‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 380 sur 505 · PREMIERS CONCILES SOUS CALIXTE II · texte numérisé non relu

PREMIERS CONCILES SOUS CALIXTE II

de tous les droits, de la province française de Normandie et [352] avait fait subir toutes sortes de violences aux vassaux du roi de France. L'archevêque de Rouen se leva ausitôt, à la tête de tout l'épiscopat de Normandie, pour défendre sou seigneur; mais ses adversaires protestèrent si haut (ju'il ne put se faire entendre. Ensuite Ilildegarde, comtesse de Poitiers, se plaignit que son mari, le comte Guillaume le Troubadour, l'eût chassée et remplacée par Maubergeon, épouse du vicomte de Châtellerault. Le pape demanda si le comte était présent pour se défendre ; plusieurs évêques répondirent qu'il venait de tomber malade ; on ne put, pour ce motif, donner une décision définitive ^. Un autre conflit entre Audin, évêcjue d'Évreux en Normandie, et Amauri, comte de Montfort, occasionna dans l'assemblée des débats si violents entre Français et Normands ^, cjue le pape dut arrêter la

richesses et de sa puissance, s'est méchamment révolté contre moi ; traitreusement, il m'a fait une guerre atroce et a troublé mon royaume, au grand détriment de beaucoup. Le même Thibault a fait prisonnier et détient encore en captivité le légitime, Thonnête comte de Nevcrs, Guillaume, que vous connaissez bien, qui revenait du siège du château d'un voleur excommunié, d'un château qui était une véritable caverne de brigands et le repaire du diable. (C'est de Thomas de Marie, comte d'Amiens, baron de Boves et siredeCoucy, qu'il est ici question. Il fut assiégé dans Crécy.) Des prélats se sont justement soulevés contre Thomas de Marie, qui désole et met au pillage toute une province; ils m'ont demandé de l'assiéger comme l'ennemi de tous les pèlerins et de tous les petits ; ils se sont joints à moi, eux et les légitimes barons de France, pour réprimer ces brigands ; avec l'ensemble de l'armée chrétienne, ils ont combattu par zèle pour le service de Dieu. Guillaume rentrait tranquillement chez lui, avec une permission: il a été fait prisonnier. Thibault le retient encore, quoique nombre de seigneurs soient allés de ma part requérir le comte de le mettre en liberté et que les évêques aient lancé l'anathème sur toute la terre. « Ordéric Vital, Ilisf. eccl., édit. Le Prévost, t. IV, p. 376-378 ; Monum. Germ. hist., Script., t. xx, p. 71. (H. L.)

1. Hildegarde est appelée par certains auteurs Hermengarde. En 1111, Girard d'Angoulême, légat du pape, réprimanda le comte Guillaume et l'excommunia; en 111 4, Pierre de Poitiers renouvela l'excommunication et le duc lui accusa réception de son anathème par un ordre d'exil. Hildegarde comparut au concile avec ses enfants. D'après Ordéric Vital, ce serait Guillaume de Saintes qui aurait f.,it valoir l'excuse du comte de Poitiers ; il est possible qu'il y ait ici une erreur de noms. Pierre III de Confolens fut évêque de Saintes de 1119 à 1125, paraîtil; il l'était certainement en 1122. Il eut bien pour successeur à Saintes Guillaume Guadrat ou Guadradi, mais seulement vers 1127. L'évêque de Poitiers (1117-1123) se nomniait Guillaume-Gilbert de Ragioles. (H. L.)

2. Audin le Barbu, évêque d'Évreux (Ordéric Vital, //is/. eccl., édit. Prévost, t. IV, p. 379, n. 1), accusa Amaury de Montfort de l'avoir chassé de son siège et d'avoir brûlé son évêché. Aussitôt un chapelain d'Amaury lépliciua : « Ce n'est pas Amaury

discussion, et il prononça un discours pacifique, après lequel il renouvela les anciens décrets d'Urbain II au concile de Clermont. sur la trcvp de Dieu ^ En terminant, le pape dit qu'il devait

qui vous a chassé et qui a iucendié votre évêché ; ces maux sont arrivés par votre faute. C'est vous qui, par votre fourberie et votre méchanceté, l'avez fait dépouiller de sou comté par le loi d'Angleterre, mais il l'a recouvré par son courage, I a force de ses armes et l'appui de ses amis. Le roi est venu ensuite avec ses troupes assiéger la ville ; c'est par votre ordre qu'il a mis le feu, que les églises et les édifices ont été consumés par l'incendie. Après un pareil dommage, il s'est retiré, sans avoir pu s'emparer du château m de la ville. Que ce saint concile veuille bien voir et décider qui, d'Audin ou d'Amaury, doit être condamné pour l'incendie des églises. » (H. L.)

1. Calixte II parla en ces termes : '< Je vous en prie, mes bien chers frères, ne discutez pas longuement et inutilement, mais, comme des enfants de Dieu, mettez tous vos efforts à avoir la paix. Car c'est pour la paix que le Fils de Dieu est descendu du ciel ; il a pris un corps humain dans le sein de l'immaculée vierse Marie pour apaiser, par pitié, la guerre meurtrière née de la faute du premier homme, pour rétablir, comme médiateur, la paix enîre Dieu et l'homme, pour réconcilier les anges et les hommes. C'est lui que nous devons suivre en toutes choses, nous qui sommes ses représentants au milieu de son peuple. Appliquonsnous à procurer la paix et le salut à ses membres, puisque nous sommes ses ministres et les dispensateurs de ses ministères. J'appelle membres du Christ le peuple chrétien, qu'il a racheté lui-même au prix de son sang. » Après s'être encore assez longuement étendu sur les maux de la guerre et les bienfaits de la paix, Calixte ajouta : « Je prescris la trêve de Dieu, telle qiie le pape Urbain, de sainte mémoire, ordonna, au concile de Clermont, qu'elle fût observée, et, de par l'autorité de Dieu, de l'apôtre Sc.int Pierre et de tous les saints, je conhrme les autres décisions qui y ont été promulguées par les saints i'ères. L'empereur d'Allemagne m'a fait dire d'aller le trouver à Mouzon. afin d'y faire la paix pour l'utilité de notre sainte Mère l'Église. J'irai donc, pour traiter de la paix, et j'emmènerai avec moi mes frères, les archevêques de Reims et de Rouen et quelques autres de nos frères les évèques que je croirai surtout nécessaires à cette réunion. J'ordonne aux centres évèques et abbés de nous attendre ici jusqu'à notre retour, qui, avec l'aide de Dieu, aura lieu le plus tôt possible. Je vous recommande de rester tous ici, je ne veux pas non plus que Geoffroy, abbé de Saint-Thierry, s'en aille, quoiqu'il ait sa demeure près d'ici. Priez jiour nous, afin que Dieu, Nctre-Seigneur, nous accorde un heureux voyage et veuille bien diriger tous nos efforts pour la paix et l'utilité de l'Église. A mon retour, j'écouterai vos réclamations et vos raisons, le mieux que je pourrai, je les examinerai avec soin, avec l'aide de Dieu, afin que vous puissiez rentrer chez vous en paix et avec joie. Ensuite, j'irai trouver le roi d'Angleterre, mon fils spirituel, et mon cousin par les liens de parenté ; je le prierai, et le supplierai, lui, et son neveu, le comte Thibault, je demanderai aux autres belligérants de rendre justiie à tous, de recevoir aussi justice de tous, de vivre en paix selon la loi de Dieu, de renoncer aux horreurs de la guerre et de jouir avec leurs sujets des bienfaits de la paix. Ceux qui refuseront d'obéir à mes conseils et s'opiniàtreront à

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aller à Mouzon pour s'y rencontrer avec l'empereur d'Allemagne, et exhorta son cousin le roi d'Angleterre à se montrer juste à l'endroit du roi de France. Les membres du concile devaient rester à Reims pendant son absence (sans cependant continuer les sessions) et seconder ses efforts par la prière ; si, avec l'aide de Dieu, la paix était conclue, ils devaient lui laisser le soin de la ratifier ; mais si un adversaire manifestait des intentions perfides, il se hâterait de revenir parmi eux et frapperait ce traître du glaive de saint Pierre ^.

Les paroles que le scolastique Hesson met dans la bouche du pape pour annoncer son voyage sont très différentes de celles rapportées par Ordéric Vital, mais elles présentent un tel caractère de fidélité qu'il faut bien admettre que, si Ordéric a reproduit la substance du discours du pape, il n'en a pas donné le texte '^.

Le mercredi 22 octobre, Calixte quitta Reims et arriva le lendemain à Mouzon. Au rapport des annales de Mouzon, l'empereur campait avec trente mille hommes, non loin de la ville, près de la villa Beureliacum ^. Cette armée considérable éveilla des soupçons, et on se demanda si Henri ne voulait pas renouveler la scène de 1111. Aussi, ceux qui accompagnaient le pape lui [353] conseillèrent-ils de ne pas quitter la forteresse de Mouzon, qui

Iroubler, au mépris du droit, la tranquillité publique, je les frapperai d'un terrible anathènie, s'ils ne font pénitence et satisfaction canoniquement pour leurs péchés passés. « (H. L.)

1. Hesson dit que le pape ordonna aux archevêques, évêques et abbés du concile de réciter pendant son absence, surtout le jour de l'entrevue projetée avec l'empereur, des psaumes et des prières, de dire des messes, d'aller processionnellement nu-pieds de la cathédrale à l'église Saint-Remy. (H. L.)

2. Je n'en crois rien. Ce genre de pièce à conviction :« un tel caractère de fidélité,» est une monnaie qui a heureusement cessé d'avoir cours. Voici le texte de Hesson. Je le donne pour ce qu'il peut valoir, à chacun de choisir : Domini patres et jratres, scitis quamdiu mater nostra sancta Ecclesia contra simoniacam hœresim, maxime quœ per investituras fit, in patribus nostris lahoraverit. Et quia plaçait omnipotenti Deo nostris diebus Ecclesiae suse pacem offerre, et jam proxima aies coUoquii ad ipsum locum crastina die nos compellit accedere, summopere rogamus ut reditum nostrum patienter sustineatis, et si Deus pacem nobis dederit, commune gaudium uni^'erso mundo annuniietis. Si autem, quod Deus avertat, ad^-ersariu-'^ nobiscum in dolo agere tentaverit, festinanter ad vos rei'ertemiir ; et sicnt conventionem pacis, si fiât, vobiscum et per vos confirmare optamus, sic in commentorem fraudis, si infidelis evaserit, judicio Spiritus Sancti et vestro gladium beati Pétri vibrare tentabimus. Monum. Germ. hist., Script., t. xii, p. 425. (H. L.)

3. Annales Mosomagenses, ad ann. 1120, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. III. p. 1fi2.

appartenait à l'archevêque de Reims, et de se borner à envoyer des députés à l'empereur. C'est ce qui eut lieu. Auparavant, le pape étudia encore avec le plus grand soin, avec les prélats, les diverses phrases des deux documents qui allaient servir de base au traité. Sur les mots : « Moi Henri ..., je renonce à toute investiture sur les églises, » on remarqua qu'ils étaient suffisantes si l'empereur voulait agir loyalement ; mais au contraire, s'il méditait quelque fourberie, il fallait demander une rédaction plus explicite, car, avec celle-ci, l'emperevir pouvait (comme après le traité de Sutri) enlever à son gré aux évêchés les fiefs d'empire ; sinon, il pouvait continuer à donner l'investiture pour ces biens (tout en cessant de la donner pour les églises). Dans le document qui concernait le pape, on trouva trop vague l'expression : « Je . . . garantis une paix véritable à l'empereur Henri et à tous ceux qui ont été pour lui contre l'Eglise, » parce qu'elle semblait comprendre alors les évêques du parti d'Henri qui devaient leurs sièges à l'intrusion et en avaient expulsé les évêques légitimes ^. Après de longues délibérations, les députés du pape, le cardinal-évêque d'Ostie, le cardinal-prêtre Jean de Crème, l'évêque de Châlons, l'évêque de Viviers, Haton, et l'abbé Ponce de Cluny, se rendirent, le 24 octobre, auprès de l'empereur, dans son camp d'Ivoy, et lui présentèrent une nouvelle rédaction de ce passage. Nous ne connaissons pas exactement cette rédaction, mais nous en connaissons le sens, puisqu'il s'agissait de parer à deux équivoques ^. C'est donc à tort que Stenzel a prétendu que l'on avait voulu tromper l'empereur. On l'aurait trompé tout au plus comme celui qui, fermant bien sa porte et mettant le verrou, trompe le voleur. Au début, l'empereur soutint qu'il n'avait rien promis de ce qui se trouvait dans la nouvelle rédaction, mais l'évêque de Châlons protesta avec vivacité qu'il attesterait sous le serment et devant témoins que, dans les premières négociations, il avait parlé dans ce sens, et que l'empereur, d'accord avec lui, avait mis sa main dans la sienne en signe d'assentiment. Henri dut en convenir. Il en résultait d'abord que le nouveau formulaire ne contenait rien que ce qui avait été accepté et accordé par l'empereur dans les premières négociations; mais aussi

1. II ne pouvait s'agir que de rendre à la comm\inion de l'Eglise, sans plus, les évêques intrus ; non de reconnaître Tiiitrusion.

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