DE GRÉGOIRE VII A LA MORT DE VICTOR III
et fait sa jonction près de Wiirzbourg avec les Bavarois et les Souabes. Le 11 août 1086, Henri IV fut complètement battu par les alliés, à Bleichfeld, non loin de Wiirzbourg. Aussi plusieurs de ses adversaires les plus redoutés, par exemple Gebhard, archevêque de Salzbourg, et Adalbéron, évoque de Wurzbourg, purent-ils revenir pendant quelque temps sur leurs sièges, et le désordre fut plus grand que jamais en Allemagne ^.
La situation n'était guère meilleure en Italie, où, sans compter la haine ardente entre papistes et impérialistes, les premiers se trouvaient livrés à des divisions intestines. Le pape perdit en outre deux de ses plus vaillants défenseurs : Robert Guiscard mourut le 17 juillet 1085 ^, et Anselme le jeune de Lucques, conseiller de Mathilde et légat du pape pour la Haute- Italie, en mars 1086. Guiscard laissa deux fils, Bohémond et Roger, qui se disputèrent le trône ^, leur père ayant désigné pour successeur Roger, le plus jeune, mais le plus aimé, surtout de l'armée. Dans ces conjonctures, le parti de l'antipape Guibert chercha à relever la tète à Rome et ailleurs, et le choix d'un successeur de Grégoire VII n'en devint que plus difficile. Dociles à l'indication laissée par Grégoire, les cardinaux-évêques, tant ceux qui se trouvaient dans la Basse- Italie ■ique les autres, avaient prié Didier, abbé du Mont-Cassin, d'accepter le souverain pontificat ^. Il refusa, alléguant une santé déplorable; et probable-
1. Adalbéron, de Wûrzbour<r, retomba bientôt ai: pouvoir d'Henri IV, qui le laissa passer sa vie à développer le monastère de Lambach, fondé par lui; quant à Gebhard de Salzbourg, il mourut en 1088. (H. L.)
2. Robert Guiscard, vaillant à coup sûr, mais défenseur du Saint-Siège ? l'euphémisme est joli. Le duc normand mourut près de Corfou, au promontoire d'Akher, Guillaume de Fouille, Gesta Roherti Wiscardi, dans Mon. Germ. hist., Scripl., t. IX, p. 295 ; F. Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, t. i, p. 282-283. (H. L.)
3. La femme de Guiscard, Sykelgaite, une rude gaillarde taillée sur le patron de son mari avec qui elle allait se dégourdir en battant l'ennemi, exerçait sur lui une influence considérable et ce fut elle qui détermina Robert à faire choix de Roger pour successeur au détriment de Bohémond. Sur les troubles qui en furent le résultat, cf. F. Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie, t. i, p. 285. (H. L.)
4. Les documents de cette époque appellent régulièrement les cardinauxévêques simplement episcopi, et par cardinales ils entendent les cardinauxprêtres.
5. Après la mort du pape on prit les mesures nécessaires pour lui donner un successeur. « Jourdain de Capoue se rendit à Rome pour assurer l'ordre; il y
ment la désunion suscitée entre les Normands par le choix d'un successeur de Robert le détournait d'accepter la charge apostolique^. Il promit de servir l'Église romaine par tous autres moyens, et en effet, il engagea fortement les évêques et les princes, en particulier les princes normands, à rester fidèles à la cause de l'Eglise, et à ne rien négliger pour hâter l'élection du pape. Onze mois d'interrègne s'écoulèrent jusqu'à ce qu'on pût procéder validement à l'élection en 1086. Didier étant cardinal, il fut invité et arriva à Rome l'avant-veille de la Pentecôte, accom- [189] pagné de Gisolfe prince de Salerne et de plusieurs cardinaux, qui s'étaient attardés au Mont-Cassin depuis la mort de Grégoire •^•
arriva le jour de la Pentecôte (8 juin). L'antipape avait été peu auparavant chassé de la ville par la population. Dès les premiers jours, la candidature de Didier rencontra un grand nombre de partisans et il semblait que la conciliation pût se faire sur son nom, car l'abbé du Mont-Cassin était en bons termes avec Henri IV et avec les Normands ; mais Didier se refusa à accepter la papauté et conseilla d'attendre les avis de la comtesse Mathilde. Comme le temps passait, un parti à la tète duquel paraît avoir été Jourdain, voulut imposer de vive force la tiare à Didier. Celui-ci quitta brusquement Rome et retourna au Mont-Cassin, d'où il se mit à engager les Normands et les Lombards à venir en aide à l'Eglise. » F. Chalandon, op. cit., t. i, p. 290. (H. L.)
1. a Quels furent les motifs de la conduite de Didier ? Il semble qu'à ce moment Didier ait refusé le pontificat parce qu'il ne trouvait pas son parti assez fort. C'est ce qui expliquerait soji brusque retour au Mont-Cassin et les démarches qu'il fit pour recruter des troupes. Il réusssit à en trouver, mais le retour à Rome fut ajourné à cause de l'été. Peut-être aussi Didier voulut-il voir, avant de s'engager, ce qu'adviendrait de la succession de Guiscard. Vers l'automne, Jourdain offrit à Didier de le conduire à Rome, mais celui-ci refusa, à moins qu'on lui promît de ne pas le faire pape de force. N'ayant pu obtenir cette promesse, il demeura au Mont-Cassin. » F. Chalandon, op. cit., 1. 1, p. 290. (H. L.)
2. '( On resta ainsi dans l'incertitude jusqu'à Pâques 1086 (5 avril) ; à ce moment un grand nombre de cardinaux et d'évèques se trouvèrent réunis à Rome. Désireux de faire cesser au plus vite la vacance du siège pontifical, ils demandèrent à Didier et aux cardinaux qui l'avaient accompagné dans sa retraite, de venir à Rome a lin qu'il fût possible de procéder à l'élection. On adressa la même demande à Gisolfe de Salerne qui était reveiui récemment de France où Grégoire VII l'avait envoyé en mission. Gisolfe exerçait sans doute encore le commandement militaire de la Campanie que lui avait confié le pape défunt. Le 23 mai, l'assemblée des cardinaux se trouva au complet. La ville était toujours divisée en deux camps, mais le parti impérial se trouvait privé de son chef naturel, le préfet, qui était prisonnier du duc Roger, sans doute depuis la prise de Rome par Guiscard. L'antipape était alors à Ravenne. Les cardinaux se réunirent au pied du Palatin, près de l'église Santa-Lucia. Malgré les instances qui lui furent faites, Didier refusa formellement le pontificat, et. après s'être entendu avec le chef du