G09. PREMIERS CONCILES SOUS C.VLIXTE II
son sacre, il n'avait jamais reçu d'iuveslilure d'un roi de b'rance, et cependant, dans les choses temporelles, il était aussi lidèle à son souverain qu'aucun évoque investi. L'empereur ayant répondu « qu'il ne demandait rien de plus (que ce dévouement dans les choses temporelles), » l'évêque reprit : « Ainsi donc, si tu veux renoncer aux investitures, rendre leurs biens aux éolises et à ceux qui ont combattu pour la cause de l'Eglise, et si tu veux vivre ensuite en paix, le conflit se terminera, Dieu aidant. » L'empereur délibéra avec les siens et promit ce qu'on lui demandait, s'il trouvait auprès du pape foi et justice, et si lui et ses partisans avaient l'assurance d'être reçus et de rentrer en possession des biens perdus au cours de la lutte. Il confirma cette promesse entre les mains des envoyés que lui et ses conseillers adjoignirent aux ambassadeurs du pape. Ces derniers se hâtèrent de revenir à Paris rendre compte de tout au pape qui, partagé entre l'espérance et la crainte, dit : « Plût à Dieu que la chose fût faite, à supposer qu'elle fût possible sans fraude ! » Après s'être concerté avec ses conseillers, le pape envoya à l'empereur le cardinal-évèque d'Ostie (le futur Honorius II) et le cardinal
assurer que votre autorité royale n'en subira aucune diminution, je vous apprendrai que, quand j'ai été élu évoque en France, je n'ai rien reçu du roi ni avant ni après ma consécration, et cependant, par les tribut?, le service militaire, les impôts et les autres droits qui appartiennent à l'Etat, je le sers aussi fidèlement que vos évêques vous servent en votre royaume, en vertu de l'investiture qu'ils reçoivent de vous et qui a occasionné la discorde et o'ttiré l'ana thème sur vous. » Hesson le scolastique, Commenlariolus, dans Alon. Genn. hist., Script., t. xii, p. 423 ; Jafîé, Bibl. rer. Genn., t. v, p. 353; 'Watterich, Vitee pontif. rorn., t. ii, p. 128; P. L., t. CLXiii, col. 1083. Ce récit de Hesson, écolâtre de Strasbourg, et celui d'Ordéric Vital nous donnent, en ce qui concerne les négociations avec Henri V et le concile de Reims, des détails aussi précis qu'abondants ; A. Le Prévost, l'éditeur d'Ordéric Vital, t. iv, p. 372, dit à ce propcs : «Nous appel lerons d'une manière toute particulière l'attention des lecteurs sur ce pai-agraphe où le concile de Reims est décrit avec tant de détails et de vérité, que nous scmmes porté à croire que nclre auteur y avait assisté, peut-être à la suite de son abbé de Saint-Évroull. » Hesson raconte également des faits dont il a été le témoin : Qiiod vidi el (ludii-i, dit-il en terminant son récit. Mais il convient d'ajouter avec U. Robert, Histoire du pape Calidte II, p. 63, qu'il peut bien y avoir quelques exagérations dans les récits de Hesson et d'Ordéric Vital, qui sont loin d'être favorables à Henri V. Parmi les historiens modernes, E. Gervais, Politische Genchichte unter der Regierung der Kaiser Heinrich V u)id Lotluir III, t. I, p. 259-292, a traité avec soin et avec beaucoup de détails la question de l'entrevue des envoyés du pape avec l'empereur et celle du concile de Reims. (H. L.)
Grégoire (le futur Innocent II), les chargeant de déterminer d'une manière précise et par écrit les bases du traité de conciliation, et en môme temps pour fixer, si toutefois l'empereur avait été sincère, le terme auquel le contrat devait être conclu, c'est-à-dire avant la fin du concile de Reims. Sur ces entrefaites, les ambassadeurs du pape rencontrèrent l'empereur entre Metz et Verdun (probablement en route vers le Rhin) ; il renouvela aux deux cardinaux ses promesses faites à Strasbourg et il fut décidé que, le vendredi 24 octobre, le pape et l'empereur se trouveraient à Mouzon ^, pour conclure le traité sans intermédiaire. On rédigea aussitôt deux documents ainsi conçus : « Moi, Henri, par la grâce de Dieu, empereur auguste des Romains, pour l'amour de Dieu, de saint Pierre et du seigneur pape Calixte, je re- [350] nonce à toute investiture sur les églises et je garantis une paix sincère à tous ceux qui, depuis le commencement de ce conflit, ont lutté ou luttent du côté de l'Eglise; je leur restitue leurs biens ainsi que ceux des églises. Dans le cas où ces biens ne seraient pas en ma possession, je m'emploierai fidèlement, dans la mesure de mes forces, à les faire restituer. Si le différend se termine, les afTaires ecclésiastiques seront jugées canoniquement et les afTaires séculières par l'intervention séculière. » Le second document disait : « Moi, Calixte II, par la grâce de Dieu, évêque catholique de l'Eglise romaine, je promets une paix sincère à l'empereur Henri et à tous ceux qui ont été pour lui contre l'Eglise, et je leur restitue tous les biens qu'ils ont perdus par suite du conflit et qui sont en ma possession. Si ces biens ne sont pas en ma possession, » etc., comme plus haut ^.
Munis de ces documents, les ambassadeurs du pape se rendirent au concile général qui se tint à Reims ^, le 20 octobre, dans l'église
1. Alouzon, anundissenient de Sedan, dcparteineiiL d(^s Ardenucs. Cf. J. Haller, Die V erhandlungcn von Mouzon [1119], zur Vorgeschichte des Wormser Konkordats, dans Neue Heidelherg. Jahrb., 1892, 1. ii, p. 147-16'i. (H. L.)
2. Ego Henricus... dimitto omnem investiluram omnium œcclesiarum, et do veram pacem omnibus, qui, ex quo discordia ista cœpit, pvo ^'Ecclesia fuerunt vel sunt. — Ego Calixlus II... do veram pacem Ilenrico Romanorum impcralori augusto et omnibus qui pro eo contra /Ecclesiam fuerunt vel sunt. CI'. Mun.Cicrm. Iiist., Leges, sect. IV, Constit. et acia I, ii. 104, 105, p. 157 sq. ; E. Bernheim, Quellen, 1907, t. II, n. 23 a, 23 6, p. 53 ; Jalté, Bibliolh. rer. Gerni., \. v, p. 356, n. 199 ; Stumpf, Reg., n. 3160. (H. L.)
3. Coll. regia, t. xxvii, col. 28 ; d'Achery, Spicilcgiuiu, t. ii, j). 769-770 ; P. de Marca, Concordii saccrd. el imper., 1663, t. n, ]). 362-363 ; 2^ cdit., 1. ii,
GO;i. i>ni- .Mii:us conciles sols calixtic u 577
cathédrale de Notre-Dame ^. Le pape, le roi de France Louis VI (il resta deux jours à Reims) ^ et un très grand nombre de prélats
p. 435-'i3G ; Labbc, Concilia, 1. x, c-ol. 802-881 ; Ilardouiii, Coiic. coll., t. vi, part. 2, l'ol. 1983 ; Marlènc, Thés. nov. aiiecd., 1. m, col. 88'i-885 ; Coicti, Concilia, t. xii, col. 1289 ; Mansi, Concilia, Supplcni., 1. ii, col. 339 ; Conc. anipliss. coll., t. xxi, col. 233-256 ; Bouquet^ Recueil des liist. de la Gaule, 1. xiv, p. 200-20'», 390-391 ; Jafïc, Beg. pont, rom., t. i, p. 1S7-1SS; Gucrard, Caiiulaire de l'abb. de Saint-Victor de Marseille, 1857. 1. ii, p. 161-1G2, P. I.., t. clxiii, col. 1082; Ilessonis scholastici, Bclalio de concilio Beniensi, dans ISlon. Germ. hist., Scrijtl., t. xii, p. 422- 428 ; Libelli de lite, t. m, p. 22-28 ; Jail'é, Bibl. irr. Germ., 1. v, p. 352-365 ; Ordcric Vital, Hist. eccles., 1. XII, dans Mon. Germ. hist., Scrif)!., L xx. j). 69-75; Gerholius, De iiwesligatione Anticliristi, 1. I, c. xxvii, dans Libelli de lite, t. m, p. 337 sq. ; A. Luchaire, Louis VI le Gros, annales de sa vie et de son règne, in-8, Paris, 1890, p. 126, n. 266 ; U. Robert, Histoire du pape Calixlc II, 1891, p. 66-87. (H. L.)
1. « Devant le grand crucifix, des sièges avaient été mis pour les prélats. Les métropolitains prirent place selon le rang qui, de toute ancienneté, leur avait été assigné par les papes ; d'abord Raoul le Vcrd, archevêque de Reims ; Léger, de ]3ourges ; Humbault, de Lyon ; Geoffroy, de Rouen ; Thurstin, d'York; Daimber, de Sens ; Gilbert, de Tours; Baudry, de Dol; huit autres archevêques, avec leurs suffragants ; les représentants des évêques absents ; des abbés, des moines et une grande quantité de clercs. Parmi les évêques, Ordéric Vital, dont la Chronique nous donne ces intéressants détails, ne mentionne ici que celui du Mans, Ilildcbert de Lavardin, sans doute, comme le plus célèbre, selon lui, de tous ceux qui étaient présents. Plus tard, il citera Girard, évèque d'Angoulême ; Haton, de Viviers ; Geoffroy, de Chartres, et Guillaume de Champeaux, de Châlons-sur- Marne. Le trône du pape était élevé vis-à-vis de la porte de l'église. Après la messe, Calixte vint y prendre place. Devant lui, au premier rang, étaient les cardinaux-évêques : Gonon, de Palestrina; Boson, de Porto ; Lambert, d'Ostie ; puis Jean de Crème et Haton, évêque de Viviers. Ils étaient spécialement chargés de discuter à fond les questions et d'y répondre avec la compétence et la science qui les distinguaient. Chrysogone, cardinal-diacre et bibliothécaire de l'Église romaine, revêtu d'une dalmatique, était debout auprès du pape ; il avait à la main le livre des canons pour faire connaître immédiatement, s'il en était besoin, les sentences des Pères. Six autres personnages portant des tuniques et des dalmatiques se tenaient autour du trône pontifical, pour imposer silence, quand le bruit des discussions s'élevait trop haut. » U. Robert, Histoire du pape Ccdixte II, in-8, Paris, 1891, p. 67-68. (H. L.)
2. A. Luchaire, Louis ^'I le Gros, annales de sa vie et de son règne, 1890, p. 126, n. 266. Le roi, accompagné de Guillaume Cliton, se rendit à Reims, bien que malade, et prononça un discours dans lequel il se plaignit amèrement du roi d'Angleterre et précisa des accusations de déloyauté. Les prélats français en attestent la vérité. Geoff'roy de Rouen et ses suff'ragants veulent y répondre au nom du roi d'Angleterre, mais le concile refuse de les entendre; cf. une énumération des évêques présents au concile dans dom Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, ad ann. 111!), col. 5'il ; elle se termine ainsi : Ipse etiain illuslris et gloriosus Fran-