‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 290 sur 505 · CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT · texte numérisé non relu

CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT

vernait l'Asie-Mineiire. Il fut vaincu, et Nicée prise le 19 juin 1097. A la suite de négociations secrètes, la ville se rendit aux députés grecs qui accompagnaient les croisés, et ceux-ci se virent ainsi privés de tout le fruit de leur victoire ^. Peu après, le [1^^ juillet], le sultan Arslan fut de nouveau vaincu à Dorylée, et depuis lors n'osa plus combattre les chrétiens ^. Au milieu des fatigues, les croisés continuèrent leur route par l'Asie-Mineure, par Antioche de Pisidie et par Iconium, en tournant au sud-est vers la Syrie, Ils avaient pour alliés naturels les populations chrétiennes de tous ces pays, que la conquête avait soumises à la domination turque, en particulier les Arméniens ; mais la discorde qui régnait parmi les mahométans leur fut encore plus utile. Il n'y avait partout que des principautés séparées et sans aucun lien entre elles. Les croisés surent, en outre, utiliser la haine profonde qui séparait les Sunites et les Schiites. Ils entrèrent en relations amicales avec le calife schiite d'Egypte, qui ne voulait pas faire cause commune avec les Seldjovicides sunites, et aussi avec les princes arméniens libres. Arrivée sur les limites de la Cilicie, la plus grande partie de l'armée des croisés, tournant le mont Taurus, se dirigea vers le nord-est, tandis c[ue le reste, sous la conduite de Baudoin et de Tancrède, suivant l'ancienne route romaine, traversa le Taurus pour envahir la Cilicie. Tancrède attendit à Alexandrette l'armée principale et Baudoin le rejoignit à Merasch (sur la limite est de l'Asie-Mineure). Le gros de l'armée marcha alors sur Antioche, tandis que

1. Alexis s'attendait à ce que cette nuée de sauterelles s'abattît sur Nicée dont on ne lui laisserait que les pierres; il prit ses mesures et, le jour de l'assaut, les soldats turcs au service de l'empire entrèrent dans la ville et vinrent planter l'étendard des Grecs sur les remparts. Décemment le pillage devenait difficile ; on n'y eût cependant pas regardé d'aussi près, niais il fui interdit aux croisés de pénétrer dans la ville autrement que par petits groupes. « Alexis avait promis aux croisés de leur donner l'or, l'argent, les chevaux, etc., qui se trouveraient dans la ville et de distribuer en outre de ses propres richesses tant que l'armée voudrait combattre à son service. Voilà encore un passage caractéristique qui montre bien que Comnène regardait les croisés comme des mercenaires à sa solde. Or, bien que Raymond d'Agiles ajoute qu'Alexis rendit à l'armée « une telle action de grâces que tant qu'il vivra le peuple le maudira et l'appellera traître «, nous sommes obligés de recoiniaître qu'Alexis a tenu sa promesse. » F. Chalandon, op. cit., p. 192. (H. L.)

2. Anonyme, Gesla Francor., 1. IX, c. ii ; 1. X, c. ii ; p. 197, note 2 ; Rôhrioht; op. cil. p. 90, n. 7.

Baudoin tourna vers l'est pour se joindre aux Arméniens chrétiens. Il fut adopté par le prince arménien d'Édesse, et lorsque ce dernier eut été massacre par son peuple, il fonda, au printemps de 1098, le comté d'Édesse, destiné à protéger Jérusalem du côté de l'est 1.

Sur ces entrefaites, le reste de l'armée, fort d'environ trois cent mille hommes, arriva, les 20 et 21 octobre 1097, devant Antioche, où régnait le prince turc Bagi-Sijan. Le siège dura, avec de grandes pertes de part et d'autre et d'épouvantables souffrances, jus- [238] qu'au mois de juin 1098 ^, Dans la nuit du 2 au 3 juin, un renégat ar-

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