CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMOXT
excessives, l'empire d'Orient touchait à sa perte. Mais Alexis ne voulut pas régner sur un fantôme, et parvint à reconquérir la Macédoine, la Thrace, la Bulgarie et beaucoup d'iles et de côtes.
prit alors de lui donner une garnison importante nous montre combien il se défiait encore de Bohémond, car ce fut certainement contre les Normands qu'il prit le plus de précautions.
« Cette nécessité de veiller aux frontières de l'empire diminuait considérablement le chiffre des troupes dont le basileus pouvait disposer; d'ailleurs, l'armée entière de Byzance eût été impuissante à résister aux flots innombrables des croisés. Alexis, ne pouvant donc ni repousser ni aider l'expédition des Latins, s'arrêla à une autre résolution. Il voulut utiliser les forces latines et se servir des croisés comme mercenaires. Il ressort de tout ce que nous savons, tant par les Occidentaux que par Anne Comnène, que la croisade a coûté très cher à l'empire. Alexis, en écrivant à Oderisio, abbé du Mont-Cassin, parle des dépenses excessives auxquelles il a été entraîné. Riant, Epist. spwia, p. 44-45. Il est évident que l'empereur a cherché par de nombreux et riches présents à s'attacher les chefs, et par des aumônes à gagner les soldats. Il les a traités comme des mercenaires à sa solde, afin de réaliser avec leur aide le rêve des Byzantins, la «reconquête » des provinces d'Asie perdues. Kugler, en comparant Alexis à Bohémond. a dit que le basileus était, comme le prince de Tarente, un condottiere, op. cil.^ p. 309. C'est là, à mon avis, une erreur absolue. Alexis a incarné en lui toute la majesté et toute la morgue byzantines, jamais il ne s'est regardé comme un soldat heureux amené au pouvoir par le hasard, mais comme l'héritier légitime du trône, réunissant en sa personne les droits de deux maisons ayant fourni des empereurs à Byzance ; jamais il n'a regardé les croisés comme des égaux, même après que l'un d'eux fut devenu roi de Jérusalem. Il n'a pas fait de différence entre les princes latins et les Francs venus d'Italie à diverses époques pour s'enrôler dans les rangs de l'armée grecque, comme un Roussel de Billeul ou un Humberttopoulos; il a seulement pensé que les croisés étaient plus dangereux, plus difficiles à soumettre, parce qu'ils étaient plus nombreux. On voit, par VAlexiade, que les Grecs avaient la conviction qu'avec de l'argent on pouvait faire des Latins tout ce que l'on voulait, que leur obéissance n'était qu'une question de prix. Dans l'intérêt de son empire, Alexis était tenu non pas de s'unir aux croisés, comme le pense Kugler, mais de s'en servir. Anne Comnène nous dit que son père aida la croisade en partie par charité chrétienne et en partie pour détruire les forces des Turcs et reconquérir les anciennes frontières : c'est ce dernier point de vue surtout qui a dirigé la conduite du basileus. Il avait à cœur de rendre à Byzance son ancienne puissance, or le hasard lui fournissait une armée comme depuis longtemps l'empire n'en avait vu ; le tout était de savoir se l'attacher et s'en servir.Pour arriver à ce but, il fallait se montrer généreux, mais aussi se faire craindre, en prouvant aux croisés qu'ils ne pourraient rien sans le secours de l'empereur. C'est le sentiment qui a réglé la conduite du basileus. Raymond d'Agiles nous indique très clairement ce qu'a voulu Alexis quand il dit que le basileus promit de donner aux croisés l'argent qu'ils voudraient tant qu'ils resteraient à son service. « Amener les croisés à le reconnaître comme chef, s'en servir comme de mercenaires, voilà quel a été le plan du basileus, qui, j^out se les attacher davantage,
Son trésor était bien rempli, et sa cour un modèle d'ordre et d'honnêteté. On y cultivait les études classiques et théologiques, [236] et sa fille Anne compte parmi les plus célèbres historiens de Byzance. Alexis n'avait ([ue deux partis à prendre : ou faire cause commune avec les chrétiens contre l'ennemi de l'empire, d'autant qu'il avait lui-même imploré le secours de l'Occident ; ou, si la situation de l'empire ne lui permettait pas cette franche attitude, rester neutre. Mais il n'agit pas avec cette décision ; voulant récolter ce qu'il n'avait pas semé, il forma le projet de faire tourner la croisade à son profit sans y prendre part. Aussi demanda-t-il aux croisés de reprendre en Asie les villes qui avaient appartenu à Byzance, de les lui rendre et de lui jurer fidélité. Ses promesses d'un concours armé ne furent jamais exécutées^.
se plia à leurs usajïes et leur fit prêter serment d'hommage. Il faut dire qu'Alexis, par les dépenses considérables qu'il fit pour les croisés, crut acquérir des droits sur eux et que la condviite des chefs l'encouragea dans cette opinion. L'argent grec fut le bienvenu chez les plus orgueilleux des princes latins et triompha de leur première résistance aux volontés de l'empereur. Leur soumission fut égalenient facilitée par la conviction qu'ils eurent bientôt que l'aide du basileus était indispensable à leur entreprise, au moins au début, et que sans elle ils ne pourraient rien faire. Au service de ces projets, Alexis a mis toute son habileté politique ; négociateur merveilleux, il a su profiter, pour atteindre son but, de toutes les faiblesses et de tous les défauts des Latins ; les promesses et les présents ne lui ont rien coûté pour amener les croisés à entrer dans ses vues. Mais une fois qu'il eut contracté avec eux un traité, le basileus s'est montré fidèle à sa parole, et la rupture qui se produisit entre lui et les princes latins doit être attribuée en grande partie à la mauvaise foi de ces derniers. Alexis, d'ailleurs, chercha toujours à rester en bons termes a\ec les croisés et à trouver parmi eux des alliés contre le seul d'entre eux qu'il rendît responsable de leur manque de foi, le prince d'Antioche. Aux yeux de Comnène, les vrais ennemis de Byzance ont été Bohémond et Tancrède, installés à la frontière de Cilicie; les autres croisés étaient trop loin pour que l'empereur s'en inquiétât. Mais la lutte toute politique que le basileus eut à soutenir contre Bohémond a eu pour résultat de faire passer Comnène aux yeux des Orientaux pour l'ennemi de tous les croisés, car c'est ainsi que Bohémond, lors de son séjour en France, en 1106, le représente à la foule des chevaliers venus pour s'enrôler sous ses ordres. En faisant de l'empereur l'ennemi de tous les Latins, au lieu d'en faire ce qu'il était réellement, son ennemi particulier, Bohémond a, plus que tout autre, contribué à former une légende hostile autour d'Alexis. » (H. L.)
1. Alexis envoya à la rencontre de chaque bande des officiers chargés de la recevoir et de la guider dans la traversée des provinces impériales. Les croisés seraient encadrés par des soldats impériaux chargés de la discipline, — quelque chose d'analcguc au service de la Prévôté dans nos armées modernes. Les croisés avaient un goût décidé et une rare expéricuce de la maraude; il leur fallut compter avec ces Petchénègues, véritables rabat-joie, qui à tout moment inter-