaincre, qu'il n'y avait plus rien à espérer d'Henri 3.
En octobre 1079, Henri parvint à introduire la division parmi
1. Hugues de Flavigny, Chronique, dans Moti. Germ. hist., Scripl., t. viti, p. '150. (H. L.)
2. A ajouter à la galerie présentée dans l'Appendice du tome iv, part. 2, de l'Histoire des conciles, cf. Berthold, Annales, ad ann. 1079, dans Mon. Germ. hisL, Script., t. v, p. 323. (H. L.)
3. Berthold, dans Mon. Germ. hist.. Script., t. v, p. 322. Berthold ajoute que Grégoire adressa alors une lettre à Rodolphe et à ses partisans, mais ce qu'il en dit prouve qu'il tait allusion à la lettre du 1®' octobre, qui fut expédiée avant le retour des légats à Rome.
les Saxons : quelques-uns se séparèrent de leurs chefs ; d'autres promirent leur neutralité. Dès le commencement de 1080 Henri marcha contre Rodolphe,. Une première bataille eut lieu le 27 janvier, à Flarcheim, près de Mùlhausen en Thuringe ^. Victorieux au début, Henri finit par être écrasé, grâce aux dispositions prises par Otto de Nordheim. Les deux partis envoyèrent aussitôt de nouveaux ambassadeurs au pape, chacun s'attribuant la victoire, et attendant maintenant de Rome une sentence définitive en sa faveur. Mais Henri choisit pour ambassadeurs Liémar, archevêque de Brème, qui était suspens, et Robert, évêque de Bamberg, depuis longtemps excommunié. Berthold, dont la Chronique s'achève ici, assure (jue le roi leur donna beaucoup d'argent pour corrompre les Romains. D'après Bonitho, il fit dire au pape que, si Rodolphe n'était pas excommunié surle-champ, on nommerait un antipape. En effet, Henri, enivré de sa prétendue victoire, prit avec le pape un ton qui devait naturellement conduire à une rupture '^.
591. Concile romain du carême de 1080. Rodolphe est reconnu [141]
par le pape.
Grégoire célébra le 7 mars 1080, un concile'* dont le premier décret renfermait les articles suivants : 1. Quiconque aura reçu d'un laïque un évêché ou une abbaye, ne sera ni évêque ni abbé, et nul ne lui obéira. Il sera exclu de l'Eglise jusqu'à ce qu'il résigne sa charge. Il en sera de même pour les autres fonctions ecclésiastiques inférieures. 2. Un empereur, un roi, un laïque, qui donne
1. W. Martcns, Gregor VII, t. i, p. 189-190 ; Berthold, Annales, ad ann. 1080, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 324 ; Bruno, De bello Saxonico, c. cxvii, dans Mo)i. Germ. hisL, Script., t. v, p. 377-378.
2.[Slcnzel pense, t. i, p. 458, que les partisans de Rodolphe envoyèrent alors an pape la lettre Xon laid, tandis que Grésroire lui-même reconnaît, irf., t. u, p. 15G, que cette lettre l'ut envoyée dès l'année 1079; Gl'rorer, op. cit., (id., t. vu, p. 721) place aussi la lettre Non latet après la bataille ae Flarcheim. — Mais Giesebrccht croit que la lettre JSovit sanciitas doit être placée à la même époque.
3. Coll. regia, t. xxvi, col. 591; Labbc, Co;if(7(«, t. n, col. 381-385, 1830-1831; Hardouin, Conc. coll., t. vi, col. 1587 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 635; Mansi, Concilia, Suppl., t. ii, col. 46 ; Conc. ampliss. coll., X. xx, col. 531 ; Registrum,