‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 388 sur 505 · ABÉLARD E r LE CONCILE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

ABÉLARD E r LE CONCILE DE SOISSONS

qu'il s'était ten\i au printemps de 1121, en mars ou avril ^. Otton de Freisingen dit qu'Abélard avait trop atténué la triple personnalité de Dieu, et soutenu cette proposition : « De même que le commencement, le milieu et la conclusion d'un discours ne forment qu'un seul discours, de même le Père, le Fils et le Saint- Esprit ne forment qu'ï^n seul Èlre. » Aussi avait-il été condamné comme entaché de sabellianisme, par un concile tenu à Soissons, sous la présidence d'un légat du pape Conon, et on l'avait forcé à brûler ses livres. On ne lui permit pas d'exposer sa défense, parce que tous connaissaient son talent à mener une discussion ^.

Le De unitate et Irinilate divina n'est donc pas un abrégé de la Theolo'^ln et encore moins une « expression plus complète de la pensée d'Abélard suj- la Trinité, » comme l'a pensé un savant critique. Mignon, Les origines de la scolastlquc et Hugues de Saint-Victor, in-8, Paris, 189G, t. i, p. 167. C'est bien, ainsi que l'a prouvé Stôlzle, op. cit., préf., p. xsq., le traité spécial sur la Trinité dont Abélard était si fier et qui fut brûlé à Soissons. Le P. Mandonnet pense avec raison que « cet ouvrage forme, avec la lettre apologétique de Roscelin, la partie la plus importante du dossier relatif à ses démêlés avec Abélard. » Revue thomiste, 1897, p. 300. La Theologla chrlstlana n'est qu'une seconde édition, avec de nouveaux développements, du De unitate et trlnltate divina, dont elle reproduit le plan, les nombreuses objections et le texte intégral, sauf de très courts fragments (15 pages environ) jugés inutiles ou obscurs. C'est la revanche d'Abélard contre le concile de Soissons ; dans le portrait si peu flatteur d'Albéric de Reims, Theol. christ., 1. IV, P.L., t. ci.xxviii, col. 1285 : Est et alius In Francia..., il y a une allusion à la scène de Soissons racontée dans l'autobiographie d'Abélard, Historla calamltatum. dans P. L., t. clxxviii, col. 147. L'ouvrage paraît se terminer à la lin du livre IV, comme l'indiquent le plan, l'expression même de no^'lsslma quœstlo, Theol. christ., 1. IV, P. L., t. clxxviii, col. 1313, et surtout la conclusion finale : Ihrc tios... P. L., t. clxxviii, col. 1713.

Ce concile de Soissons n'est, dans la longue histoire des infortunes d'Aljélard, qu'une j)remière et vive escarmouche. A ce moment, avec beaucoup d'esprit de suite et une forte dépense d'énergie, sa vie pouvait encore prendre une direction utile et son activité produire des résultats féconds. Abélard était compromis, il n'était pas déconsidéré et, au lendemain du concile de Soissons, il n'eût tenu qu'à lui de réduire à deux chapitres seulement Vlllstoria calaniltitum, à laquelle il va en ajouter un bon nombre d'autres. (H. L.)

1. Labbe, Concilia, t. x, col. 885-888, 990 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1103 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1319 ; la note montre bien que le concile ne peut être que de 1121. Mansi, Conc. ampllss. coll., t. xxi, col. 265 ; R. Stôlzle, Abselard's 1121 zu Soissons verurtheilter Tractalus de unitate et trlnltate dù'lna, in-8, Freiburg, 1891; cf. .1. Drœsekc, dans Zeltschrljt fiir wlsscnschaftllche Théologie, 1892, t. XXV, p. 117-120 ; P. Fournier, dans Bulletin critique, 1892, p. 460; Schanz, dans Theol. Quartalsch., 1892, p. 488-491. (H. L.).

2. Schone, Der Cardlnallegat Kuno, 1857, p. 76 sq. 1! faut reconnaître que la

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Sauf ces indications et quelques autres maigres renseignements, nous n'avons sur le concile de Soissons d'autres documents que la lettre d'Abélard, Epist. i. ou Historia calamitatum, qui respire une évidente partialité. « Je commençai, dit-il, par faire un traité rationnel sur le fundamentum fidei (doctrine de la sainte Trinité), et composai une dissertation théologique sur l'unité divine et la Trinité ; elle était destinée à mes élèves, qui demandaient des exposés philosophiques et préféraient une raison à une ailirmation. A ce sujet, ils firent les remarques suivantes : tous les mots dont le sens et l'intelligence {intelligentia) nous échappent sont inutiles ; on ne peut croire que ce que Von a compris [intellectum) ; il est ridicule d'enseigner ce que ni le maître ni l'élève ne peuvent comprendre. Le Christ lui-même blâme les aveugles qui veulent conduire des aveugles ^ [intellectu). Mon travail plut généralement...; aussi mes rivaux, et surtout mes deux anciens adversaires Albéric et Lotulf, qui, après la mort de leurs maîtres Guillaume (de Champeaux) et Anselme (de Laon), voulaient dominer partout, cherchèrent ma perte. Ayant la direction des écoles de Reims, ils amenèrent après beaucoup d'efforts l'archevêque Rodulf à tenir, sous le nom de concile, un conventicvile à Soissons, d'accord avec le légat Conon de Préneste, Je fus invité à m'y rendre, porteur de mon célèbre ouvrage sur la Trinité. J'obéis. Avant notre arrivée à Soissons, les deux adversaires nous avaient tellement noircis auprès du clergé et du peuple, que nous fûmes presque mis en pièces, moi et les étudiants de ma compagnie, sous prétexte que nous enseignions l'existence de trois dieux ^. Je me rendis immédiatement auprès du légat et lui remis mon livre pour qu'il le lût et l'appréciât, lui déclarant d'avance que j'étais prêt à corriger ce qui pouvait être opposé à la foi, et à donner satisfaction. Il m'ordonna de remettre mon livre à l'archevêque et à mes deux adversaires. C'étaient donc mes accusateurs qui allaient devenir [360] mes juges, afin que cette parole fût accomplie : « Nos ennemis sont nos juges ^. » Néanmoins, comme ils n'y purent rien trouver de répréhensible, ils différèrent sa condamnation jusqu'à la fin

raison, si c'est la véritable, était plus honorable pour le talent reconnu de l'accusé que pour la capacité de ses juges. (H. L.)

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