LES CINQ PREMIÈRES ANNEES d'lRBAIN II
ries, Roscelin prétendait s'appuyer sur Lanfranc et sur Anselme, soutenant qu'ils partageaient sa manière de voir ; Anselme, alors abbé du Bec, en Normandie, écrivit à Foulques, évoque de Beauvais : « J'ai ajipris que Raynald, archevêque de Reims, veut assembler à ce sujet un concile, et comme je pense que Votre Révérence y assistera, ])ermettez-moi de vous exposer ce ([u'il serait nécessaire, le cas échéant, de dire en ma faveur. [-UoJ Lanfranc a quitté ce monde et sa vie est assez connue des honnêtes gens pour n'avoir pas besoin d'apologie. En ce qui me concerne, je tiens à ce que chacun sache que je crois aux articles du symbole. » Il donne ensuite les articles des symboles des Apôtres, de Nicéeetde saint Athanase relatifs à cette question, et prie Foulques d'emporter cette lettre au synode et d'en donner lecture, si cela est nécessaire. Dans un écrit postérieur, Anselme dit que Roscelin abjura ses erreurs dans le concile réuni par Raynald archevêque de Reims, mais plus tard déclara n'avoir consenti à cette abjuration que par crainte d'être massacré par le peuple. Yves de Chartres nous fait connaître le lieu de cette réunion quand il écrit à Roscelin : « Je sais qu'après le concile de Soissons. tu as soutenu avec zèle et dans des discussions secrètes ton ancien sentiment. » Enfin, Abélard écrit à l'évêque de Paris : « Cet ennemi de la foi, dont la détestable hérésie constitue trois dieux, a été condamné par le concile de Soissons, et aujourd'hui il remue ciel et terre pour faire croire que mon écrit sur la Trinité (principalement dirigé contre Roscelin) est entaché d'erreur. » Le synode de Soissons publia aussi probablement un édit de paix qui fut renouvelé en 1099 au concile de Saint-Omer ^.
l'eu prient. Or, s'ils Ten prient, n est-te pas qu ils craignent de le voir souproiiné d'hérésie ? Roscelin disait encore : « Les païens et les Juifs défendent leur loi, il faut que nous chrétiens, nous défendions la nôtre. » Pranll, Gesdiichte dcr Loiiik im Ahendland , in-8, Leipzisr, 1885, t. n, p. 79, n. 315, le loue d'avoir reconnu aux païens et aux Juifs le droit de fonder leur croyance par la dialectique, et ta fait presque un partisan de la tolérance. L'assertion est singulière. Roscelin se sert de l'indicatif [defendunl], qui constate ce qui existe, et non du subjonctif [défendant], qui autoriserait à supposer la reconnaissance d'un droit. Eu cuire, Anselme, peu suspect sur ce point, écrit lui-même à Foulques qu il faut défendre, par la raison, notre foi contre les païens. Et ce fut une croyance fort commune dans l'Église médiévale que l'on veut, que l'on doit même se servir de la raison pour amener les infidèles à la foi. » F. Picavet, op. cit., p. 5-7. (H. L.)
1. Labbe, Concilia, t. x, col. 8V'i-'i88 ; Hardouin, Concil. coll., t. vt, part. 2,
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Roberl. romlc de Flandre, invo((ua comme un droit Iradilionnel de pouvoir s'approprier l'hérilage des clercs de son pays, et dédaigna une lettre du pape Urbain, qui lui interdisait cet abus ^. Le clergé des Flandres adressa donc une lettre de plaintes à l'archevêque Raynald et au concile de Reims de 1092 '^. Avec l'assentiment de celui-ci, l'archevècpie députa au comte, qui résidait alors à l'abbaye de Saiut-Bertin où il faisait ses dévotions; en le menaçant d'anathème, on obtint satisfaction pour sa conduite antérieure, et l'abandon de son prétendu droit. Le même concile s'occupa aussi de l'aflaire d'Arras, jadis évêché, ensuite rattaché à Cambrai, et qui réclamait son ancienne dignité. Urbain II avait [2041 décidé en faveur d'Arras ; néanmoins, l'archidiacre de Cambrai s'étant fait fort de réfuter, en présence du pape, tous les motifs allégués par les habitants d'Arras, le concile décida que les deux partis solliciteraient de Rome une solution définitive ^.
En 1092, un grand concile tenu à Paris, confirma les donations du roi Philippe I^^ à l'abbaye de Saint-Corneille à Compiègne ^. Le synode tenu à la même époque par Wulstan, évêquc de Worcester, s'occupa de conflits survenus entre prêtres et moines de ce diocèse ^.
col. 1695 ; Coleti; Concilia, 1. xii, col. 797 ; Maiisi, Coiic. antpUss. coll., l. xx, col. 7'i2. Cf. J. Piciners, Der Nominalismus in der Friilischolas(ik, Dcr Brief Roscclins an Abcilard, dans Beilrage ziir Geschichle des Philos, der Millclaltcrs, t. VIII, part. 5, 1910. (H. L.)
1. Mansi, Conc. arnpliss. coll., t. xx, ctl. 745 ; P. L., l. cli, col. 356 ; Alanum. Germ. Iiisl., Script., t. ix, p. 310 ; Anal, juris ponlif., (. x. p. 529 : " 1091, ap. S. Petruni » ; Jalîé, jRe^'. pont, loni., n. 5471. (II. I.,.)
2. Labbe, Concilia, I. x, col. 488-490 ; Hardouiii, Conc. coll., I. vi, ])ail. 2, col. 1699 ; Coleli, Concilia, t. xii, col. 801 ; Mausi, Concilia, Siipplcm., t. ii, col. 89; Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 755 ; Gousset, Actes de la prov. ecclés. de Reims, t. II, p. 109 sq. (H. L.)
3. C. .J. Deslombes, La tradition des Eglises de Cambrai et d'Arras, dans la Lc^'iic lies sciences ecclésiastiques, 1861, t. m, p. 507-532 ; t. iv, p. 21-46 ; 1 1 1-136; L. Duliol, La restauration du siège cpiscopal d'Arras, in-8, Arras, 1898. On trouvera vin résumé exact dans L. l'aulot, Urbain II. in-8, Paris, 1903, p. 253-263 et d'utiles indications rcialivcinisnl à ccl cpisodc dans A. ("aucliic, La querelle des investitures dans les diocèses de Liège et de Cambrai, in-8, Paris, 1890. (H. L.)
4. L. D'Achery, Spicilegiuni, 1657, l. ii, }>. ()0'i-G05 : Lai)l)e, Concilia, t. x, col. 491-492 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1703 ; Coleti, Concilia, t. XII, col. 809 ; Mansi, Conc. ntnpliss. rolL. I. x\. col. 751.
5. Wharton, Anglia sacra, l. i, col. 542-5'i3 ; \Vilkins, Conc. Brilann., I. i,
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Plus important est le concile célébré à Szaboles, château de Hongrie ^ au delà de la Theiss ^. Après que le roi Ladislas eut vaincu Salomon, gendre d'Henri IV, et réuni à son royaume la Croatie et la Slavonie, il convoqua (mai 1092), d'accord avec le primat Séraphin, archevêque de Gran, une assemblée des principaux laïques et ecclésiastiques afin d'abolir quantité d'abus introduits et propagés grâce aux troubles. Les décisions furent consignées en trois livres ; nous ne possédons plus que le premier contenant 40 capitula, avec deux fragments du second et du troisième livre. Voici les capitula du premier livre : 1. Les prêtres ou diacres qui ont été mariés deux fois, ou qui ont épousé une veuve ou une personne déjà corrompue, doivent être séparés de ces femmes et faire pénitence. S'ils ne veulent pas s'en séparer, ils seront dégradés. Quant à ces femmes, elles peuvent se remarier, parce que leur premier mariage n'était pas légitime, (cf. can. 3). 2. Si un prêtre prend pour femme sa servante, cela n'empêchera pas celle-ci d'être vendue et le prix en sera remis à l'évêque. 3. A l'égard des prêtres qui vivent dans un premier et légitime mariage, on doit, par amour de la paix, user d'indulgence jusqu'à réponse du pape ^. 4. Un évêque ou archevêque qui tolère chez un prêtre un mariage prohibé sera puni par le roi et par les évêques, suivant la gravité de Is faute. 5. Une donation promise à une église doit être acquittée; le tribunal épiscopal y contraindra au besoin. 6. Un prêtre qui aliène indûment une [205] propriété de l'Eglise, la perd ou la laisse détériorer, doit réparer le dommage à ses frais. 7. Si une église a été détruite pendant la guerre, les paroissiens la rebâtiront ; le roi fournira les vases sacrés et les vêtements liturgiques, l'évêque donnera les livres. 8. L'évêque doit pourvoir à la reconstruction des églises qui tombent de vétusté. 9. Si, après avoir reçu le baptTme, des Ismaélites (Sarrasins) reviennent à leur ancienne loi, ils seront éloignés de leurs habitations et répartis dans d'autres i'illœ. 10. Aucun juif ne doit avoir de chrétienne pour femme ou pour esclave. 11. Les dimanches et jours de grandes fêtes, celui qui ne se rend pas à l'église paroissiale sera battu.
p. 369-370 ; Mansi, Concilia, Supplem. , t. ii, col. 87; Conc. ampliss. coll.. t. xx, col. 754. (H. L.)