‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 216 sur 505 · De la mort de Grégoire VII à la mort de Victor III · texte numérisé non relu

De la mort de Grégoire VII à la mort de Victor III

Dès la Pentecôte de 1085 et à peine la trêve dénoncée, la guerre civile recommença en Allemagne ^. Les évêques du parti du pape

l.« En Allemagne, il s'était passé, depuis la mort de Rodolphe de Rheinfelden, des événements qui avaient rendu inutiles pour Henri les résultats obtenus par la mort (de son compétiteur). Cette époque avait été celle du paroxysme de la lutte ; jamais la guerre civile et religieuse n'avait été plus vivement et plus sérieusement engagée. La nécessité d un nouveau chef apparut à tous les yeux. On n'avait plus à prendre dans la famille de l'empereur de personnage important, comme avait été Rodolphe, dont la défection ajoutait à la révolte un puissant effet moral, mais on chercha les mêmes avantages dans des conditions différentes. On les trouva dans la personne du comte Hermann, de la première maison non impériale de Luxembourg, capitaine habile qui pouvait par ses relations féodales intéresser dans la révolte une nation qui s'était jusque-là montrée disposée pour Henri, la nation de Lorraine, étroitement liée à celle de la France orientale ou teutonique. La politique se joignait à la renommée militaire pour conseiller ce choix, qui fut accompli en décembre 1081 à Ochsensfurst et consacré enl082par l'onction religieuse dans Goslar, la ville chérie des Otton, fondée par Henri l'Oiseleur lui-même, le chef de la grande dynastie nationale de Saxe. Otton de Nordheim était usé, il mourut en 1083, quelque peu discrédité. Berthold de Zàhringen cherchait trop ouvertement son profit personnel, et d'ailleurs son aspiration perpétuelle à l'empire était marquée d'une hésitation non moins constante. Il pouvait y avoir un intérêt public à le laisser en Souabe. Hermann était un cadet de grande race, d'origine carolingienne, d'attaches ottoniennes, fils de Gilbert, puissant comte de Luxembourg et de Salni en Ardenne. Ses oncles avaient été ducs bénéficiaires de Bavière, il était neveu d'un évêque de Metz et de Baudouin, comte de Flandre, allié des Wclfs, des maisons de Monlbelliard, de Ferrette, de Bar, d'Alsace, et de Boulogne, de la maison de Worms elle-même ; l'impératrice

durent prendre la fuite (vers le Danemark), et Henri distribua leurs sièges à ses créatures. Un grand nombre de Saxons et de

Cunégondc l'épouse de Henri le Saint, de Saxe, comptait parmi ses aïeule?. Par le choix d'Hermann de Luxembourg, les grégoriens avaient ébranle l'influence morale et personnelle de la maison de Franconie, dans la Basse-Lorraine, la Mosellane, l'Alsace et la France rhénane; mais la politique à laquelle était due l'élection de l'anticésar n'avait pas été du goût des fougueux et revèches Saxons, qui ne purent supporter longtemps d'être gouvernés par un Austrasien. Hermann débuta pourtant par des succès militaires. Il remporta sur les Impériaux une victoire à Hochstett. 'L'Amialista Snxo lui accorde les grandes qualités d'un guerrier.Il n'en obtint pas moins difTicilement l'obéissance et fut appelé par mépris le roi d'Eisleben, du lieu de sa résidence ; on le nomma Gousse d'ail, on le tourna en dérision, tant il est malaisé pour les chefs eux-mêmes de gouverner longtemps la révolte. Elu par un parti, sa chute fut préparée par le parti opposé. Il eut des faiblesses qui furent vainement rachetées par de nouveaux succès, et les revers de 1086 achevèrent de ruiner son crédit. Le margrave Ekbert de Brunswick, qui convoitait depuis longtemps la royauté, finit par se déclarer ouvertement contre lui et força son abdication. La tentative ambitieuse du Saxon fut plus misérable encore que celle d'Hermann, lequel revint modestement dans ses domaines des Ardennes. Les succès de la cause d'Henri IV en Allemagne étaient dus en grande partie à l'habileté courageuse et dévouée de Frédéric de Hohenstaufen, qu'Henri IV créa premier duc héréditaire d'Alsace et de Souabe, et auquel il donna sa fille Agnès en mariage, comme un éclatant témoignage de sa reconnaissance. Frédéric, dont le frère et le neveu furent successivement évoques de la puissante ville de Strasbourg, dut guerroyer longtemps avec les Ziihringen avant d'obtenir la possession paisible de son duché où sa race s'est assuré un empire d'affection qui a duré jusqu'à l'extinction de la maison de Souabe. C'est le petitfils de ce Frédéric, qui, sous le nom de Conrad III, a fondé cinquante ans plus tard la dynastie impériale des Hohenstaufen, avec laquelle a commencé une nouvelle phase de la lutte du sacerdoce et de l'empire.

« Pendant que ces faits se passaient dans l'intérieur de l'Allemagne, Henri consolidait son œuvre de réparation en fondant sur les flancs de la Saxe et de la Bavière, le royaume de Bohême, en faveur d'un duc national qui lui donnait depuis plus de dix ans des preuves et des gages d'une alliance fidèle. En Italie, l'empereur avait non moins habilement conduit ses affaires. Si le pape avait soulevé l'Allemagne contre Henri, à son tour ce dernier avait soulevé contre le pape l'Italie, où, malgré le vaillant appui de la comtesse Mathilde, Henri avait tenu Grégoire bloqué dans Rome même, pendant plusieurs (mois), et l'avait enfin obligé de déloger pour se réfugier chez les Normands. S'il avait été réduit à célébrer obscurément une des fêtes de la chrétienté en ses vieilles possessions de France rhénane, pendant que l'anlieésar Hermann célébrait Noël dans la cité impériale de Goslar, il avait à son tour intronisé le pape de son choix à Rome. La balance penchait évidemment en faveur d'Henri. En effet, si nous considérons l'état général des affaires, soit en Italie, soit en Allemagne, pendant les années 1085 et 1086, nous trouvons que la fortune d'Henri IV a complètement changé de face et que la grande œuvre de Grégoire VII est momentanément très

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