CONCORDAT DE SUTIU
r303I Suivant les conventions, Henri arriva avec son armée devant Rome, le samedi 11 février, et campa au Monte-Mario, afin de se rendre, le lendemain, processionnellement, au couronnement. La Chronique du Mont-Cassin marque au samedi plusieurs événements survenus le dimanche. Ce jour-là, 12 février, le pape envoya des porte-étendards et des musiciens vers le Monte-Mario, à la rencontre du roi; le peuple, portant des fleurs, des branches d'arbres et les insignes des corps de métier, leur faisait escorte. On se rendit les otages de part et d'autre, et le roi prêta au peuple romain le serment accoutumé. La Chronique du Mont- Cassin prétend que le roi jura en allemand « qu'il ferait ce ({u'il lui plairait; » quelques Romains entendirent ces paroles et se réfugièrent dans la ville ^,
Le manuscrit du Vatican, qui contient les actes du couronnement d'Henri V, donne le texte même de ce serment : « Moi, Henri, futur empereur, je jure de respecter les bonnes traditions des Romains, et je confirme le troisième document (qui contient sur ce point des détails plus précis). Que Dieu me vienne en aide et ses saints Evangiles '^ ! «
A la porte de la ville, le roi fut reçu par les juifs et, à l'entrée, par les Grecs qui chantaient. Là se trovivait le clergé romain, qui conduisit le roi jusqu'à l'escalier de Saint-Pierre. Henri prétendit plus tard que quelques-uns de ses gens, qui se trouvaient dans la ville sans assister à la procession, avaient été maltraités et certains même tués par les Romains. Quant à lui, ajoute-t-il, sans vouloir ' ébruiter cette afï'aire, il n'avait pas quitté la procession ^. Au haut de l'escalier de Saint-Pierre, le pape, entouré de nombreux évêques, cardinaux, avec ses chantres, reçut solennellement le roi. Celui-ci se prosterna devant le souverain pontife et lui baisa le pied, mais aussitôt le pape le releva et ils s'embrassèrent par trois fois. Devant la porte d'argent de Saint-Pierre, le roi prêta ce serment : « Moi, Henri, roi de Rome, et, avec l'aide de Dieu, futur empereur, je promets et jure, devant Dieu et devant saint Pierre, d'être à l'avenir le protecteur et l'ami du pape et de la sainte Eglise romaine, dont je protégerai et défendrai de toutes mes forces les avantages, honneurs et possessions. En retour, que Dieu me vienne en aide, etc. » Le pape le déclara alors
1. Monitm. Cerm. Iiist., Sciipl., t. vu, p. 779 ; ^Vattel•ich, op. cit., t. ii, p. 5''i.
2. Momun. (ù'iin. Itisl., Lcges, l. ii, p. G8 ; Wallcrich, op. ri/., l. ii, j>.
3. Monurn. Germ. hisl., Lege-s, t. ii, p. 70 ; Watlerich, op. cil., l. ii, p. (il!.
empereur, l'embrassa de nouveau et fit lire par l'évêque do La- [304] bicum ^ la première oraison du rite du couronnement.
Le cortège entra dans la basilique et vint près de la table ronde de porphyre où, d'après la tradition, se lisait la seconde oraison du couronnement : c'était le moment d'exécuter la convention. Le couronnement devait suivre. Le pape invita le roi à déclarer qu'il renonçait aux investitures et à faire tout ce qui était indiqué par la première charte de Sutri, comme il était prêt lui-mcme à exécuter tout le contenu de la seconde. Henri répondit en assurant sous la foi du serment que « son intention n'était pas de rien enlever aux évêques, aux abbés et aux Eglises de ce qui leur avait été donné par les empereurs, ses prédécesseurs. » C'était renouveler la manœuvre de ses ambassadeurs lors des préliminaires de paix, c'est-à-dire rejeter sur le pape seul tout l'odieux d'une mesure qui allait dépouiller les prélats de leurs possessions, ou plutôt c'était rendre le pape seul responsable d'une mesure réellement inexécutable. Le roi demanda alors au pape de remplir sa promesse au siijet des regalia, disant que cette déclaration devait précéder sa propre renonciation aux investitures. Dans cette vue, Pascal avait rédigé un écrit conforme à la seconde charte du traité et conçvi en forme de privilège pour Henri et ses successeurs. On y expose d'abord qu'il est défendu aux clercs de se mêler des affaires séculières, et que les regalia imposent des préoccupations de ce genre aux évêques et abbés, les obligeant au double rôle de guerriers et de courtisans. C'est cet état de choses qui avait rendu nécessaire leur investiture par le roi avant leur consécration. De là étaient venues la simonie et la donation arbitraire des évêchés. C'est pour cela que Grégoire VII et L^rbain II avaient défendu aux laïques les investitures, et Pascal avait confirmé cette défense dans les conciles. Il ordonnait donc de rendre les regalia au roi, désormais empereur, et défendait, sous peine d'anathème, à tous les évêques et abbés présents et futurs, de jamais émettre des prétentions sur ces regalia, villes, etc., ou de s'en occu- })er, sauf demande expresse du roi. Les papes futurs devront maintenir sans changement cette décision. En revanche, le pape déclarait libres les églises qui, avec leurs possessions, n'avaient jamais appartenu à l'empire ^, aux termes de la
1. Labico, Lm'lcum, aujourd'hui Colonna, province de Rome. (IL L.)
2. Il faut lire : Qux ad regnum manifeste non pertinebant; cf. Stenzel, Gescli. der Frank. Kaiter, 1. i, p. f).'{3, notn 27 ; ^Vattol■i(•ll, op. cit.. 1. ii, p. '^C.