‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 381 sur 505 · PREMIERS CONCILES SOTS CAI-IXTE II · texte numérisé non relu

PREMIERS CONCILES SOTS CAI-IXTE II

que la première rédaction du concordat donnée par Henri n'exprimait pas fidèlement les concessions faites de part et d'autre. Cette première rédaction se prêtant aux interprétations équivoques, on s'explique pourquoi Henri ne demanda pas alors ce qu'il demanda au concordat de Worms. Son intention était certainement de continuer à donner des investitures, mais sous un autre titre (comme investitures du temporel); voyant sa ruse éventée, il se plai<2;nit que, lors des négociations, les députés du pape lui eussent extorqué des promesses qu'il ne pouvait tenir sans amoindrir son autorité. L'évêque de Châlons répondit : « Le pape ne veut aucunement, quoique le prétendent les brouillons, porter atteinte à l'empire ni à la couronne ; au contraire, il dit ouvertement (sans doute dans la nouvelle formule du contrat) que, pour le service militaire et toutes les autres obligations, les évêques doivent te servir comme ils ont servi tes prédécesseurs. Ce n'est pas abaisser, c'est élever la dignité de l'empire, que d'empêcher la vente des évêchés à l'avenir. » L'empereur demanda un délai jusqu'au lendemain matin pour délibérer avec les princes. Après qu'il se fut retiré, les députés du pape entrèrent en pourparlers avec quelques conseillers de l'empereur, pour préparer la cérémonie de l'absolution, et ils promirent de s'entremettre auprès du pape pour que l'empereurn'eût pas à recevoir l'absolution en public et pieds nus.

Lorsque ses ambassadeurs lui rapportèrent ces entretiens, le pape, désespérant du succès, voulait dès le lendemain matin (samedi 25 octobre) retourner à Reims ; mais, sur le conseil du comte de Champagne et d'autres personnages, il se décida à prolonger son séjour jusqu'à midi, afin d'enlever aux Allemands tout prétexte de rupture. Le samedi, de grand matin, le pape renvoya l'évêque de Châlons et l'abbé de Cluny vers l'empereur. L'évêque de Châlons déclara qu'ils auraient pu à bon droit rompre dès la veille les négociations ; pour leur part, ils avaient toujours été prêts à remplir leurs engagements en temps opportun ; mais l'empereur ayant sollicité un délai jusqu'à ce jour, ils n'avaient pas voulu, pour ce délai d'une nuit, qu'on pût leur reprocher d'avoir fait échouer les négociations. Si donc maintenant l'empereur était disposé à conclure le traité, le pape était prêt à réaliser toutes ses promesses. Cependant, Henri sollicita un nouveau délai, pour tenir une diète générale des princes de l'empire, sans l'assentiment

desquels il ne pouvait renoncer aux investitures. L'évêque dé- [355] clara alors que les négociations étaient rompues et les ambassadeurs retournèrent vers le pape sans qu'aucune décision fût prise ; Calixte, craignant plus que jamais pour sa sécurité, se hâta de gagner un autre château appartenant au comte de Champagne. Henri fit dire à ce dernier de retenir le pape le dimanche, parce que, le lundi, il donnerait une réponse définitive. Calixte répondit que, par amour de la paix, il avait déjà fait des avances inouïes : il avait quitté un concile général pour venir trouver l'empereur, qui n'avait eu aucun égard pour ses prévenances; il ne pouvait attendre plus longtemps et devait retourner au concile ; il était prêt, du reste, à recevoir Henri, soit pendant, soit après le concile, si sa démarche était sincère. Le dimanche matin, le pape, craignant d'être poursuivi par l'empereur, se dirigea en toute hâte vers Reims, où il arriva assez tôt pour y célébrer la messe ^.

Le lendemain, lundi 27 octobre, le pape, encore fatigué de son voyage, put à peine se rendre au concile ; aussi fit-il raconter par le cardinal-prêtre Jean de Crème ce qui s'était passé à Mouzon ^.

1. Il venail do l'aire iiiio traite de vingt lieues, ij dit sa messe en arrivant et consacra évêcjue de Liège Frédéric, fils d'Albert et frère d'Hermann, comtes de Namur. Ordéric Vital, Hist. eccl.. édit. Le Prévost, t. iv, p. 374 ; Monum. Germ. hist., Script., t. xx, p. 70 ; Hesson, Commentariolus, dans ISIonum. Germ. hist.. Script., I. xn, p. 426 ; Jafïé, Bibl. rer. Germ., t. v, p. 361 ; Watterich, \'itie ponlif. rom., t. n, p. 134, P. L., t. clxiii, col. 1086. (H. L.)

2. « Vous savez, dit Jean, que nous sommes allés à Mouzon, mais malheureusement nous n'avons obtenu aucun résultat, et nous avons dû en revenir plus vite que nous n'y étions allés. Car l'empereur y vint avec une nombreuse armée, comme s'il avait dû livrer un combat ; il avait avec lui près de 30 000 hommes. Dès que nous en tûmes informés, nous enfermâmes notre Saint-Père à Mouzon, qui est dans le diocèse de l'archevêque de Reims, et, en partant pour l'entrevue fixée, nous lui recommandâmes instamment de ne pas sortir. A plusieurs reprises, nous avons cherché à entretenir l'empereur en particulier ; mais dès que, loin de la foule, nous nous retirions dans un endroit isolé, de nombreux gardes du corps, complices de ses desseins et de sa fourberie, nous entouraient et, brandissant leurs lances et leurs épées, ils nous causaient une grande frayeur, car nous n'étions pas venus comme pour une guerre, mais seulement pour rendre la paix à l'Égliso. L'empereur se moquait de nous, en usant de ruses, de faux-fuyants, ses paroles étaient dictées par la mauvaise foi ; ce qu'il désirait, c'est la présence du pape afin de pouvoir s'emparer de sa personne. Mais nous n'avions pas oublié qu'il était entré à Rome par ruse et qu'il avait fait prisonnier le pape Pascal, à l'autel de l'éfflise Saiat-Pierre ; aussi avions-nous eu bion soin do laisser le Saint-Père

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