G8. DÉBUTS DE GRÉGOIRE VII
châtpaux-foris. Après avoir erré quolquos jours, il vint, au monastère de Hersfeld, et, l)ientôt après, il eut avec les princes des conférences dans le village voisin de Cappel '. Il leur parla avec force et sollicita un prompt secours contre les Saxons révoltés. La plupart des princes reconnurent l'affront fait au roi, mais se refusèrent à une expédition immédiate. Les troupes ne se réunirent que le G octobre suivant près de Breitunger sur la Wersa. Profondément ému et humilié par ces événements inattendus, Henri é(ri\il au pape cette lettre si humble 2, dont
1839-1851, t. VII. p. 525, 875-87r. ; t. x, p. 75-86; Mnnum. Germ. hisL, Leges, 1837, t. II, part. 1, p. ''i'i-ri2 : E. Rœhrich, De .sœcularibus cofisiliarii.'i Heinrici IV dissert., hisl.. in-8, Halis, 18G7 ; P. Scliœfîer-Boichorst, Zu den Anjàngen des Kirchenstreiles iinter Ileinrich IV, dans MiUheil. Instit. œsterr. Gesch.-forsch., 1892, t. XIII, p. 107-137 ; G. Schubart, Dissertatio exhibens Henricum IV exemplum furhahr reipiihlicT, in-'i, lenge, 1680, iii-'i, Halsp, 1727 ; Ileinrich IV in Canossa, jn-'i, Berlin, 1882 ; Schntz, Script, histor., 1763, p. 382-40^i ; K. Sclinlz, Ueber dos Rcichsregiment in DcntscJdand unier Kouig Ileinrich IV {106Q-1066), in-8, Gottingen, 1872 ; Sifzungsberichte phil. hist. Akad. Mûnchen, 1882, t. 11, p. 253- 258; J. M. Sôlll, Ileinrich IV, Kaiser und Kônig der Deutschen, in 4 Buchern ans den Quellen dargestellt, in-8, Mnnchen, 1882; Stumpf, Reichskanzler, 1865, t. 11, p. 209-251, F. Thancr, Zum Liber cationum contra Henricum /F, dans Neues Archiv, 1891, t. xvr, p. 529-540 ; R. Tiefîonbach, Die Sireitjrage zwischen Kônig Iloiricli I\ nnd den Sachsen, in-8, Kônigsberg, 1887 ; Th. Toeche, Kaiser Ileinrich IV, in-8, Leipzig, 1867 ; U. Ulmann, dans Histor. Aufsâtze A. Waitz gesvidmet, 1886, p. 119-129 ; H. Volbert, Reich im Kampfe Ileinrich' s IV mit Fiirstenthnm xmd Papstihnm, dans Westermann Monalshefte, 1887, t. xxxi ; Chr. Volkmar, Der drille Romerziig Ileinrichs IV, in-4, Magdeburg, 1876 ; V\. Wagcmar.n, Die Sarhsenhriege Kaiser Ileinriclis I\', in-8, Colle, 1882 ; G. \Vai(/, dans Gottinger gelehr. Anzeig. 1857, p. 18-38; Das Carmen de bello Sa.roniro nder Gesta Ilenrici I\\ dans Abhanill. hist. pfnlos. Ges. Wissenscli., Gottingen, 1869, t. xv, p. 3-36 ; W. Watlembach, dans Monnm. Germ. hist.. Script., 1856, l. xii, p. 268-270 ; Deuischl. Geschichte, 1874, t. 11, p. 65-70; Zur Vita Ilenrici /T', dans N eues Archiv , \%^^^ , t. xi, p. 197-201 ; A. Wenzel, //ei/irichs IV Sachsenkrieg, 1874 ; J. Zeller, Un empereur et un pape au moyen-âge, V empereur allemand Henri IV et le pape Grégoire VII, portraits et épisodes, dans les Comptes rendus de l'Acad, des sciences morales et politiques, 1875, VP série, t. IV, p. 777-806. (H. L.)
1. Spieszkappel, et d'après d'autres auteurs dans le village de Cappel, aujourd'hui Grebenau, à trois milles au sud-ouest de Hersfeld.
2. On trouve cette lettre dans Registr. 1. I, n. 29 ^ ; Jaffé, Monum. Gregor., J). 46; Mansi, op. cit., t. xx, col. 85; Hardouin, op. cit., t. vi, col. 1219. — Relativement à raulheiiticité, et'. ,1. Voigt, op. cit.. p. 170, note 1. Stenzel, Deutschland unler den frdnkischen Kaiscrn. I. i, p. 348; Giesebrecht, Gescliichle der deutschen Kaiserzcit, 4*" édif,, t. m, \> 1 T^!, «M p. 246-249, note : Floto, op. cit., t. ii, recon-
LIVIIE XXXI
l'ail llicnticité a été mise on doiilo, à tort, par quelques historiens :
« La royauté et le sacerdoce, dit-il, doivent, pour fonder un [1(J]
naîl niissi son aiilliciilirih'- qui ost o('n('i'alf'monl. adiniso aiijounl Inii... Henri s'exprime ainsi : « Aliqnanlulnm compnncii clin nosroversi » ;Gfrorcr,6V<' gori \ I f, t. vu, p. ''125, la considère comme nn chol' d'œnvre d'hypocrisie destiné à tromper le pape et les princes allemands ; mais j'eslime ce jugement trop rigoureux et injuste. Dans ces moments critiques le roi a bien certainement dû réfléchir. Henri a montré alors, comme dans d autres circonstances, qu'il savait se i^lier aux exigences de la situation.
Cette vie d'Henri IV est xuk^ des plus accidentées parmi celles des princes du moyen âge. On a vu comment il l'ut enlevé à sa mère. L'acte de violence commis par l'évêque de Cologne, Annon, avait-il été prémédité avec Hildebrand, on n'en a aucune preuve. Quoi qu'il en soit, à partir de cette datclOG2, l'indépendance romaine n'a plus rien eu à redouter de la Germanie ce qui donna à la nouvelle constitution de la papauté le temps de s'affermir. Une cause juste a été servie par une détestable violence. Le jeune roi Henri était un enfant, qui donnait de grandes espérances aux uns et de grandes craintes aux autres. La nature l'avait bien traité sous tous les rapports ; elle lui avait donné avec un corps sain et vigoureux de belles dispositions d'esprit. Il y avait en lui beaucoup du génie de son père, mais un sort cruel et fatal le poursuivit depuis l'enfance jusqu'au tombeau. L'amour maternel s'était montré indulgent pour ses caprices d'enfant, et les calculs des courtisans favorisèrent ses volontés mal dirigées. Lorsqu'il revint de son douloureux étourdisscment après l'enlèvement de Saint-Suitbert, il se trouva dans un monde cjui lui était étranger et qui lui parut hostile. II pénétrait à peine le fond des choses, et, ne pouvant deviner le but final de la cruauté exercée envers lui, sa jeune âme en était déchirée. Elle flottait entre la méfiance et le soupçon, l'entêtement et la dissimidation, l'indifférence pour l'opinion du monde et le mépris des hommes. Les germes de religion et de moralité que la nature et la première éducation avaient développés dans son cœur furetil broyés, presque étouffés. Quel sentiment pouvait-il avoir pour l'archevêque Annon, réputé saint pourtant aux yeux du grand nombre ? Il paraît qu'après de pr(!mières et inutiles caresses, l'enfant royal fut traité avec une sévérité tout aussi inutile pour le plier au joug d'une direction nouvelle. Le crime vulgaire et presque sauvage dont il avait été victime ne pouvait sortir de sa mémoire ; il n'y songeait qu'avec effroi, et les princes de l'empire eux-mêmes qui l'avaient exécuté se trouvèrent bientôt en face de grands embarras. Ce qui avait paru facile tant qu'on était resté au projet fut reconnu diflicilc après le succès, à savoir l'administration de l'empire et le contentement de chacun. Aucun prince ecclésiastique ou laïque, aucun vassal puissant ou faible, ne se montra disposé non seulement à l'obéissance, mais encore au moindre sacrifice dans l'intérêt général de l'empire ou de la royauté. Nul ne voulut reconnaître l'autorité d'une régence conquise si violemment. Toute situation devint précaire ou équivoque, et chacun chercha ses avantages ou sa sûreté dans la ruse, l'artifice et la menace. Il n'existait plus, à vrai dire, en Allemagne de police publique, témoin la scène atroce des vêpres de Goslar, où bataille fut livrée dans l'église sous les yeux du jeune roi, entre deux dignitaires
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gouvernement juste dans le Christ, se soutenir niuluellement. Sans doute, nous n'avons pas Ion jours roronnn les droits du
ecclésiastiques soutenus par leurs suppôts. De l'Eyder aux Alpes, de la Meuse à l'Oder, le pays fut eu proie à la discorde, aux guerres privées, à la violence.
Le jeune roi avait clé ramené à Goslar, où s'établit un eentre de gouvernement. Annon de Cologne et le duc Otton de Nordheim s'en posèrent les chefs, Une cour était rétablie pour le jeune prince, et Adalbcrt, archevêque de lîrème, fut spécialement préposé à son éducation. La raideur étroite de l'archevêque de Cologne, cf. Linder, Anno II der Ifeilige, in-8, Leipzig, 18G2, était déjà une calamité pour a royauté franconienne, bien qu'il fût saxon et qu'il eût des liens avi'C la ville de Goslar où tout l'esprit de la Saxe semblait concentré ; mais le choix d'Adalbert était plus déplorable encore. On sait de quelle manière ce prélat traitait les affaires de F Église en général ; il traita celle de l'éducation du prince d'une manière plus singulière et obtint sur son esprit une influence de suspecte origine et de funeste conséquence. Annon avait au moins pour lui la pureté des mœurs ; la vie privée d'Adalbert était assez compromise, ce qui n'empêcha pas la cour de Rome de lui conférer le titre de légat dans les pays septentrionaux. Il était dévoué au pape et, malgré cela, les chroniques monastiques lui sont hostiles. Pour capter l'affection de son royal élève, Adalbcrt ne trouva rien de mieux que de lâcher la bride à ses passions et d'en favoriser même les écarts. Un autre archevêque, celui de Mayence, partage sa responsabilité devant l'histoire à propos de cette éducation princière. C'était Sigefroi d'Eppenstein, abbé de Fulda avant d'être évêque, issu d'une grande famille de Wettéravic dont l'archevêché de Mayence semble avoir été le patrimoine. Le gouvernement de la personne du roi et des choses de l'empire était donc entre les mains des évêques, dit Lambert d'Aschafîenbourg. Ils avaient livré les confidences et la familiarité de l'enfant à un jeune chevalier, Werner, parent de lévêque de Strasbourg, pernicieux ami dont l'influence et le crédit valurent bientôt au prince la haine du peuple et à lui le mépris universel. Adalbcrt et le comte Werner disposaient de tout à la cour, au grand scandale des honnêtes gens. Hi duo pro rege imperilahant, dit Lambert, ah his episcopatus et abbatiic, ah his quidquid ecclesiasiicarum, quidquid s.Tcularium dignitaium est emebatur.
Ce fut dans cette misérable condition que se développa, au physique comme au moral, l'adolescence d'Henri IV. La cour du jeune roi était, selon la coutume, transportée tantôt dans un lieu, tan lui dans un autre, et les grandes fêtes de l'Église étaient célébrées successivement dans des localités différentes. Cet usage, qui avait pour mobile la pensée de propager le respect et l'amour du souverain, n'aboutissait qu'à la désaffection du jjrincc et au mépris de ses conseillers. Les chagrins concentrés, des excès qu'on peut supposer, les crises de 1 âge, déterminèrent chez le roi, de 1067 à 1068, une grave maladie dont il eut peine à se relever. Il atteignait alors l'âge de dix-huit ans. Aussitôt après sa guérison éclata le projet de divorce avec Berthe dont il prétendait ne pouvoir faire sa femme. Les archevêques de Mayence et de Brème se montraient complaisants pour la volonté du jeune roi, mais ils n'osèrent prononcer la dissolution du mariage sans prendre avis de la coin* de Rome, où l'alVain' apparut sous un aspect tout différent, l'îi eiïet, parmi les services ipie la |>ap;ui1i';i iiiidiis à la moralité européenne au
sacerdoce ni rendu l'honneur qui lui revient, enfin nous n'avons pas toujours employé le glaive que Dieu nous a confié pour
moyen Ago, il faut compter son inexorable sévérité pour maintenir l'indissolul)ilité du mariage, l'aile a plié la barbarie an respect de ce lien, qui est une des conditions de la société humaine. L'Église s'était surtout montrée inflexible à comprimer les fantaisies des princes sur ce point, et, soit qu'elle y trouvât le moyen d'étendre sur eux son autorité, soit plutôt que ses motifs fussent d'une irréprochable pureté, rien ise p\it la faire dévier do sa voie h cet égard. Les enfants de Charlcmagnc l'avaient éprouvé les premiers ; tout récemment le fils de Hugues Capet avait dû se soumettre, à Paris, à la loi canonique, et donner l'exemple du respect pour la grande loi morale de la calholicilé. I^a papauté fut aussi rigoureuse pour le roi de Germanie Tlonri IV qui céda aux objurgations du légat Pierre Damien.
Dès celle époque de 10G9 commence à poindre dans les chroniques des couvents allemands une malveillance calomnieuse envers le jeune roi qui, victime politique (lu clergé, laissail j)robablement échapper des sentiments peu tendres pour les ordres monastiques dévoués à la cour de Rome. Nous lisons dans les Annales Pa/id^nses d'absurdes et impossil)les accusations d'idolâtrie, de magie, de monstrueuses débauches et cruautés, Mon. Germ. Iiisl., Script., t. xvi, p. 70. L'œuvre de désaffection s'accomplissait el une explosion ne tarda pas à se produire. Elle éclata en 1070, tout à la fois en Thuringe, où l'archevêque de Mayence ruinait les peuples par ses exactions, et en Saxe, où l'archevêque de Brème soulevait les passions locales, et oii le jeune roi suscitait par ses étourderies des mécontentements fomentés et exploités par la grande noblesse. La lutte fut vive, et pénible la victoire qui resta finalement au roi do Germanie. Celui-ci n'en était pas moins très affaibli, car la révolte avait laissé un levain vivace ; une conspiration nouvelle était près d'éclater, et les moines se mettaient sourdement de la partie, irrités contre le luxe et les concussions des évêques de la cour. Heiwi, trompé par ses conseils, ne voyait dans les réclamations contre des évêques agréables que la rébellion conire sa personnf^, coaliuuée sous un auli'c pn'lcxte. Son inexpérience le conduisit à d'inévitables fautes. Il n'en a pas, à vrai dire, la pleine responsabilité morale, car il n'avait que vingt ans et l'évêque Adalbert de Brème était encore en plein crédit. L'archevêque de Mayence excommuniait les récalcitrants et Annon de Cologne administrait souverainemient les affaires. Adalbert n'est mort qu'en 1072, et Annon ne s'est démis qu'en 1073, pour se retirer dans un monastère. Ces dates sont précieuses à recueillir. On ne peut douter qu'Henri ne regardât la cour de Rome comme la secrète instigatrice de ces embarras. Il faisait remonter jusqu'à elle son tragique enlèvement des bras de sa mère, et, la légèreté de la jeunesse aidant, les adversaires de la sévérité romaine trouvaient bon accueil auprès de lui. De son côté, la cour de Rome était en méfiance; les rapports du jeune roi et du pape Alexandre II étaient fort tendus. Des incidents naissaient à chaque pas. Le roi prétendait s'opposer à l'exécution d'une sentence d'appel rendue à Rome en faveur des abbés de Fulda et d'Hersfeld, en outre il entretenait ses troupes avec les biens des monastères, vendait les bénéfices, en favorisait le trafic. Hildcbrand n'en parlait qu'avec indignation. Il résolut de frapper un grand coup et de démasquer la dernière
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la ))unltion des coupables. Mais, touché par la miséricorde de Dieu ol rontraut on nous-mcme, nous avouons nos fautes à Votre
batterie de son plan d'attaque contre la corruption du siècle. Il ne suffisait pas d'avoir entrepris la réforme morale de l'Église et d'avoir rendu la papauté indépendante, il fallait encore soumettre l'État à l'Église ; ce troisième point était le complément nécessaire et la garantie des deux premiers. Il fallait à tout événement demander le plus pour s'assurer du moins. L'Angleterre résistait et Guillavmie le Conquérant n'était pas d'humeur à céder. En France, les Capétiens raffermis étaient bien revenus de la docilité du roi Robert. Pour l'Allemagne, l'occasion était belle; on avait affaire à un enfant, l'empire était miné par une révolte. Il fallait s'attaquer vivement à lui, et par lui imposer aux autres rois la suprématie de la papauté. Alexandre II cita donc Henri IV à comparaître devant lui à Rome (1072). C'était là une nouveauté inouïe. Il y avait eu des condamnations ecclésiastiques contre des princes régnants, mais le pape n'avait point encore mandé de roi devant son tribunal.
Ainsi engagée lorsque mourut Alexandre II, la situation appelait nécessairement Hildebrand. « D'ailleurs, écrit Villemain, par cela seul que les afïaires se brouillaient du côté de l'Allemagne, le plus hardi défenseur de l'Église en devenait le chef nécessaire. Le récent décret d'Alexandre II, qui mandait Henri IV à Rome, ne laissait plus en réalité pour l'Église romaine d'autre pape qu'Hildebrand, intrépide conseiller de cette audacieuse démarche. Il n'y avait que lui placé assez haut pour frapper l'empereur. «
Quoiqu'il en soit, on peut considérer la guerre entre l'cnipu-e et la papauté comme ouvertement déclarée par l'avènement de Grégoire VII. Les contemporains ne s'y trompèrent pas. Lambert d'Aschaffenbourg constate qu'à la nouvelle de l'élection d' Hildebrand, un sentiment général et profond d'appréhension pénétra tous les esprits. Le personnage était bien connu : on s'attendait à tout de sa part. « Après la mort du pape Alexandre, dit-il, les Romains élurent, inconsulto rege, pour lui succéder, Hildebrand, rinnn fiarris litlcri.^i erudUissimuin, et connu depuis longtemps par la pratique de toutes les vertus ; mais, comme ce personnage était bouillant de zèle pour les intérêts de Dieu, les évêques de Germanie furent sur-le-champ saisis d'une grande crainte, rpiscopi protinus {grandi scrupulo peituorcri rœpeniul, appréhendant que cet homme d'un wénie véhément, ne rii- \'i'linnrnli.^ iiiiicnii, et d'une foi ardente en Dieu, et acris ergaDeum fulei, ne \i's iraïtàl tio[> rigoureusement pour leur négligence, et ne discutât leur conduite avec trop de sévérité. Ils se réunirent donc et, d'un commun accord, communihus omnes consiliis regem adorli, vinrent prier le roi, orabanl, de tenir comme non avenue l'élection pontificale, faite sans son ordre à Rome, id electionem quas ejiis injussu fada fuerat, irrilam fore decerneret, affirmant que si le roi ne prenait les devants sur l'impétuosité du nouveau pape, nisi impelurn liominis pnrvenire maliiraret, le mal deviendrait irrémédiable, et le roi lui-même s'en ressentirait, in ipsum regcm rediimlatnvum esscl.n Henri temporisa, envoya à Rome le comte Ebérard qui rendit bon compte de la régularité de l'élection et de la bonne disposition de l'élu.
Quelles qu'aient été ces premières communications de l'empereur Henri IV avec te pape Grégoire VII, un fnit est assuré, c'est qu'il y (Mit un sursis apparent
bienveillante Paternité, espérant que, ^râce à votre autorité apostolique, le Seigneur voudra l)ieii nous les pardonner. Que nous sommes donc coupable et malheureux ! Trompé par l'élan d'une jeunesse insensée, par la décevante liberté de la puissance et par de mauvais (!onseillers ^, nous avons péché contre le ciel et contre vous (U nous ne sommes plus digne d'être appelé votre fils -. En elîet, nous n'avons pas seulement attenté au bien des églises, nous avons aussi vendu les églises à des personnes indignes et à des simonia({u('s, et maintenant, comme nous ne pouvons, sans votre autorité, améliorer la situation de ces églises, nous
d'hostilités entre eux et qu'avant la fin de l'année 1073 une nouvelle et formidable insurrection éclata en Saxe. Le règne tragique d'Henri IV commençait. Le roi de Germanie était alors un jeune homme de vingt-trois ans, mal élevé, ignorant, mais fier de sa race, inexpérimenté, mais brave comme son épée et impatient d'en finir avec les amoindrissements que son pouvoir subissait du fait de la noblesse et des moines. Soutenu par l'épiscopat, il en savait l'immoralité profonde et la vénalité, c'était un médiocre secours. En face de lui une noblesse formidable, haineuse et des moines maîtres de l'opinion publique, grâce à de réelles vertus parmi lesquelles on ne comptait pas la modération. En face de cet adolescent dépourvu, un pape dans la force de l'âge et de la réputation, politique génial plus qu'avisé, mais énergique, disposant des consciences à défaut de grandes richesses, connaissant bien le personnel princier de l'Europe, ce qu'on pouvait en attendre et en redouter, ayant pour armée des légats et des moines, pour adversaires des évoques simoiiiaques et des prêtres concubinaires. La partie était inégale. Ce fut un tel déluge de violences et de mensonges que Grégoire VII et Henri IV sont arrivés tous deux un peu amoindris devant la postérité. La sainteté n'a pas préservé Grégoire VII de l'hostilité des hommes les plus graves, la vaillance n'a servi de rien à Henri IV. Tous deux ont serviteur cause avec tous les moyens à leur disposition ; parmi ces moyens plusieurs étaient fort indélicats et furent l'occasion de maux irrémédiables. (H. L.)
1. Cette question de l'entourage était une de celles q\ii mécontentaient le plus contre le jeune roi. Il avait rendu à leurs loisirs les vieux conseillers et les avait remplacés par une jeunesse dont on disait tout le mal possible. Lambert de Hersfeld, dans ses Annales, et l'auteur du Carmen de hcllo saxonico, dans Monitm. Germ. hisior., Script., t. v, p. 327-384, ne les épargnent pas. Guy de Ferrare résume en quelques lignes toutes les vilenies qu'on metlait en circulation, à tort ou h raison, sur la jeune cour : Cum vero rex Henricus in anno adolescentix constihi/iis el ejnsdem ivtalis consiliariis assuelus nobilium et majorum contra regiarnconsueiudiiirm janiiliares horrchat, et cum morum gravitas phtrimum haheat laudis in regc, reliclis senibus grai'ibiisqiir, i)crsnnis Ie\'ibus deleclabatur, et piieris tam sensu quam annis. Gaudebat muUum consorlio piierorum et maxime venustoriim; sed utriim id vicio fieret, ut aliqui confixerunt, non satis compertum erat. (H.L.)