‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 346 sur 505 · CONCORDAT DE SUTRI · texte numérisé non relu

CONCORDAT DE SUTRI

[305] promesse faite par le roi au jour de son couronnement ^. On voit par ces derniers mots que le pape ne voulait ])ul)lier cet édit qu'après le couronnement ; mais il fut évidemment obligé de le lire au roi, parce que cette déclaration du pape devait précéder la renonciation aux investitures, laquelle devait suivre le couronnement. Henri répéta alors ce qu'il avait déjà insinué à Sutri, à savoir que le point concernant les regalia devait avoir l'approbation des prélats allemands, et là-dessus, il se retira dans une partie écartée de l'église, près de la sacristie, pour y délibérer avec ses partisans. A l'exception de trois évêques lombards, seuls, des évéques allemands assistaient à cette délibération. Comme elle traînait en longueur, le pape fit dire d'exécuter enfin le traité. Le roi revint alors avec les siens et protesta vivement contre la demande du pape de restituer les regalia à l'empire. C'était une décision inapplicable, c'était même une pure hérésie. Au rapport d'Henri, plusieurs personnes du parti du pape firent la même déclaration : aussi fut-il impossible à Pascal de publier son édit ^. Les discussions se prolongèrent, mais le pape montra plus de fermeté que ne pensait l'empereur. Afin de l'impressionner, le roi, passant sans transition à un autre sujet, demanda qu'avant tout on vidât le conflit survenu entre le pape et un Romain de distinction appelé Etienne et surnommé le Normand. Celui-ci était, avec Werner, margrave impérial d'Ancône, chef du parti qui, en 1105, avait proclamé l'antipape Silvestre IV ; après la chute de cet intrus, il avait sans doute été poursuivi par le pape pour

1. Monum. Germ. hisf., Leges, t. ii, p. 68; Watterich, Vitœ pontif. roman., t. II, p. 55 : Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 42 ; P. L., t. clxiii, col. 28o. llefele, qui prend parfois la peine assez superflue de jeter un coup d'oeil sur Fleury, remarque dans VHist. eccl., 1. LXI, c. xii, cette lettre du pape reléguée parmi les actes du concile tenu au Latran, en mars 1112, et terminée par un passage de l'encyclique d'Henri V. Cette confusion des deux documents se retrouve dans Vepist. xxii de Pascal II, chez Hardouin, Conc. coll., t. vi,part. 2, col. 1790, et Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 1007. A-t-on lu la charte concernant Henri V? celui-ci se garde d'en rien dire dans \'Encyclica //e/nr/ci; cependant, Ekkehard s'exprime ainsi : lectis publice privilegiis (les deux par conséquent) et il ajoute qu'Henri s'engagea à ce que ecclesias nummis quod numquam venderet ulli, non investiret. (H. L.)

2. J'ai combiné pour composer ce récit les données fournies par les Acta coronationis et par VEncyclica Heinrici F, dans laquelle il expose sa défense. Mon. Germ. hist., Leges, t. n, p. 68, 70 ; Watterich, op. cit., t. ii, p. 57, 62. 11 a été possible de donner ainsi plus de clarté au récit.

ses opinions gibelines ^. Henri avait abandonné l'antipape et l'avait forcé d'abdiquer '^ ; il n'en voulut pas moins revenir [300] sur cette affaire, afin d'effrayer le pape par la menace d'une enquête et d'une explication comme celle exigée jadis par Charlemagne de Léon III. Pascal répondit sans se troubler : « Voici déjà bien du temps écoulé, et l'oirice (la messe avec le couronnement) sera long aujourd'hui. Aussi, ne vous en déplaise, éclaircissons d'abord votre affaire.» — « A quoi bon tant de paroles ? dit au pape quelqu'un de la suite du roi. A quoi bon tant de paroles ? tu dois savoir que notre maître l'empereur veut être couronne, comme l'ont été autrefois Pépin, Charlemagne et Louis. » Pascal ayant refusé de procéder au couronnement, Henri, sur le conseil de son chancelier Adelberl et de Burchard, évêque de Munster, le fit entourer de soldats allemands. Pendant cette captivité de fait, qui commença dès le 12 février avant midi, il fut à peine possible au pape et à son entourage de se rendre à l'autel de Saint-Pierre pour célébrer la messe; à peine put-il se procurer le pain, le vin et l'eau pour le sacrifice ; après quoi, il dut quitter son siège et se réfugier avec sa suite près du tombeau de saint Pierre. Sur le soir, on proposa, par manière de transaction, de procéder immédiatement au couronnement, sauf à renvoyer à la semaine suivante l'accomplissement des autres stipulations du contrat. Mais les Allemands, sûrs de leur victoire, ne voulurent rien entendre, et le pape resta tout le jour prisonnier dans l'église. La nuit venue, il fut conduit avec toute sa suite dans une maison voisine, d'où les évêques d'Ostie et deTusculum purent seuls s'enfuir. En même temps, on arrêta un grand nombre de personnes, clercs et laïques ; beaucoup furent maltraités et dépouillés, et les soldats allemands pillèrent librement l'église. Conrad, archevêque de Salzbourg, et Norbert, chapelain royal, le futur fondateur de l'ordre des prémontrés, osèrent seuls désapprouver le procédé de l'empereur ; un chevalier allemand voulait punir l'opposition de l'archevêque en lui tranchant la tête ^

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