DE GRÉGOIRE VU A LA MORT DE VICTOR HT
Thuringiens se réunirent à Henri, qui leur promit la sauvegarde de leurs biens : sa victoire parut certaine. Mais, une fois de plus, il viola sa parole, et les Saxons suivis des Bavarois l'abandonnèrent. Les évoques chassés revinrent dans leurs diocèses, l'opposition fut dès lors dirigée par le prudent et énergique margrave Ekbert de Meissen, adversaire autrement redoutable que le faible roi Hermann.
Henri voulut s'attacher pour toujours un de ses fidèles et anciens partisans, Wratislas ^ duc de Bohême, et réunit (avril 1086), une diète synodale à Mayence, à laquelle assistèrent les archevêques de Mayence, de Cologne, de Trêves et de Brème, douze évoques, beaucoup d'abbés et de fidèles ^. Le chroniqueur bohémien Cosmas nous apprend qu'après la lecture de nombreux décrets relatifs aux matières ecclésiastiques, l'empereur nomma le duc Wratislas de Bohême prince de Pologne. II lui mit sur la tête la couronne royale et ordonna à Egilbert, archevêque de Trêves, de le sacrer roi à Prague et de le couronner du diadème. [lo/J j)ans ce même synode, Gebhard (Jaromir), évêque de Prague et frère du duc, renouvela ses anciennes plaintes contre Jean, évêque de Moravie^, récemment décédé, et demanda que, conformément
compromise. Le destin a délivré Henri IV de ses plus terribles ennemis : Rodolphe de Rheinîelden, Otton de Nordheim, Grégoire VII ont succombé et l'anticésar Hermann est prêt à déposer sa vacillante couronne. En Italie, Henri tient les grégoriens refoulés dans les terres normandes de la Fouille et de la Calabre. Rome obéit à la loi impériale et l'antipape Guibert y domine sans conteste : les grégo riens n'osent en approcher et l'élection d'un nouveau pape se fait attendre pendant un an. La comtesse Mathilde, si dévouée à la cause de Grégoire, si acti^ e à la lutte contre Henri, est réduite pour l'heure à l'impuissance dans l'Italie centrale, et dans ses domaines de la Haute-Italie, elle est suffisamment occupée parla défense de ses forteresses.» Ch. Giraud, Grégoire Vil et son temps, dans la Revue des Deux-Mondes, 1878, t. cv, p. 146-148. (H. L.)
1. Wratislas II, prince d'Olmûtz, duc de Bohême, j 14 janvier 1092 ; G. Dobner, dans Abhandlungen Privai. Ges. in Bôhmen, t. m, p. 131, t. v, p. 1 ; Einige Bemerkungen iiber Wratislaw II und dessen Nachkonimen, dans Ballische, Sludien, 1832, t. i, p. 117 ; H. Spangenberg, Die Kunigskrônung Wralislaws von Bôhmen und die angebliclte Mainzer Synode des JaJires 1086, dans Mittheilungen d. Instit. œsterr. Gescit. forscli., 1899, t. xx, p. 382-396; B. Bretholz, Wratislaus II, dans Allgemeine deutsche Biographie, t. xliv, p. 232-234. (H. L.)
2. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 635 ; Mon. Germ. hist., Script., t. ix p. 91-93 ; Giesebrecht, op. cit., 4^ édit., t. m, p. 616 ; H. Spangenberg, 1. c. (H. L )
3. Grégoire VII, Regislrum, 1. I, n. 17, 44, 45 ; Jaffé, Monum. Gregoiiana p. 29, 62, 63 ; Reg. pont, rom., n. 4788, 4821, 4822. (H. L.)
à un privilège accordé à saint Adalbert (de Prague), on n'instituât aucun nouvel évoque pour la Moravie. L'empereur et l'antipape Clément III accédèrent à cette demande, et Henri fit rédiger, le 29 avril 1086, un document fixant les limites du diocèse de Prague ^. Le 15 juin 1086, l'archevêque de Trêves sacra et couronna solennellement Wratislas à Prague, comme roi de Bohême et de Pologne 2.
Au début d'avril 1086 on célébra à Constance un concile moins important, auquel assistèrent Gebhardévêquede Constance, les abbés Ekhard de Reichenau, Siegfried de Saint-Sauveur à Schaffouse, Adclhelmc d'Altdorf, Erucweim de Stein-sur-le-Rhin, les chanoines de Sainte-Marie de Constance, Otton, Ulrich, Wilon, Henri, Gunderich, Azzo, etc.. les ducs Welf IV, Berthold de Rheinfelden et Berthold de Zâhringen, les comtes Barthard de Nellembourg, Kuno de Wangen, et d'autres. Nous ne connaissons de ce concile qu'une délibération ayant pour objet la confirmation de la fondation de Saint-Georges dans la Forêt-Noire près de Vellingen ^. Un autre concile se tint à Bamberg le 22 mars 1087 ; on y examina diverses questions ecclésiastiques [inter cetera ecclesiastica négocia) et en particulier le conflit soulevé entre Wûrzbourg et Bamberg au sujet d'une nouvelle dîme. La décision du concile de Gûnther en 1058 fut confirmée et la dîme contestée fut attribuée à l'Eglise de Bamberg *.
Pendant l'été de 1086, la situation de l'empereur s'était consi- [188] dérablement aggravée. Hermann avait réuni une armée en Saxe
1. A. Frind, Die Gescliidde der Bischuje iind Erzbischojc von Prag zur 900 jàhr. Jubelfeier der Errichtg. des Prager Bisthums verfassl, in-8, Prag, 187iî.
2. B. A. Balbinus, Tractalio de jure coronnndi régis Bohcmiic a Maguntino ad Pragensem archiepiscopum translalo, dans Epist. hist. rer. Bohein,\Ç)ll , p. 236. (II. L.)
o. T. Ncugart, Episcopalus Conslanlicnsis Alemannicus, iti-'i, San-Blasii, 1803, t. I, p. 472 ; Mone, dans Zeitschrijt jûr Geschichte des Obcrrheins, t. ix, p. 201. Tous Ips mr)iil)rcs présents étaient notoirement adversaires d'Henri IV ; il est à présumer qu'on ne se sera pas séparé sans discuter les questions politiques du moment. Ce concile de Constance aura été en quelque manière la contrepartie du conciliabule récent tenu à Mayence.
4. Les délibérations des deux conciles de Bamberg en 1058, cf. Mansi, Conc. ampliss. cuil., t. xix, col. 877, et en 1086 se lisent dans le Cod. lat. Monacens , 4456 Cf. Schmilt, Die Bamberger Synoden, 1851.