CONCILES DEPUIS l'ÉLECTIO.N UE PASCAL II
le bénissant : l'archevêque et son clergé prétendirent que l'épreuve n'était pas concluante, et il s'éleva à ce sujet dans la ville de violentes disputes, qui coûtèrent la vie à plusieurs personnes. Grossulanus dut quitter Milan, mais, deux ans après, il porta ses plaintes au pape et à un concile romain (1105), auquel Liutprand fut invité. Pascal exprima son mécontentement de ce recours au jugement de Dieu et fut sur le point de déposer l'archevêque pour ce motif. Toutefois, celui-ci ayant pu prouver qu'il n'avait pas forcé Liutprand à subir cette épreuve, le pape maintint l'archevêque, et Liutprand dut demeurer encore sept ans sous son autorité ^.
On appelle concile, au sens large du mot, la réunion des seigneurs et d'évêques convoqués i)ar Henri IV à Ratisbonne, pour la Noël de 1103 ; on s'y occupa de déterminer comment les avocats avaient à exercer la protection des monastères et des églises et de fixer leurs honoraires ^. A la suite de nouvelles négociations entre Philippe I^^", roi de France, et Pascal II, le pape promit d'absoudre le roi à certaines conditions ; mais pour connaître le véritable état de choses, il envoya en France, au printemps de 1104, Richard, cardinal-évêque d'Albano. Celuici convoqua à Troyes un concile ^ auquel il invita personnellement Yves de Chartres, afin d'avoir son conseil dans l'affaire du roi. Yves répondit que, persécuté par son souverain depuis une dizaine d'années, il ne pouvait se rendre à Troyes, à moins que le légat ne lui en obtînt la permission. Quant au conseil demandé, il était d'avis que, si l'on donnait l'absolution au roi, ce devait être en présence d'un grand nombre d'évêques,
1. Coll. regia, t. xxvi, col. 772 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 741 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, part. 2, col. 1875 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1115 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 1184 ; Jafîé, Reg. pont, rom., t. i, p. 719 ; Pa^i, Critica, ad ann. 1100, n. 20; ad- ann. 1102, n. 7; ad aim. 1103, n. G; ad ann. 1104, n. 15; ad ann. 1105, n. 5-7; Muratori, Ilisloria d'Italia, 1747, t. vi, p. 521 sq.
2. Mansi, Concilia, Supplem. , t. ii, col. 215 ; Conc. ampliss. coll., l. xx, col. 1186 sq. ; Mon. Germ. hisl., Leges, t. ii, p. 62 ; Giesebrecht, Kaiser geschichie, t. III, p. 721.
3. 28 mars-2 avril 1004 ; Coll. regia, t. xxvi, col. 750 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 738-741 ; d'Achery, Spicilegium, 1661, t. iv, p. 239-244 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, part. 2, col. 1873 ; Coleli, Concilia, t. xii, col. 1111 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 1179 : Baronius, Annales, ad ann. lOOi, n. G, 7 ; Pagi, Crilica, ad aini. 1004, n. 8. (H. L.)
avec autant de solennité qu'on en avait donné à la condamnation. Mais le choix de Sens, que le légat avait en vue pour cette cérémonie, lui semblait inopportun : la ville étant trop sous la dépendance du roi ^,
Daimbert, archevêque de Sens, Rodolphe, archevêque de Tours, [273] Manassès II, archevêque de Reims, et un grand nombre d'évcques assistèrent au concile de Troyes (avril 1104). Yves de Chartres s'y trouvait. Hubert, évêque de Senlis, accusé sans preuve d'avoir vendu les ordres sacrés, se disculpa par serment. Le concile approuva et confirma l'élection de Godefroy, abbé de Nogent, au siège d'Amiens, et confirma deux donations faites par Hugues, comte de Troyes et de Champagne, à l'église de Saint-Pierre à Troyes et au monastère de Molesme. Les deux documents relatifs à ces donations nous donnent les noms des évêques présents et la date du synode.
D'après le conseil d'Yves, le légat renonça à Sens et désigna Beaugency, pour lieu de réunion du second concile qui se tint le 30 juillet 1104 2. Avec de nombreux évêques, le roi etBertrade s'y rendirent et se déclarèrent prêts à jurer sur les Evangiles qu'ils n'auraient plus commerce ensemble et ne se parleraient plus que devant témoins, jusqu'à ce que le pape leur eût octroyé une dispense. Le légat avait pour instructions de se régler d'après le conseil des évêques français. Toutefois, la plupart d'entre eux n'ayant pas voulu formuler leur avis, on n'aboutit à rien, quoique Yves et d'autres évêques eussent déclaré que l'on aurait pu donner légitimement l'absolution. Le roi se plaignit de cette absence de solution et s'adressa à Rome. Quoique jusqu'alors en butte à l'hostilité du roi, Yves prit enfin son parti, et sa lettre au pape à ce sujet est la source de nos renseignements sur le synode de Beaugency. Par une lettre du 5 octobre 1104, le pape informa les archevêques et évêques des l)rovinces de Reims, Sens et Tours, qu'en l'absence de son légat en France, il chargeait Lambert, évêque' d'Arras, d'absoudre, en présence des autres évêques, le roi et Bertrade, moyennant