CONCILES DEPUIS l'ÉLECTION DE PASCAL II
satisfaction pour le passé et le serment de n'avoir plus de com- I-'"*J merce charnel, et même de ne plus se parler, si ce n'est devant témoins. Ces conditions furent remplies le 2 décembre 1104, au synode de Paris, et l^hilippe et Bertrade furent réconciliés avec l'Éirlise ^.
Quoique la date exacte n'en soit pas déterminée, Mansi a placé en 1104 un concile espagnol tenu apud S. Mariant de Fusellis (Husillos) près de Valence, appelé aussi conciliuin Palentinum. On en sait seulement qu'il rétablit les droits métropolitains de l'Eglise de Braga ^. Dans un concile tenu à Reims (en 1105 et non 1109), Godefroy, le saint évêque d'Amiens, se plaignit des moines de Saint- Valéry [S. Walerici), qui se prétendaient exempts, et prouva que les documents pontificaux présentés par eux pour appuyer leurs prétentions étaient apocryphes ^,
A.U printemps de 1105, fut célébré un concile romain au Latran; c'est peut-être celui qu'on a vu plus haut porter une décision dans l'affaire de Grossulanus de Milan. Il s'occupa aussi du patriarcat de Jérusalem *. Après la mort de Godefroi de Bouillon 5, Baudoin, son frère, ayant été nommé roi (1100), rencontra
1. Labbe, Concilia, t. x, col. 742-743 ; Hardouiii, Coiic. coll., t. vi, part. 2, col. 1875 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1117 ; Mansi, Concilia, t. xx, col. 1194 ; on avait longtemps daté à tort ce concile du 2 décembre 1105 ; cf. Pagi, Criiira, ad ann. 1104, n. 4-6 : Bouquet, Recueil des Itist. de la France, t. xv, p. 197, la lettre de Lambert d'Arras au pape, rendant compte de ce qui s'est passé au concile, et citant les paroles du roi. F. Rocquain, La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther, 1893, t. i, p. 106-107 ; A. Luchaire, Les premiers Capétiens, dans Lavisse, Hist. de France, t. ii, part. 2, p. 174-175; Louis VI le Gros, annales de sa vie et de son règne, 1890, p. xxv-xxviii. (H. L.)
2. Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, index ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1115; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 1185. (H. L.)
3. Coll. regia, t. xxvi, col. 770; Rob. Quatremarius, Concilii Remensis quod causa Godefridi, Ambianensis episcopi, celehratum fertur, falsilas demonsirata, in-8, Parisiis, 1663 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 763-764 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, part. 2, col. 1895 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1147 ; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. XXI, col. 5; Gousset, Actes delà prou, ecclés. de Reims, p. 165; Pagi, Critica, ad. ann. 1109, n. 2, 7. Il s'agit de Saint- Valery-sur-Somme, arrondissement d'Abbeville, département de la Somme. (H. L.)
4. Mars 1105. Coll. regia, t. xxvi, col. 772; Labbe, Concilia, t. x, col. 741; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 1, 2, col. 1875 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1115; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 1184 ; Jaiïé, Regesta, t. i, p. 719. (H. L.)
5. 18 juillet 1100. Ordéric Vital, iv, 130; Albert d'Aix ; VII, c. xvui ; i!
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une vive opposition de la part du patriarche Daimberl ; la querelle s'envenima au point que le roi accusa le patriarche de parjure et de meurtre : il aurait engagé le prince Bohémond à tuer le roi lorsqu'il se rendait d'Édesse à Jérusalem ^. Baudoin fit parvenir ses plaintes à Rome, et le pape envoya en légation le cardinal Maurice, qui suspendit le patriarche jusqu'à ce qu'il se fût purifié par serment ^. Après une brève réconciliation, un nouveau conflit s'éleva, le patriarche dut quitter Jérusalem, et ses biens furent confisqués (en 1102). Un nouveau légat, le cardinal Robert, institua (1102), pour juger le patriarche, un tribunal; ce fut une sorte de synode qui prononça contre Daimbert l'excommunication et la déposition. Mais le patriarche se hâta d'aller à Rome, se justifia auprès du pape, au concile de Latran de 1105^, et fit si bien qu'il fut réintégré ^.
Ce même synode de Latran s'occupa encore du conflit entre Anselme de Cantorbéry et Henri I^^". Les messagers envoyés [275] par Anselme, pour s'informer des véritables intentions du pape, étaient rentrés en Angleterre (carême de 1103), porteurs de lettres qui renouvelaient la défense des investitures laïques. Sachant, à n'en pouvoir douter, le contenu de ces lettres, le roi refusa de les lire et plaça Anselme dans l'alternative ou de reconnaître ses droits royaux, ou de quitter l'Angleterre. Le primat répondit qu'il ne lui était pas possible de se prêter à la première de ces exigences, et le roi lui proposa, comme dernier expédient, d'aller lui-même à Rome, annoncer au pape
mourut de la peste; cf. Ekkehard, Chron. univ., édit. Hageumcyer, p. 1100; ini-alescenle posl hœc sestate, corrumpitur per Palœstinam aer cadaverorum jœlore- (H. L.)
1. Baudouin, prince d'Édesse, roi de Jérusalem, 1100-1118, cf. A. Woliï, Kunig Balduin i'oii Jérusalem, in-8, Konigsberg, 1884; Umlauff, Balduin I, Kônigsbcrg, 1885; Rohricht, GescJiichte des Konigreichs Jérusalem, p. 5; Ekkehard, Chron. unU'., p. 214, n. 22. (H. L.)
2. Daimbert aurait voulu (jue le trône de Jérusalem fût occupé par Tancrède, mais Arnulf s'y opposa; c'étaient toujours Lorrains contre Normands; cf. Albert d'Aix, VII, 46 : De sacrilegio ligiii sanclic crucis, quant parlim minuit ac dispersit , cf. VII, 49-951 ; Rohricht, op. cil., p. 18; Kuglcr, Albert von Aachen, p. î.87-297 (H. L.)
3. Il se retira auprès de Tancrède; Albert d'Aix, vu, tU-r)4 ; Rohricht, op. cit., p. 24; Ekkehard, Chronic. uiiiw, édit. Hageumcyer, p. 185 sq., n. 18 ; p. 198, 214, n. 22. (H. L.)
4. Pascal II, Epist. ad Hierosol. Eccles. clericos, P. L. , t. clxiii, col. 230.
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que le roi était décidé à maintenir le droit qu'il tenait de ses ancêtres. Anselme, voyant l)ien que le roi cherchait à se débarrasser de lui, sollicita un délai jusqu'à Pâques pour lui permettre de prendre les avis des grands du royaume. Ceux-ci s'étant prononcés dans le même sens que le roi, le primat se mit en route, le 27 avril 1103, déclarant qu'il ne conseillerait jamais au pape ce qui ne serait pas conforme à la liberté de l'Eglise et à son propre honneur. Après un séjour prolongé au Bec, Anselme arriva à Rome (automne de 1103), où il avait été précédé par un envoyé du roi Guillaume Warelwast ^. Les promesses, mélangées de menaces, de l'ambassadeur à l'audience publique, firent sur les assistants une grande impression. Encouragé, Guillaume déclara fièrement : « Mon maître ne se laissera pas arracher les investitures, dût-il lui en coûter son royaume !» — « Et moi, dit le pape, je ne les lui donnerai jamais, dût-il m'en coûter la tête. » La discussion prit ensuite une tournure plus pacifique ; mais le pape ne put accéder aux désirs du roi, et il le fit connaître dans une lettre (23 novembre 1103), pleine de douceur et d'amitié. Quelques jours auparavant, le pape avait écrit à Anselme pour lui confirmer ses droits sur l'Eglise de Cantorbéry ^. En regagnant l'Angleterre, Anselme rencontra à Plaisance l'ambassadeur du roi et voyagea avec lui jusqu'à Lyon. Là, Anselme voulut séjourner pour célébrer la prochaine fête de Noël ; mais Guillaume Warelwast devant hâter son retour, ils se séparèrent ; auparavant, l'ambassadeur déclara à l'archevêque, de la part [276] du roi, que, s'il voulait retourner en Angleterre, il devait se soumettre en tout aux volontés du roi, comme son prédécesseur (Lanfranc) l'avait fait pour le père d'Henri. Anselme, placé dans l'alternative ou de reconnaître les prétentions du roi, ou de demeurer en exil, choisit ce dernier parti, resta à Lyon et écrivit au roi. Celui-ci mit sous séquestre les biens de l'archevêché, laissant toutefois au primat une partie des revenus; en même temps, il l'informait qu'il envoyait au pape une nouvelle ambassade dont il lui ferait connaître le résultat. Les lettres écrites par Anselme, de son lieu d'exil, au roi, à la reine, qui avait pour l'archevêque une vénération filiale, aux évêques et clercs