‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 288 sur 505 · CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT · texte numérisé non relu

CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT

Le premier des chefs croisés qui arriva à Constantinople fut le comte Hugues le Grand ^. Il s'était embarqué avec une escorte peu nombreuse à Bari ; assailli par la tempête, il arriva presque seul à Dyrrachium, où le gouverneur de Byzance lui fit bon accueil et le conduisit à Constantinople. Quoique comblé d'honneurs, le prince comprit qu'il n'était pas libre et se vit dans l'obligation de prêter serment de vassalité ^. Vers la fête de Noël 1096, arriva le duc Godefroi, qui fut pareillement bien reçu par l'empereur Alexis ^ ; mais la question du serment de vassalité ne tarda pas à faire naître une tension qui alla toujours en s'aggravant et se termina par un véritable combat, le 2 avril (jeudi saint 1097). Pour ne pas compromettre le but de l'expédition par ces querelles intestines et ne pas gaspiller ses forces, Godefroi consentit, quelques jours après Pâques, à prêter

viennent et empêchent le pillage des villes et villages, le long de la roule. Les historiens occidentaux représentent les Petchénègues comme ayant la main lourde et les croisés n'y donnaient que trop occasion. (H. L.)

1. Hugues le Maine, comte de Vermandois, frère du roi de France, Philippe I^^, prince brouillon et vaniteux. (H. L.)

2. Anne Comnène, Alexiade, 1. X, vu, nous dit que le comte fut gardé àvsTtoç [xàv, oùx ÈAs-jÔEfco; CE. Foucher de Chartres dit de même : A'on omnino libère moralus est, Hist. crois. Occid., t. ii, p. 327 ; F. Chalandon, Essai sur le règne d'Alexis i" Comnène, 1900, p. 174-176. (H. L.)

3. F. Chalandon, op. cit., p. 175 sq. Godefroi pénètre dans l'empire entre Belgrade et Nisch, passe par Sofia et Philippopoli, Selibria, sur la mer de Marmara, qu'on ravage ; arrive à Constantinople le 23 décembre 1096. Les croisés campent hors de la ville et l'empereur leur fournit les vivres, sauf aies en laisser manquer quand il veut donner de petites leçons. Mais le calcul est mauvais, car aussitôt les croisés redeviennent ce qu'ils sont, d'incorrigibles pillards. Godefroi voulait patienter jusqu'à l'arrivée de Bohémond qui lui permettrait, une fois leurs forces réunies, d'en imposer à l'empereur. Alexis, qui comprit oîi Godefroi voulait en venir, établit un vrai blocus autour du campement des Lorrains pendant tout l'hiver. Au mois de mars, Alexis apprit la prochaine arrivée de Bohémond et voulut reprendre les pourparlers : Godefroi refusa. Cependant Bohémond approchait et Alexis, craignant qu'il n'apprît en route l'état des choses et ne pressât en conséquence la marche de son armée pour se joindre à celle de Godefroi, imagina de séparer Bohémond de sa troupe en le faisant précéder celle-ci à Constantinople. Mais Godefroi ne voulait rien entendre; alors Alexis fît réduire les approvisionnements. On discutait lorsqu'une rixe éclata qui entraîna une mêlée générale, plus de bruit que de mal. Baudouin réussit à empêcher les Grecs d'enfermer les Latins dans Péra; les croisés saccagèrent Péra, brûlèrent la porto des Blackerncs et rejetèrent les Grecs dans la ville ; dans les deux partis on cria victoire. (H, L.)

le serment demandé ^ Alexis le combla, en retour, d'honneurs et de présents, et se montra très attentionné pour les Lorrains ^. L'exemple de Godefroi fut suivi par les autres princes qui arrivèrent successivement à Constantinople, pendant le printemps de 1097. Les premiers furent Adhémar de Tarente et son cousin Tancrède, qui consentirent sans difficulté à prêter le serment ^; il en fut de même de Robert de Flandre '*; le frère et le gendre du roi anglais, Robert de Normandie, et Etienne de Blois avec ses Français du nord se déclarèrent également disposés à le prêter. Seul, le comte Raymond de Toulouse, qui avait avec lui le légat du pape Adhémar du Puy, refusa énergiquement de prêter un serment qu'il regardait comme indigne d'un champion de Dieu^; il consentit cependant à promettre de ne rien entreprendre contre la vie et l'honneur de l'empereur ; et Alexis se déclara enfin satisfait de cette promesse. En revanche, l'empereur s'engagea à faire bientôt suivre l'armée des croisés par sa propre armée. Après avoir passé le Bosphore, les croisés recueillirent Pierre l'Ermite avec les débris de ses troupes, et, au nombre d'environ cinq cent mille personnes ^, ils arrivèrent devant Nicée, résidence du prince seldjoucide Kiridsch-Arslan, qui gou-

1. F. Chalandon, op. cil., p. 182, n'en croit rien. Cette affirmation a pour source Albert d'Aix, sujet à caution, et qui aurait suivi la version populaire de la chanson d'Antioche. D'après Anne Coninène,il y aurait eu une seconde bataille, cette fois décisive; les Grecs furent vainqueurs, Godefroi fut contraint de prêter le serment tant retardé et de passer avec ses troupes en Asie-Mineure. (H. L.)

2. Godefroi s'engagea à être l'homme du basileus; il promit de lui rendre tous les territoires et toutes les villes qui avaient appartenu à l'empire. Dès que le duc eut consenti, on le combla d'attentions et de présents. L'armée des croisés traversa le détroit et alla camper à Felekan, sur le golfe de Nicomédie, près de Charax (Haraka). (H. L.)

3. Bohémond dut arriver dans les premiers jours d'avril, cf. F. Chalandon, op. cit., p. 183-18G.

^1. F. Chalandon, op. cit., p. 187.

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