‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 413 sur 505 · L'abbé Girard était mort le 17 janvier 1123. (H. L · texte numérisé non relu

L'abbé Girard était mort le 17 janvier 1123. (H. L

2. Pierre Diacre, Chronicon Cassinense, dans Moiiitm. Germ. hist., Script,, t. VIII, p. 808 ; llardouin, Coiic. coll., t. vi, part. 2, col. 1105 ; Mansi, Conc. ampliss.

644 t.ivRK xxxii

Les canons 18, 22 et 23, cités plus haut, ont sans doute été promulgués à la suite de ces débats entre les moines et les évêques, afin de sauvegarder les droits de ceux-ci contre les empiétements de ceux-là ^.

coll., I. XNi, col. l!7"J. hans les (.ullccliuiis dos conciles, on a place à lorl celte délibération louchant le Mont-Cassin et les autres monastères dans un concile romain qui se serait tenu en 1122 et ({ui, en réalité, n'a jamais eu lieu.

1. Le biographe de Calixtc II, Pandulfe, dans \Yatterich, op. cil., t. n, p. 116 ; Lib. ponlif., édit. Duchesne, t. ii, p. .j2.3, dit au sujet de ce concile : ...Fere jam deperditam mundo pacem rcatituit. « Il n'y a rien à ajouter à ce jugement ; il résume en deux mots les conséquences heureuses qui résultèrent do la convocation de cette grande assemblée. » U. Robert, Hint. du pape Calixte II, p. 177. (H. L.)

t^^^l LIVRE TRENTE-TROISIÈME

CONCILES, DU IX« CONCILE ŒCUMÉNIQUE AU CONFLIT AVEC LES HOHENSTAUFEN, 1124-1152

6i3. Conciles sous le pape Honorius II et lempereur Lothaire III.

Peu après la célébration du neuvième concile œcuménique, Calixte II et Henri V moururent; le premier, le 13 décembre 1124 ^,

1. Sur la date de la mort du pape, cf. U. Robert, Histoire du pape Calixte II, in-8, Paris, 1891, p. 193 : « Calixte avait gouverné l'Elglise cinq ans, dix mois, onze ou douze jours. Pendant ce court espace de temps, et pour ne parler que des principaux actes qui ont signalé son pontificat, il avait combattu et vaincu — ■ résultat que n'avaient pu atteindre ses prédécesseurs, même les plus illustres — les abus qui désolaient l'Église : les investitures, la simonie, l'incontinence des clercs et le mariage des prêtres; il avait rétabli la discipline ecclésiastique, défendu efficacement les monastères et les églises contre les empiétements des laïques, assemblé d'importants conciles, qui élaboraient et proclamaient toutes les réformes nécessitées par la situation actuelle de l'Église ; il avait obtenu la réunion de l'Église grecque à l'Église latine ; il avait songé à organiser une croisade en Espagne, en même temps que la Terre Sainte faisait l'objet de ses préoccupations. Enfin, autant pour le bien général que pour celui de l'Église, il avait mis heureusement un terme, par le concordat de Worms, à la longue querelle des investitures. Sans rien abdiquer des principes et des droits sacrés dont il avait la garde, Calixte, avec sa haute intelligence, sa rare habileté et sa sage prudence, jointes à une fermeté dont il donna souvent des preuves, avait compris qu'il serait dangereux de poursuivre la réalisation des conceptions trop absolues de Grégoire VII ; il avait compris, pour avoir été longtemps le témoin et un des principaux acteurs de la querelle des investitures, que la papauté et le pouvoir impérial ou royal avaient besoin, pour subsister, d'un mutuel secours et d'une étroite union ; que l'unité de l'Église et la paix de l'Europe chrétienne en dépendaient, et que le meilleur moyen de maintenir l'une et l'autre était de donner à César ce qui appartient à César, et d'obtenir pour l'Église tout ce qui est à l'Église. Par lui, dans l'ordre temporel, le patrimoine de saint Pierre recouvra une partie des biens dont il avait été dépouillé.

« Pour apprécier comme il convient les résultats de la politique de Calixte II,

il faut se reporter à l'ôpociuo où il vivait. Va\ Allemagne régnait un empereur qui n'est plus un inconnu pour nous, Henri V, prince brave et qui a marqué son passage sur le trône par d'importantes rctormes, mais aussi, en se révoltant contre son père, en le dépouillant et en le forçant à s'expatrier; en faisant arrêter à l'autel le pape Pascal, en le remplaçant par Burdin, et en chassant ensuite Gélase II, il avait montré iju'il ne reculait devant rien pour satisfaire son ambition ou sa vengeance. Caiixte ne devait pas céder aux exigences de l'empereur, mais le modns vivendi établi par le concordat de Worms éteignit un schisme que la prolongation de la querelle des investitures n'eût fait que rendre plus complet.

« La situation était-elle plus satisfaisante en Angleterre ? CalixLe avait pu, lorsque, étant archevêque de Vienne, il y avait été envoyé comme légat, voir que l'autorité de Rome y était presque entièrement méconnue, quoique le christianisme y fût florissant ; en réalité, dans ce pays, l'Église était avant tout nationale. Lors de l'entrevue de Gisors, Caiixte avait obtenu du roi juste assez de concessions pour qu'il pût croire que le pape était reconnu comme chef de l'Église. La rivalité qui existait entre les évêques d'York et de Cantorbénv' divisait profondément le clergé anglais, elle ne divisait pas moins le pape et le roi, qui soutenait naturellement l'archevêque de Cantorbéry, le primat de l'Angleterre. Pour qui connaît Henri, souverain puissant et heureux, mais absolument dépourvu de scrupules, fourbe, avare, débauché, cruel, ayant donné l'exemple de tovitos les injustices, complètement sceptique en matière religieuse, mais très jaloux de son autorité sur le clergé de son royaume, il n'est pas douteux que Caiixte dut user do beaucoup d'habileté et d'un grand esprit de conciliation pour mettre fin à ce conflit et, dans une question aussi délicate, faire accepter son autorité. 11 lui avait été moins difficile de faire agréer par Alexandre, roi d'Ecosse, l'archevêqvie d'York comme métropolitain.

« En Espagne, Caiixte avait toutes sortes de sujets de préoccupation. D'une part, les guerres incessantes que le roi d'Aragon, Alphonse P"" le Batailleur, eut à soutenir contre les Sarrasins ; d'autre part, les discussions intestines affaiblissaient ce malheureux pays, dont ce prince avait sous son sceptre les lambeaux demeurés chrétiens. Chose triste, c'était la propre belle-sœur de Caiixte, la reine Urraca, qui était la cause de ces discussions. Veuve de Raymond, frère du pape, elle s'était remariée au roi d'Aragon, à qui elle avait apporté le royaume de Léon, de Castille et d'Asturie. D'une ambition effrénée, elle eût voulu régner seule et reléguer Alphonse au second rang ; d'où, mésintelligence et querelles domestiques, qui, de la cour, devaient gagner le pays. En effet, sous prétexte de mettre un terme aux débordements de la reine, Alphonse la fit enfermer au château de Castellar ; mais aussitôt qu'elle fut en liberté, elle souleva la Castille contre le roi d'Aragon, puis associa à sa royauté Alphonse-Raymond, qu'elle avait eu de son premier mariage, se brouilla avec lui, lit emprisonner Diego, archevêque de Compostelle, ainsi que nous l'avons vu, pour le punir d'avoir embrassé le parti de son fils. Heureusement, la mort d'Urraca devait mettre fin au.x maux que son ambition, son despotisme et ses désordres avaient causés. Caiixte avait cherché de son mieux à en réparer quelques-uns ; son neveu Alphonse put rendre la paix et une prospérité relative à l'Espagne, dont il se fit couronner empereur en 1135.

« Sous le règne malheureux de Nicolas ou Niels, le Danemark ptait en proie

le second, le 23 mai 1125^. Dans l'intervalle entre ce concile et lenr mort, il ne fut célébré aucun synode de quelque importance; du moins, nous ne connaissons guère que les noms de six synodes français célébrés à Bourges -, à Chartres ^, à Clermont *, à Beauvais ^,

aux discordes intcrieuros. La Hongrie était épuisée par les guerres contre l'Autriche, la Bohèmo, la Pologne, la Russie, la fîrèoo ot la Bulgarie, dans lesquelles l'avait entraîi\ce le roi Etienne.

« La situation était plus satisfaisante en Russie, où régnait Wladimir II, le pacificateur et le législateur de ses États. En Suède, le roi Inge rétablissait la reliiïion chrétienne, malgré l'opposition de ses sujets. La Norwège était gouvernée par deux princes sages, Eysten ou Osten et Sigurd ou Siward. Ce dernier surtout s'appliqua à développer et à consolider le christianisme dans son royaume.

« C'est en France que Calixte II aurait eu son plus ferme, sinon son plus puissant appui, en la personne de son neveu Louis VI, si ce prince, brave, loyal, aimant la justice, n'avait été constamment engagé dans une série de guerres avec les scio'neurs voisins. Quoique, plus tard, saint Bernard, dans une de ses lettres, Epist.. XLix, P. L., t. CLXxxii, col. 158, l'ait traité de persécuteur, d'impie, de second Hérode, qui veut étouffer non plus Jésus dans sa crèche, mais triomphant dans ses églises, il se montra toujours plein de déférence envers le pape et le défenseur des églises et des monastères. » (H. L.)

1. W. Arndt, dans Allgemeine deutsche Biographie ; Bôhmer, Regesia reg. et imper., 1831, p. 100-107 ; Damberger, SijnchroiiistiscJte Geschichte, 1854, t. vu, p. ''j31-956; /lrî7iA'fte/<, p. 77-150; E. Gervais, Politische Geschichte Deutschlands tinter der Regierung Kaiser Heinrich'sV und Lotltar's II, 2 vol. in-8, Leipzig, 18'r2 ; Meyer von Khonau, Jahrbilcher des deutschen Reiches unter Ileinrich IV und Ileinrich V, in-8, Leipzig, 1907, t. vi ; R. Needon, Beitrdge zur Geschichte lleinricli's V, die Anjànge seiner Regierung [1105-1110], in-8, Leipzig, 1885; P. L., t. cLxii, col. 1134; t. clxiii, col. 467, 1359 ; t. clxxiii, col. 1226 : G. Peiser, Der deutsche Im'estiturstreit unter Kônig Ileinrich V bis zu dem pàpstlichen Privileg am 13 April 1111, in-8, Berlin, 1883: J. Roeskens, Kaiser Ileinrich V und Papst Paschalis II von der Erteilung des Privilegs am 13 Apr. 1111 bis zum Tode des letzteren am 21 Jan. 1118, in-8, Essen, 1885; G. Wernsdorf , ^d cojîcorda^. Heinrici V et Callisti II de im>estituris episcoporum c? fltfca^um, in-4,Wittebergaî, 1738. (H. L.)

2. Coleti, Concilia, t. xii, col. 1347; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 303. («. L.)

3. Labbe, Concilia, t. x, col. 908 (906) ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1347 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 305; dom Brial, Recherches sur l'objet d'un concile tenu à Chartres l'an 1124, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1818, t. iv, part. 2, p. 530-544. (H. L.)

4. Labbe, Concilia, l. x, col. 908 (90G) ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1347 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 305. (H. L.)

5. Labbe, Concilia, t. x, col. 908 (906); Gallia christiana, 1656, t. ii, p. 385- 386 ; HardouiT», Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1117 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XXI, col. 505. (H. L.)

à Vienne ^ et à Besançon ^. Le grand discours que l'on fait tenir [au vénérable] Hildebert du Mans, dans le synode de Chartres de l'année 1124 (sur le mariage avant et depuis Jésus- Christ, comme type de l'union du Christ avec l'Église), ne nous indique rien sur ce qui avait motivé cette assemblée ^,

1. Labbe, Concilia, t. x, col. 908 (90G) ; Ilardouin, Conc. coll., t. vi, pari. 2' col. 1117 ; Martène, Thésaurus, t. iv, p. 135-136 ; Coleti, Concilia, l. xiii, col. 1347 ; Mansi, op. cil., t. xxi, col. 317 ; Jaffc, Regesta pont, rom., t. i, p. 780. (H. L.)

2. Mansi, Concilia, Supplom., t. ii, col. 373 ; Conc. anipliss. coll., t. xxi, col. 325 ; Suchet, Le synode de Besançon en 1124 et la légende de saint Prudent, dans Acad. scien. Besançon, 1870-1872, p. 34.

3. II s'agit d'Hildebert de Lavardin, 1057, archidiacre en 1092, évêque du Mans, arclievcque de Tours, 1125, mort en février-juin 1133, ou bien le 18 décembre 1134. Cf. Bourgain, La chaire française au xii^ siècle, 1879, p. 37-43 ; Ceillier, Hist. génér. des auteurs ecclésiastiques, 1758, t. xxii, p. 12-51; 2^ édit., t. xiv, p. 207-225 ; P. Déservillers, Un évêque du xii<^ siècle, Hildebert et son temps, dans Bull, de la Société archéologique du Vendômois, 1863-1873, t. ii, p. 91-103 ; t. m, p. 32-49 ; t. IV, p. 74-94 ; t. vi, p. 16-33 ; t. vu, p. 66-89 ; t. vin, p. 84-100; t. IX, p. 94-115; t. x, p. 95-106; t. xi, p. 255-275; t. xii, p. 14-31, et in-8, Paris, lcS77, avec préface par A. de Margerie; A. Dieudonné, Hildebert de Lavardin, évêque du Mans, archevêque de Tours {1056-1135), dans Rev. hist.-archéol. du Maine, 1896-1897, t. xl, p. 225-256 ; t. xli, p. 51-85, 179-244, 378-421 ; t. xlii. p. 5-44, 165-205, 236-283 ; in-8, Paris, 1898 ; Gorini, Défense de V Église, 1866, t. III, p. 307-315 ; B. Haurcau, Histoire de la philosophie scolastique , 1872, t. i, p. 308-315 ; Histoire littéraire du Maine, 1873, t. vi, p. 117-159; t. x, p. 230-231; Notice sur les mélanges poétiques d'Hildebert de Lavardin, dans Notices et extraits des manuscrits, 1878, t. xxviii, part. 2, p. 289-448 ; Notice sur les sermons attribués à Hildebert de Lavardin, dans Notices et extraits, 1888, t. xxxii, part. 2, p. 107-166 ; t. xxxviii, p. 420-404, 409-410, 428-431, 436 ; V. Hébert-Duperron, De venerabilis Hildeberti, primo Cenomanensis episcopi, deinde Turonensis archiepiscopi, vita et scriptis, in-8, Bajocis, 1855 ; Histoire littéraire de la France, 1759, t. XI, p. 250-412 ; 2^ édit., note 20-26 ; A. Zingerlé, Zu Hildebert und Alanus, dans Sitzungsberichte phil.-hisl. AJiad., Wissensch., Mûnchcn, 1881, t. i,p. 298-

Hefele n'a évidemment pas connu un travail de doin Brial, qui s'excuse ainsi de l'aborder : « Le sujet que je vais traiter est en apparence bien mince : il s'agit de découvrir ce qui fut trtité dans un concile dont nous n'avons pas les actes, Qont les historiens n'ont presque rien dit, dont on ne connaît que l'année et le jour. » On va voir que, si Hefele n'avait pas, à l'exemple de la plupart de ses compatriotes, presque exclusivement borné son information bibliographique aux ouvrages en langue allemande, il eût été en mesure d'ajouter un paragraphe intéressant à son Histoire. Je cite la dissertation de dom Brial, elle a un siècle de date : voilà presque de l'inédit.

«Ce concile fut assemblé à Chartres : anno 1124., fuit conciliumCarnoti;\o\\k tout ce qu'en dit la Chronique de Maillezais, la seule à peu près qui en parle-

On a ignoré jusqu'à présent pourquoi ce concile fut assemblé, et je ne vois pas que personne ait essayé de le ilcviiier. O no fui cependant pas un de ces synodes que les léf^ats dvi pape dans leurs (ic[)arlenieHls, les métropolitains dans leurs provinces, les évêqucs dans leurs diocèses, assemblaient i'rcqucmmcnl, et ciuclqucfois pour des sujets assez légers ; il paraît que le concile de Chartres eut pour objet une affaire de lapins haute importance, puisque la cour de Rome, quoiqu'il y eût en France des légats en permanence, envoya, pour y présider, deux cardinaux des plus marquants dans le Sacré-Collège, Pierleone et Grégoire, cardinal de Saint-Ange, les mêmes cjui, six ans après, furent élus concurremment pour remplir la chaire de saint Pierre. C'est ce que nous apprend une note placée au bas d'une charte de Geoffroy, archevêque de Rouen, conçue en ces termes : Fada est autein hœc noslra concessio prias apud Rotomagum, anno ah incarnalione Domini JMCXXIII, prsesejitibus atquelaudnntlhus Tetethaldo i'enerabili Bleseiisium comité, Amahrico eodem (comité Ebroïcensi], Ei'ano Majoris monasierii sacrista, et Raduljo Mordente ; deinde anno ipso necdum Iransacto, apud Carnotum, iv idus martii, in ecclesia beaise Marise, tempore concilii, ibidem a romanse Ecclesise cardinalibus et legalis Pctro prcsbytero et Gregorio diacono solemniler celebrati, iibi interfuerc, etc. Mabillon, Annal, ord. bened., t. vi, p. 646. Cette note ajoute à la connaissance de l'année, que nous donne la Chronique de Maillezais, celle du jour auquel le concile fut assemblé, le 12 mars, et, de plus, le nom des cardinaux qui y présidèrent. Si la Chronique porte Vannée 1124, et la note Vannée 1123, ce n'est qu'une contradiction apparente, parce qu'à Rouen et ailleurs l'année 1123 ne devait finir qu'à Pâques de l'année 1124.

« La Chronique de Maillezais nomme encore quatre conciles qui furent convoqués en France cette même année, à Clermont , à Rouen, à Beauvais et à Vienne : mais elle ne dit pas qu'ils aient été présidés par les légats. La Chronique de Morigny (A. du Chesne, Script, rer. Franc, t. iv, p. 376) porte que ceux de Chartres et de Beauvais furent présidés par le cardinal Pierleone, d'où le P. Pagi, Critica, ad ann. 1124, n. 3, croit pouvoir conclure que les deux légats agissaient séparément; que le cardinal Grégoire exerçait ses fonctions à Clermont et à Vienne, pendant que Pierleone assemblait les conciles de Chartres et de Beauvais. Mais cette conjecture est démentie par la note rapportée ci-dessus, qui atteste que les deux légats présidèrent ensemble le concile de Chartres.

«Nous ignorons complètement ce qui fut traité aux conciles de Clermont, de Beauvais et de Vienne ; mais il est possible de découvrir quel fut l'objet de celui de Chartres. Muratori, Anecdota, t. m, p. 223, qui a publié, d'après un manuscrit de la bibliothèque Ambrosienne, un sermon d'JIildebert, évèque du Mans, va nous aider dans nos recherches.

«Ce discours, qui n'existe pas dans la collection des œuvres d'Hildebert, parce qu'apparemment il ne s'est point trouve dans le grand nombre des manuscrits de France que l'éditeur a consultés, et qui d'ailleurs est incomplet, est précédé d'une note de l'auteur même qui porte que ce discours fut prêché au concile de Chartres, sans dire lequel ; mais, comme celui de 1124 est le seul qui, pendant l'épiscopat d'Hildebert au Mans, ait été tenu dans cette ville, il n'est pas douteux que ce ne soit de celui-là même qu'il a voulu parler : or, il ajoute qu'une affaire qui survint l'empêcha de débiter son sermon jusqu'au bout: Sermonem qiiem in Carnotensi scriptum concilio terminari supervcniens prohihuit causa. J'observe que ce discours roule tout entier sur la nature du mariage considéré

comme bacremeni et sur les conditions nécessaires pour sa validitô. Quant à l'a flaire qui vint interrompre l'orateur, je pense que c'est celle du mariage du prince (juillaumc Clilon, lils du malhercux Robert Courte-Heuse, duc de Normandie, avec une fille de Foulques, comte d'Anjou, dont Henri I'^'', roi d'Angleterre, par des vues de politique entièrement opposées à celles du roi de France, poursuivait la cassation ; j'avoue cependant que l'auteur, dans son discours, ne dit rien qui soit applicable à ce cas particulier.

« Pour donner plus de force à ma conjecture, il est à propos de rappeler les aventures de ce jeune prince, les dangers auxquels il fut exposé de la part de son oncle le roi d'Angleterre et l'intérêt que prenait à sa conservation le roi Louis le Gros, dans l'espérance qu'il empêcherait le roi d'Angle1eri'(^ d'avoir un picil en France.

« Après la victoire (!<• Tinchebrai, qui mettait le duché de Normandie entre les mains du roi d'Angleterre, Robert Courte-Heuse fut fait prisonnier pour le reste de ses jours, mais son (ils, un enfant de cinq ans, Guillaume, échappa et fut conduit en France. Louis VI lui fit bon accueil et attendit le moment de soutenir efficacement ce prétendant. La guerre avec la monarchie anglo-normande fut presque permanente de 1109 à 1128. En général, la fortune ne se montra pas favorable au roi de France, qui essaya d'attirer sur Henri P'' une sentence ecclésiastique du concile de Reims. Déçu de ce côte, on fit un accord, mais en 1123, nouvelle coalition d'Henri I^'' et Henri V d'Allemagne. Le roi de France, échappé à cette alerte, maria Guillaume Cliton à sa propre belle-sœur, apportant le comté du Vexin. Ce mariage fut célébré, au plus tard, l'an 1122 ou 1123 ; mais le roi d'Angleterre, qui voyait par là le parti de sa victime se fortifier, entreprit de faire casser ce mariage et il y réussi 1.

«Il s'adressa d'abord à Girard, évcque d'Angoulême, légat du pape, dans le ressort duquel était situé l'Anjou, prétendant que les deux époux étaient parents à un degré prohibant le mariage, et, à force d'argent, il obtint du légat, homme vénal, (|ue le mariage fût déclaré nul. Ce fait est attesté par Ordéric Vital ; il l'est encore par Geoffroy, abbé de Vendôme, qui le reproche au légat comme une infamie : lUiid itaqiie qiiod coiiha rnmifent Andegnvennem egistis. essef satis siloitio suppiimendum ; sed occultari minime potui', quod mullis populis exstitit divulgatum. Asserunt quidam, vos, quasi Balaam alterum, régis Angliœ pecunia fuisse corruplum et idcirco injustam in prsedictum comitem excomntnnicationis profulisse senlentiam. Et ce qu'il est essentiel de remarquer, c'est que la cour do Rome, instruite du manège, cassa la sentence du légat: Et, licet excommunicatio vesira, ajoute l'abbé de Vendôme, i^ires etiam unius diei hahere non potuerit, amicis tamen romanse Ecclesise peperit verecundiam, et ejus inimicis delràlieudi dédit nialcriain. Ilor soluni remedium fuit, quod dominus papa excommunicationem illarn anifirmure sapienter vitavit, et sic ora clausit detrahentium , et quod a \>ohis seminalum fuerat, aposloUcie Sedis delevit opprohrium.

«C'était Calixle II, oncle maternel d'Adélaïde de Savoie, reine de France, qui tenait alors le siège de Rome. On voit par ses lettres à Louis le Gros qu'il affectionnait particulièrement ce monarque à cause de sa nièce : d'oîi l'on peut conclure que c'est par ménagement pour le roi, qui s'intéressait beaucoup au prince normand, que le pape infirma la sentence du légat. Cependant, comme la parenté entre les deux conjoints était incontestable et qu'il y avait aussi des ménagements h garder avec le roi d'Angleterre, le pape envoya en France les deux légat-» dont

Quant au prétendu concile de Toulouse, que les collections conciliaires placent en 112'i. il n'est autre que le synode de Toulouse de 1119 dont nous avons parlé ^.

La tiare et la couronne impériale, devenues vacantes presque en même temps, furent l'objet de beaucoup de convoitises. A Rome, la rivalité des partis aboutit à une doul)le élection : les Frangipani voulaient proclamer pape le cardinal Lambert, évêque d'Ostie, négociateur du concordat de Worms, tandis que roQç.-, le peuple romain désirait le cardinal Saxo, un des légats à Worms. Les deux partis convinrent de remettre l'élection au troisième jour après la mort de Calixte. Les cardinaux, réunis le 16 décembre dans la basilique du Latran, écartèrent les deux candidats et, à l'unanimité, élurent pape le cardinal Théobald, sous le nom de Célestin IL On avait déjà entonné le Te Deiim, lorsque Robert Frangipani '^, usant de violence, pro-

il est parlé plus haut, pour examiner l'affaire de nouveau ; je ne crois pas nie tromper, quand j'avance qu'ils assemblèrent pour cela le concile de Chartres de

« Il paraît que ce concile fut orageux, puisqu'Hildebert, sujet du comte d'Anjou, n'eut pas la faculté d'achever le discours qu'il avait commencé. Je ne puis dire si les légats prononcèrent en faveur du roi d'Angleterre, puisque les actes n'existent pas et que je ne trouve sur cela aucun autre renseignement. Il est probable que tout se passa en débats et qu'il n'y eut rien de décidé, par la raison que le pape envoya, la même année, un nouveau légat; c'était Jean de Crème, prêtrecardinal du titre de Saint-Chrysogone, qui, après avoir constaté par témoins le degré de parenté, avait prononcé l'interdit sur tous les lieux où le prince Guillaume se montrerait, si, dans un temps déterminé, il ne renonçait à son mariage. Calixte, dans sa lettre du 2G août, confirmative de la sentence du légat, enjoint aux évêques de Chartres, d'Orléans et de Paris, de taire observer l'interdit dans leurs diocèses. C'était donner gain de cause au roi d'Angleterre. »

B. Hauréau, Notice sur les sermons attribués à Hildehert de Lai'ardin, dans Notices et extraits des manuscrits, 1888, t. xxxii, p. 165. L'éditeur Rourassé avait divisé en deux parties, après Muratori,le sermon dont nous venons de parler. En fait, il n'y a pas ici deux sermons, mais un seul. Hauréau admet la conjecture de dom Brial, mais il ajoute:» Est-il prouvé que ce discours soit d'Hildebert? Nullement. Son nom n'a pas été lu par Muratori dans le manusci'it de l'Ambrosienne, et, s'il put siéger au concile de Chartres do l'année 1124, d'autres évêques y siégèrent avec lui, comme lui capables d'avoir rédigé ce discours. Il nous suffit de citer Geoffroy de Levés, évêque de Chartres, à qui l'honneur d'inaugurer le concile appartenait sans doute plus qu'à l'évêque du Mans. » (H. L.)

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