‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 387 sur 505 · AUKLAUD ET LE CONCILE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

AUKLAUD ET LE CONCILE DE SOISSONS

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Abélard est un des représentants les plus accomplis du caractère médiocre el du talent ennuyeux. Il était légèrement breton, car né à quatre lieues de Nantes, capitale de la Brett.gne, il participait nécessairement à la réprobation qui, pour les naturels bretons bretonnant, frappe le « gallo ». Comme beaucoup de jeunes gens de son temps, il rôda de province en province en quête d'enseignement, passa par Chartres et y récolla ce sobriquet d'Abélard qui ne le quitta plus (cf. Clerval, Les croies de Chartres au moj/en use, 1895, p. 192) ; il écouta tour à tour Roscelin et Guillaume de Champeaux, subtilisa à leur école et pour son propre compte, y prit un grain de i'clie et le garda. A vingt-trois ans, il avait pignon sur

rue, Irnail école à Mcliin (110Î2), puis à Corbcil, puis à Paris, où il harcola Guillaunio de Champcaux, la» colonne des docteurs», et l'ébranla de son mieux. P. L., t. ci.xxviii, col. 119. Eu veine de succès, il établit son école à Sainte- Geneviève, puis, en quête d'aventures, s.'en fut ù Laon,où on disait merveille de 1(^1 eignemenl d'un certain Anselme. Trouvant cette réputation surfaite, il ouvrit une école, mal lui en prit ; en ce temps-là, comme depuis, les villes de province n'étaient pas assez, grandes pour faire place à la contradiction. Abélard revint à Paris; il n'y perdit guère puisque, quoique laï(|uc, on l'y nonuna chanoisH' et directeur delà grande école de Notre-Dame (1113). Ce fut le beau moment, mais ipii dura peu. A trente-quatre ans, il cul des milliers d'auditeurs, venus de itartout et même de très loin et, dans le nombre, des hommes d'avenir, qu'on en juge : dix-neuf cardinaux, cinquante évêques ou archevêques, un pape, Célestinll, cl un hérétique, Arnaud de lirescia. Entre temps, Abélard s'accordait des iiicncis c|ui ne vont guère à un chanoine et à un docteur. Epist.,xvi, P. L., l. i:i.x\viii, col. 373 : Cuni iottts in superhia et luxuria lahorarem. Sur ces entretaites, éclata un scandale qui fit plus pour sa célébrité que tous les syllogismes. Un rayon de poésie le toucha, l'amour, coupable sans doute, pour Héloïse,mais si durement expié, jeta Abélard dans ime suite ininterrompue de déboires, de misères, de faux-pas. Réfugié à l'abbaye de Saint-Denis, désolé, humilie, n'osant plus se compter au nombre des hommes, il embrassa la vie monastique (1119) ; il ne trouva pas la paix et il sema le trouble autour de lui. Ses disciples l'en suppliant, il reprit ses leçons à Saint-Denis d'abord, ensuite à Saint- Ayoul près de Provins et, sous prétexte de réfuter le trithéisme de Roscelin, tréi)uclia lui-inênic dans le sabellianisme. 11 en résulta d'abord une polémi([ue fl'ur.e violcnee inouïe entre Abélard et Roscelin, Episl., xiv, xv, P. L., t. clxxviii, col. 350-372, puis la dénonciation, peut-être par Roscelin, P. L., col. 357, sûremont par Albéric et Lotulphe de Reims, de l'opuscule d'AbcIard, De unitale et Irinitate divina.

Ce traité mérite qu'on s'y arrête ; il a été découvert et publié réeenament par R. Stôlzle, Ahselard's 1121 zu Soissons verurlheilter Traclatus de unitate et tririilale divina, in-8, Freiburg, 1891. L'étude de>* modifications apportées aux fragments communs prouve que le De unitate a précédé la Tlieologia chrisfiana, tt celle-ci V Intt oduclio ad theologiam. Voir, par exemple, un long passage commun aux trois tntités : De unitale, édit. Stôlzle, p. 43-54, = Tlieologia, dans P. L., t. CLXXVIII, col. 12''rl-l247 ; = Introduction, P. L., t. clxxviii, col. 1059-1065. On constate de l'un à l'autre de ces ouvrages le progrès de la pensée et de l'expression : De unit., p. 50 ; TheoL, col. 1247 ; In'.rod., col. 1065; de nouvelles lectures : TheoL, col. 1170 ; Inlrod., col. 1039; des phrases intercalées sans prendre soin de corriger les anciennes transitions : TheoL, col. 1246 ; Introd., col. 1064. Il n'est donc plus possible de croire, avec dom Martène et Hefele, que {'Introduction, composée avant 1120, a été condamnée à Soissons : d'après Abélard lui-même, le livre de Soissons était un « opuscule sur la Trinité)). Epist., XIV, P. L., t. clxxviii, col. 357, tandis que V Introduction est une « somme " sur toute la théologie. De plus, elle est sûrement postérieure à l'année 1133, puisqu'elle parle de Pierre de Bruys, Introd., 1. II, P. L., t. clxxviii, col. 1056 ; M. Denifle approuve les conclusions de Goldhorn sur ce point. Voir : Abélard' s Srnicnzen inid die Bearheitungen seiner Tlieologia, dans Archiv fitr Literatur und }\ir< hengeschichte des Mittelalters, 1885, t. i, p. 603, 612, etc.

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